‹ Les indésirablesChapitre 96 sur 151 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

» quittent annuellement notre Eden du libre-échan- » gisme pour aller dans d'autres contrées soumises au » régime de la protection » (!).

Aux libéraux vinrent se joindre les quelques dissidents du Labour-Party. Leur chef, M. Keir-Hardie, plaidant la nécessité de créer un « Ministère du travail » pour réglementer les conditions du travail et résoudre la question des Unemployed, combattait vigoureusement cette prétention que la crise des emplois et, pour certaines industries, rabaissement des salaires fussent dus à l'immigration étrangère.

« Le mal, s'il existe, est très local, disait-il dans la » séance du 19 février 1904 (s). Je déclare entièrement » fausses les affirmations de M. Chamberlain et son » projet de protéger les ouvriers anglais contre la » main-d'œuvre étrangère ne se justifie nullement !

» En Angleterre, la moyenne des sans travail est, » d'après les statistiques, de 4 p. 100; en Allemagne » et aux Etats-Unis, pays protégés, cette moyenne est » de 11 p. 100 et de 17 p. 100!

» L'ouvrier ne trouvera du travail chez lui que dans » la mesure où l'état du marché le permettra, rien de » plus ! et toutes vos mesures artificielles de protec- » tion seront stériles.

» Un tiers de la population de ce pays vit dans la » misère ou aux confins de la misère ; il y a donc » beaucoup à faire encore avant d'atteindre un état » social satisfaisant... et pourtant je préfère le statu » quo, si mauvais qu'il m'apparaisse, aux horreurs du

(*) Parliamentary debates, vol. 129, p. 155 et s. (a) Parliamentary debates, vol. 130, p. 451.

Le remède

» protectionnisme, tel qu'il fut pratiqué chez nous » pendant la première partie du siècle dernier! »

Ainsi la question étant placée sur le terrain protectionniste, le bill projeté se présentait comme partie intégrante du programme Chamberlain; l'hostilité témoignée dès l'origine contre la réforme projetée apparaît comme une coalition politique groupant autour de la résistance tous les partis d'opposition.

Le 29 mars 1904, au cours de la séance des Communes, M. le secrétaire d'Etat Akers-Douglas déposait, au nom du gouvernement, l'Àliens' Bill promis par l'Adresse royale (').

« En vous soumettant ce Bill, déclarait le ministre, •» je tiens à faire observer, tout d'abord, que nous » n'avons nullement l'intention, en principe, de régle- » menter sans nécessité l'admission des étrangers » dans ce pays ou d'entraver, par des restrictions » vexatoires, leur faculté d'entrer librement chez » nous.

» Je reconnais volontiers qu'une grande partie des » étrangers résidant eu Angleterre se range parmi » les habitants les plus loyaux, les plus industrieux, » les plus respectueux de la loi.

» Mais, il n'est pas moins vrai qu'il existe une caté- » gorie d'étrangers indésirables, dont nous n'avons » nullement à nous louer, qu'il serait fort souhai- » table de voir ailleurs qu'ici et de restituer aux » pays qui nous les ont envoyés » (8).

(*) Bill n. 147 : « A Bill to make provision wilh respect to the » Immigration of Aliens and other matters incidental thereto ». (s) Pari, debates, Communes, vol. 132, p. 987 et s.

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