‹ Les indésirablesChapitre 94 sur 151 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sait déjà prévoir de quel côté penchait la balance gouvernementale (').

En annonçant pour la session qui venait de s'ouvrir le dépôt d'un « Bill se proposant de remédier aux maux » qui résultent de l'immigration des étrangers crimi- » nels et pauvres dans le Royaume-Uni », le roi témoignait des préférences de son ministère pour l'opinion restrictive émise par la majorité de la commission.

Le comte Fitzwilliam, l'un des leaders du parti unioniste à la Chambre haute et le porte parole du gouvernement, chargé de répondre au nom des lords à l'adresse royale, ne disait-il pas :

« En fixant leur attention sur le sujet de l'immigra- » tion étrangère, vos seigneuries pourront constater » le retour d'un vieil ami (the advent of an old friendjî » Nous devons tous reconnaître, my lords, que le » problème est devenu d'une extrême gravité. Je sup- » plie ceux qui resteraient sceptiques de considérer » une seconde l'état actuel de notre marché du travail, » aussi bien que les conséquences néfastes de ce flot » étranger qui nous submerge, au point de vue de la » vie sociale du pays !

» N'oubliez pas que certaines nations qui marchent » à la tête de la civilisation du monde ont déjà mis à » jour leur législation. Nous restons obstinément en » arrière ! et, par notre faute, nous devenons le récep- » tacle de ceux que les nations voisines rejettent » comme Indésirables (we hâve become the récipients » of those who are found undesirable to other coun- » tries) » (2).

(1) Parliamentary debates, vol. 129, p. 4.

(2) Parliamentary debates, vol. 129, p. 11.

LE REMÈDE

Dès ces premières escarmouches parlementaires, le parti libéral prenait nettement position contre le projet de loi annoncé. Se plaçant sur le terrain du libreéchangisme « qui doit s'appliquer aux hommes comme » aux marchandises », le chef de l'opposition, sir Henry Campbell Bannerman, dans cette même séance du 2 février 1904, se déclarait l'adversaire irréductible des mesures artificielles de protection.

« Vous êtes en contradiction avec vous-mêmes, » reprochait-il au gouvernement! Vous nous pro- » mettez de déposer prochainement un Bill restrei- » gnant l'immigration, juste au moment où vous avez » sur le chantier une loi facilitant l'introduction des » jaunes dans l'Afrique du Sud î Comprenne qui » pourra !

» On nous dit que beaucoup d'étrangers qui débar- » quent chez nous viennent d'Allemagne. Mais n'est-ce » pas là un de ces pays admirablement protégés et où » devrait régner le plus parfait bonheur, grâce aux » tarifs prohibitifs dont vous rêvez de nous gratifier; » mais alors, pourquoi tant de gens le quittent- » ils? »

Nous avons le droit de regretter qu'aux débuts mêmes de la discussion, les partis aient pour les besoins de leur politique engagé la bataille à côté et préféré à l'intérêt général du pays le succès espéré d'une tactique électorale.

C'était envenimer la question, c'était la déplacer que de lui mettre l'étiquette protectionniste. Sur ce terrain-là, l'antagonisme et les rivalités étaient

(') Parliamentary debates, vol. 129, p. 128.

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