TROISIÈME PARTIE
» la terre de la liberté, l'asile des peuples persécutés, » quels qu'ils soient.
» Des hommes comme les frères Reclus, auxquels » nous sommes fiers d'avoir donné l'hospitalité , » comme Dalou, l'un des plus grands sculpteurs des » temps modernes, trouvèrent un refuge dans ce pays. » Dalou arriva ici, manquant de pain, et la reine Vic- » toria lui donna une commande pour l'empêcher de » mourir de faim !
» D'autres vinrent de Russie. Tel le prince Pierre » Kropotkine qui s'était vu arracher par le gouverne- » ment russe jusqu'à la dernière parcelle de ses pro- » prié tés !
» La vérité, c'est que vous voulez créer une agita- » tion contre les Juifs î 77 is because of tlie feeling » directed and excited against tlie Jetas, thaï we are » asked to pass this bill.
» Récemment, Fun des journaux les plus dévoués » au gouvernement publiait la petite noie suivante, » qui donne le ton de vos pensées intimes :
» Il est à souhaiter que tout journal de Londres qui » se considère comme appartenant à la presse anglaise » nationale (under British control) publie la liste des » traîtres (traitors) du parlement qui auront voté con- » tre l'Aliens' Bill! »
Et sir Charles Dilkè, au milieu des protestations que soulevaient ses paroles sur les bancs ministériels, s'écriait : « Ces Juifs, que vous êtes prêts à mettre » hors du droit commun, sont cependant d'un sang » qui, mélangé au nôtre au cours des années, ne peut » qu'améliorer plutôt que détériorer la race anglaise î » (They are of a stock which, when it mixes with our
» own in course of years, goes rather to improve » than to deteriorate british race) » (').
Comme sanction de ses déclarations, sir Charles Dilke déposait l'amendement suivant :
« La Chambre, convaincue que le seul remède effî- » cace contre les maux occasionnés par l'emploi de la » main d'œuvre étrangère à bon marché doit être » cherché dans une loi contre le siûeating, désire, » avant d'accorder son vote à FAliens1 Bill, s'assurer » que le projet qui lui est soumis ne restreint en rien » le principe du droit d'asile pour les victimes de la » persécution » (2).
C'est autour de cet amendement destiné à sonder les Communes, à permettre à chaque parti de se compter, qu'eut lieu tout l'effort des libéraux.
L'enjeu valait la bataille : le vote de l'amendement Dilke eût entraîné, en effet, le retrait immédiat du bill, le compromettant sans doute pour longtemps, puisqu'il l'attaquait dans son principe même, le frappait dans ses œuvres vives et contenait un blâme à peine voilé à l'adresse du gouvernement.
Toute l'opposition donna! Sir Charles Dilke, MM. Asquith, Trevelyan, Bryce et John Burns s'élancèrent tour à tour à l'assaut de la majorité.
Chose curieuse ! Le Gouvernement ne se défendit pas et les conservateurs semblèrent à peine s'émouvoir, malgré l'ardeur qu'apportaient aux débats les orateurs du parti adverse.
Etait-ce manque d'enthousiasme pour une mesure
(1) Pari, debates, vol. 132, p. 993 et sq.
(2) Pari, debates, vol. 133, p. 1062.