‹ Les indésirablesChapitre 68 sur 151 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

passe, sur trois cents maisons qui composaient cette rue (!).

A Saint-George in the East, qui est la partie maritime de Londres, les maisons hospitalières, fréquentées par les matelots en bordée et tenues par des étrangers, sont nombreuses.

« La prostitution est organisée chez nous par des » étrangers, déclare le Révérend C.-E. Walters; les » propriétaires des maisons louées par ces tenanciers » infâmes reçoivent des loyers élevés. Il faut l'avouer, » malheureusement, leur induslrie est chez nous flo- » rissante » (2). •<

Il est une pratique plus abominable encore, donf l'existence a particulièrement attiré l'attention de la Commission royale et qui est en quelque sorte monopolisée par les étrangers. L'Angleterre est le grand marché de ce trafic honteux connu sous le nom de traite des blanches.

La déposition de M. W.-A. Coote, membre de l'Association de Vigilance nationale est d'un très grand intérêt et contient de véritables révélations :

« Il y a quelques années, j'entrepris d'étudier les » raisons, les circonstances de la déchéance de cer- » taines de nos jeunes filles anglaises. Je suivis la » trace de plusieurs d'entre elles jusque sur le conti- » nent et je fus à même de constater l'existence d'une » sorte d'association pour l'importation et l'exportais Philipp Walter, eod. loc. cit., § 11446.

(2) Walters, Minutes of Evidence, § 13091.

(3) Egalement secrétaire du « National Movement for the suppression of the White Slave traffic », Minutes of Evidence, §§ 12568 et 12651.

LE MAL

» tion des femmes de différents pays. Elles étaient » négociées comme de vulgaires marchandises, expé- » diées comme des paquets (done up as parcels) par » groupes, d'un pays dans un autre et littéralement » vendues (sold), à destination, pour devenir pension- » naires (inmates of houses) dans ces maisons et tom- » ber peu à peu dans la plus basse débauche ».

L'Angleterre, explique M. Coote, est Yentrepôl des femmes achetées en Europe pour être réexpédiées à Buenos-Ayres ou dans l'Afrique du Sud. C'est en Russie, en Autriche et en Hongrie surtout que s'approvisionnent ces marchands de chair humaine. S'ils ne peuvent écouler leur stock à Londres, ils l'exportent dans l'Amérique du Sud ou dans les colonies anglaises.

« Ce trafic est très rémunérateur. Je pus recueillir » dernièrement à la gare de Waterloo deux malheu- » reuses jeunes filles d'Odessa, qu'un de ces individus » avait amenées, à destination de Buenos-Ayres. Leur » voyage et leur entretien lui avaient déjà coûté 70 livres » et il pensait rester trois semaines à Londres avec » elles. Cela laisse supposer que ce commerçant comp- » tait les vendre en Amérique un prix fort respectable. » Le cours de cette marchandise est si élevé que le » trafiquant peut faire des avances d'argent souvent » considérables, en étant malgré tout certain non seu- » lement de rentrer dans ses déboursés, mais de con- » server en plus un large bénéfice » (!).

D'après les chiffres de M. Coote, de 1890 à 1902, 65 Anglaises et 1.211 Russes ont été ainsi conduites

(4) Coote, eod. loc. cit., § 12577.

Page 1