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PREMIÈRE PARTIE

seil privé, de certains statuts appliqués de plus près à l'industrie, ou de réglementations établies par les autorités locales, les étrangers furent peu à peu soumis à un contrôle assez rigoureux.

Différentes lois visant spécialement l'immigration étrangère entrèrent en vigueur, apparurent dans presque chaque règne, à partir de celui de Richard II. Elles n'ont d'ailleurs qu'un intérêt purement historique, car elles furent toutes abrogées par le Statutelaw Revision Act de 1863.

L'édit de Nantes avait ralenti l'exode des protestants français. Mais Louis XIV, dès le commencement de son règne, les avait considérés avec défaveur. La tolérance relative dont ils jouissaient devint de plus en plus restreinte et en 1685 l'édit de Nantes fut révoqué.

Les protestants, craignant une nouvelle Saint-Barthélemy, quittèrent alors la France en masse.

« Les hommes les plus remarquables par leur science, des gens de la classe la plus riche ('), les artisans les plus habiles abandonnèrent leur patrie, sans esprit de retour.

» La France perdit là une partie de l'élite de sa population. Les fugitifs émigrèrent dans toutes les directions : 80.000, au moins, débarquèrent tant en Angleterre qu'en Irlande. Quelques-uns se fixèrent dans le voisinage même du lieu de leur débarquement : c'est ainsi que tout le long de la côte sud-est d'Angleterre

(') En 1687, Tambassadeur de France à Londres écrivait au roi Louis XIV que 960.000 louis d'or avaient été envoyés à la Monnaie pour y être convertis en numéraire anglais,

HISTORIQUE DE L'IMMIGRATION EN ANGLETERRE 11

se formèrent des colonies de huguenots dont il reste encore trace de nos jours » (').

Comme ceux qui les avaient précédés, ces réfugiés trouvèrent un accueil bienveillant : leurs infortunes avaient touché l'opinion et le sentiment général leur était favorable.

Guillaume II connaissait bien leur valeur et il fit tout pour s'assurer leur concours. La fleur même de sa première armée était formée de réfugiés protestants : Schomberg et Ruvigny étaient des huguenots. A la bataille de la Boyne (*), pas un soldat ne combattit avec plus de vaillance que ces étrangers pour leur patrie d'adoption et pour la défense de leur religion.

Ces nouvelles couches d'immigrants, comme celles qui les avaient précédées, apportèrent avec elles des industries importantes et utiles, considérées jusquelà comme des spécialités étrangères, telles que la tapisserie, le tissage, la fabrication des étoffes, la reliure, certains procédés d'imprimerie, la boulangerie et la confiserie, la cristallerie, le travail du fer et du cuir, la distillation. Ils firent connaître le houblon et établirent des brasseries pour la fabrication de la bière.

C'est à ces étrangers, dit M. Moens, que nous devons l'organisation et le développement de la plupart de nos industries les plus prospères.

Qui dira jamais combien cette immigration a enrichi l'Angleterre en appauvrissant la France? On ne

(*) Moens, Minutes of Evidence, loc. cit.

(2) 30 juillet 1690; cette bataille où les troupes orangistes étaient commandées par les deux Schomberg entraîna la chute irrémédiable des Stuarts par la perte de l'Irlande.

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