TROISIEME PARTIE
suscitait plus de haines, blessait plus de consciences, qu'elle ne gagnait de sympathies.
Toute l'autorité des Chamberlain et des Balfour n'était pas de trop pour conserver l'appoint de la majorité gouvernementale qui courait le risque de se briser contre le principe séculaire du « droit d'asile », intangible aux yeux de plusieurs; toute leur souplesse politique devait se déployer contre les rudes jouteurs qu'étaient sir Charles Dilke et M. Asquith.
Dès la première lecture, sir Charles Dilke, qui fut l'âme de la résistance, portait à l'Aliens' Bill un énergique « coup de boutoir ». S'adressant avant tout aux sentiments de la Chambre des communes, le leader de l'opposition suppliait ses collègues « de ne pas rompre, » pour le bon plaisir d'un gouvernement et pour une » misérable question de parti, avec les traditions de » liberté qui avaient, pendant des siècles, fait l'hon- » neur de la nation anglaise !
» C'est le King's Speech en fait qui a introduit ce Bill » et, par ce moyen, le gouvernement veut forcer la main » au Parlement, en faisant intervenir la parole du Roi !
» Vous voulez empêcher des hommes libres d'avoir » plein accès dans un pays libre et ce, au moment » même où, par un inexplicable défaut de logique, » vous préparez une loi qui assurera l'importation des » jaunes dans l'Afrique du sud. L'âme de ces deux » réformes contradictoires, c'est le Colonial Secretary ! » Voilà le résultat des passions (excitements) qu'ont » fait naître dans l'opinion la campagne politique et » le programme économique de M. Chamberlain » (').
(■) Pari, debates, vol. 132, p. 992.
Tous les arguments sentimentaux de l'honorable député de Forest of Dean se ramenèrent à cette idée : le Bill proposé va frapper exclusivement les malheureuses victimes de la persécution religieuse en Russie.
« Votre projet est le complément des abominables » traitements infligés aux juifs en Russie, en Pologne » et en Roumanie.
» Nous ne sommes pas tant un pays importateur de » pauvres (a destitute-alien-importing people), nous » sommes, bien plus encore, des exportateurs de pau- » vresî Quel que soit Le nombre des étrangers sans » ressources qui arrivent chez nous chaque année, ce » nombre n'approche pas de celui des Anglais qui » émigrent avec leur misère pour se chercher au loin » des moyens d'existence.
» Si une semblable mesure se fût trouvée en vigueur » à l'époque sombre de la Commune de Paris, il est » certain que plus d'un de ces fugitifs de distinction » (most distinguished) qui arrivèrent ici mourant de »faim, sans argent, eût trouvé porte close! Ces » hommes, traqués chez eux comme des criminels, » purent retourner en France dans la suite et y furent » accueillis avec sympathie, comme des victimes de » temps malheureux (!).
» Je dis que c'est un honneur pour un pays d'être
(1) Nous laissons, bien entendu, à Sir Charles Dilke toute la responsabilité de ces déclarations philanthropiques; nous citons ses paroles à litre purement documentaire. Le lecteur jugera lui-même si le point de vue sentimental, si largement compris qu'il puisse être, doit aller jusqu'à considérer les « pétroleurs » de la Commune en fuite comme des victimes de temps malheureux!