CHAPITRE IV
Les rayons ultra-violets
dans les tuberculoses chirurgicales.
Contre certaines localisations du bacille de Koch nous avons maintenant à notre disposition les radiations lumineuses qui constituent un excellent traitement.
Poncet, Rollier, etc., à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci, ont dévoilé les avantages de l'héliothérapie. À l’étranger, des centaines d’articles et de nombreuses publications, en particulier celles de Finsen, ont été consacrés aux résultats obtenus avec les rayons ultraviolets.
Le tuberculeux est, dans la plupart des cas, un malade sensible à l'énergie des radiations. L’actinothérapie améliore et même transforme d’une manière radicale certaines tuberculoses, mais elle semble ineflicace dans quelques formes où l’on peut parfois se demander si les rayons n’ont pas accéléré ou aggravé l’évolution.
La conception vague et obscure de la virulence latente explique mal pourquoi telles ou telles lésions ont une tendance à s’encapsuler par l’apparition de tissus fibreux. L'évolution bénigne est fréquente pour les adénites tuberculeuses et les localisations ostéo-articulaires, cependant même dans ces cas là on ne peut jamais affirmer qu’une forme discrète ne sera pas compliquée de généralisation.
Nous allons essayer de comprendre pourquoi les bacillaires sont sensibles aux radiations lumineuses.
Wagner pense qu'il existe une auto-tuberculisation. Les rayons auraient une action sur les microbes situés dans le
sang et dans la lymphe en mettant en liberté la tuberculine. Les résultats obtenus seraient favorables ou non suivant que la quantité ait été modérée ou élevée.
Sorgho a émis l'hypothèse de protéines que les traitements lumineux peuvent faire naître dans les tissus. Il conseille ainsi de ne pas pratiquer de photothérapie durant la cure tuberculinique et d'éviter l'emploi simultané de deux ou plusieurs médications agissant par leurs protéines.
Pour Deycke et Much, le bacille de Koch secrète trois antigènes : des albumines, des lipoïdes et acides gras, et des graisses ou alcools gras. L'organisme réagit avec des anticorps de composition analogue, et le résultat de tel ou tel traitement dépend de la neutralisation qui se produit. Dans les formes pulmonaires par exemple, les antigènes albumines seraient en excès. Or le soleil aurait tendance à accroître cet antigène, ce qui explique dans ces cas-là qu’il soit contre-indiqué. Les rayons ultra-violets produiraient des alcools gras.
Selon Pissavy, les oxydations sont ralenties chez les tuberculeux. Monceaux a remarqué que l'arc polymétallique augmente l'oxydation et qu'après l’irradiation le taux de l’urée dans l’urine s'accroît de 15 à 25 %.
Saidman écrit que la tuberculose oblitère les vaisseaux sanguins et que les lésions caséeuses sont « de véritables déserts vasculaires ». On comprend qu’une augmentation locale de la circulation sanguine sous l'effet des rayons ultra-violets puisse faire disparaître les caséifications.
En 1913, Vulpuis et Kœnig publièrent les premiers résultats obtenus dans les tuberculoses chirurgicales avec la lampe à vapeur de mercure. Vignard, en France, publia les guérisons et les résultats favorables obtenus avec les rayons ultra-violets. L'Institut Finsen, de Copenhague, quelques chirurgiens allemands rapportèrent des statistiques importantes et remarquèrent que l’actinothérapie avait diminué le nombre des interventions chirurgicales.
— Lil eur
Dans les adénites tuberculeuses, l’actinothérapie a pris la place du soleil qui est défaillant en hiver, et donne des succès d'autant plus grands que la lésion est plus rebelle au traitement médical.
Les rayons ultra-violets produisent des effets différents suivant la forme de l’adénite; on obtient des résultats brillants dans le traitement des adénites infiltrées et des fistules ganglionnaires. Nous voyons de moins en moins, grâce à l’actinothérapie, les grandes rétractions cutanées dues à la fonte des masses ganglionnaires, et les cicatrices vicieuses si fréquentes au cou.
L’ancienneté de l’adénite et le siège de la lésion ne sont pas des éléments très appréciables pour le pronostic, et le pourcentage des succès ne semble pas être bien modifié.
Par contre, il importe d'envisager les formes anatomiques et anatomo-pathologiques des adénites tuberculeuses qui ont une évolution beaucoup plus importante à suivre.
D’après Muller, il y aurait cinq formes d’adénites : bénignes, fibro-granuleuses, fibro-lymphomateuses, Iymphocaséeuses et fibro-caséeuses. Il a remarqué que les deux premières étaient seules guéries par l’actinothérapie, tandis que les trois autres paraissent souvent rebelles.
Le gros ganglion mobile et isolé disparaît assez vite et dans la plupart des cas, mais parfois il peut évoluer vers une congestion passagère suivie de régression, ou se ramollir. à
Des résultats satisfaisants sont obtenus dans les paquets ganglionnaires englobés par de la périadénite. La périadénite disparait au début du traitement et on est surpris d’apercevoir un nombre plus grand de ganglions parce qu'ils étaient absorbés par cette masse.
La micropolyadénite que l’on rencontre chez les enfants est moins sensible aux radiations lumineuses. Certains ganglions diminuent de volume et disparaissent même, mais d’autres sont réfractaires et persistent,