LA FIEVRE ARTIFICIELLE
L’électropyrexie constitue l’application majeure des ondes courtes. Ses indications et les succès que l’on y obtient permettent de la classer parmi les thérapeutiques modernes de tout premier plan.
Avant d’énumérer ces indications, il nous semble utile de mentionner ici quelques remarques d’ordre général :
L'application de l’électropyrexie nécessite une surveillance effective et constante du sujet, moyennant laquelle on peut la considérer comme parfaitement inoffensive.
Il est bon parfois, chez les malades nerveux, de faire précéder la séance d’une injection de 1/2 centimètre cube de morphine ; on évite de la sorte l’agitation, la tendance à un léger délire, qui peuvent, parfois, s’observer dans les traitements de 8 ou 10 heures.
Un examen préalable devra renseigner le spécialiste sur l’état pulmonaire et cardiaque du malade. Une lésion tuberculeuse congestive, même momenta-
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nément au repos, est une contre-indication formelle de l’électropyrexie. De même une myocardite ou un état infectieux, en période franchement fébrile. L'hypertension n'est pas une contre-indication. Du point de vue pratique, les brûlures ne sont pas à redouter, si l’on a soin d'utiliser des montages électriques convenables, par exemple à induction de courants sans champs de condensateur. La surveillance de la température du malade devra être très attentive, une observation tous ies quarts d'heure par exemple. Nous avons pu remarquer, en effet, des différences considérables de réaction individuelle. Certains sujets opposent une résistance bien moindre que d'autres à l'installation de l'état fébrile cherché. C’est ainsi que nous avons vu une femme, atteindre la température de 41°7, sans aucun incident, du reste. Ces différences individuelles ne semblent pas liées à des questions de volume corporel, mais bien plutôt au degré l'épuisement nerveux du malade. D'une façon générale, on atteint aisément une température de 39°. Là il semble que l’on rencontre une sorte de résistance, et l'on met parfois plus longtemps à dépasser 39° qu'à y parvenir. C'est au-dessus de ce point de résistance que la surveillance doit devenir rigoureuse. Il est tout à fait inutile de donner à boire au malade pendant la séance, ni de chercher à le rechlorurer. Nous nous sommes toujours très bien trouvé de lui donner simplement quelques quartiers de mandarine, par exemple, et de veiller à lui rafraîchir la tête à l’aide de compresses froides. Les montages à
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courants d’induction dont nous avons parlé plus haut, rendent complètement inutile de se préoccuper de l'absorption, ou de l’évaporation de la sueur.
En ce qui concerne les indications d’un tel traitement, elles n’ont en somme, rien d’imprévu : en réalité, ce mode de traitement n’est pas si nouveau dans son principe qu'on pourrait le croire tout d’abord, ainsi que le fait si justement remarquer le Docteur VALLERY-RADOT, dans son livre si attachant sur « Les grands problèmes de la médecine contemporaine » : HIPPOCRATE, écrit-il, avait constaté que les maladies fébriles ont une action sur les psychoses. GALIEN voulait guérir la mélancolie par la malaria. Les Grecs, et surtout les Romains avaient une prédilection pour les bains chauds qui ont la propriété d'élever la température. Plus près de nous, les médecins n’avaientils pas conseillé à Louis XI de contracter la fièvre quarte pour guérir ses attaques d’épilepsie ? « Procurez-moi le moyen de donner la fièvre, disait un médecin du moyen-âge, cité par TzANCK, et je guérirai la plupart des affections ».
Effectivement, quel médecin n’a pas eu l’occasion de constater la disparition momentanée ou définitive d’une maladie chronique à la suite d’une infection ? Il va sans dire que l’électropyrexie ne saurait être considérée comme une panacée. Mais « Quel que soit le sort que la médecine réservera à la pyrétothérapie, écrit le Docteur VALLERY-RADOT, cette méthode, telle qu’elle est réalisée aujourd’hui, n’en restera pas
moins une des plus ingénieuses et des plus audacieuses tentatives de la thérapeutique. »
Nous allons étudier successivement celles des indications de l’électropyrexie qui ont pleinement fait leurs preuves et qui nous semblent actuellement, en quelque sorte, impératives.
Les gonococcies
On peut affirmer aujourd’hui que l’électropyrexie constitue de très loin, le traitement le plus puissant de la blennorrhagie dont dispose l’arsenal thérapeutique moderne. Les débuts de cette application de l’électropyrexie, sont dus à des Américains: NEYMANN et HoLMQUESsT. Ils soumettaient leurs malades à une température de 41° pendant 5 heures par séance, à raison d’une séance tous les 3 jours. Ils admettaient la guérison lorsque, après 30 jours d’isolement, on n’observait plus aucune trace de gonocoque dans le liquide prostatique. Tous les cas déclarés guéris, restaient d’ailleurs, en surveillance pendant au moins 5 mois. Les malades étaient répartis en 3 groupes : ceux atteints d’urétrite gonococcique simple, ceux atteints d'infection aiguë de la prostate, avec ou sans autre complication, et ceux atteints de prostatite chronique.
Dans le premier groupe, leurs investigations portèrent d’abord sur 22 malades: 11 traités par la fièvre, et 11 par les méthodes ordinaires. L’électropyrexie donna 8 guérisons en 27 jours, sans aucune séquelle.
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Les méthodes ordinaires 8 également, en 81 jours ; mais sur ces 8 sujets, 3 présentèrent de la prostatite résiduelle.
Dans le deuxième groupe, 28 sujets atteints de prostatite aiguë furent soignés, 14 par la fièvre, 14 par méthode ordinaire. Chez les premiers, il y eu 12 guérisons survenues en moyenne après 21 jours de traitement, et chez les autres 10 guérisons après 84 jours de traitement.
Le troisième groupe comprenait 37 sujets atteints d'infection chronique. 18 furent traités par la fièvre électrique, et 19 par les méthodes classiques. Chez les 18 premiers, il y eu 16 guérisons au bout de 28 jours de traitement, et chez les 19 sujets témoins, 6 guérisons au bout de 105 jours de traitement.
Ces résultats étaient plus qu’encourageants. Ils furent depuis non seulement confirmés, mais largement dépassés. Il est maintenant possible d’obtenir la guérison d’une uréthrite gonococcique aiguë en 12 heures. Sans aller jusqu’à rechercher systématiquement une telle rapidité, qui nécessite évidemment un traitement fort énergique, la meïlleure technique, celle à laquelle nous nous sommes ralliés, personnellement, semble être l’application de 3 ou 4 séances de 5 heures, de 2 en 2 jours. La température générale doit être montée à 49°, et la température pelvienne aux environs de 42°, grâce à un dispositif spécial d’irradiation régionale complémentaire. L’injection d’un demi ou 1 cc. de dmelcos avant la séance nous paraît donner d’appréciables avantages : notamment la
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montée de la température se fait plus commodément, la puissance nécessaire est moindre, et le malade a moins de tendance à l'agitation, ce qui, du point de vue pratique, est loin d’être négligeable. A notre avis, à moins d’avoir affaire à une infection absolument récente (moins de 48 heures), il faut proscrire un traitement strictement régional, et l’on n’obtiendra de résultat effectif que si on provoque une réaction générale.
A peu de chose près, le traitement sera le même pour les épidydimites, les prostatites, les vésiculites. Seul le rythme des applications varie. L’adjonction de sulfamide, dans les cas anciens, nous paraît favorable, à condition, cependant, de ne pas l’administrer au début du traitement électropyrexique, mais seulement vers son milieu. Les succès sont de l’ordre de 92 %. Nous n’entendons par succès que les guérisons rigoureusement contrôlées par des examens bactériologiques directs et des spermocultures, étagées au moins, sur les 4 mois qui suivent le traitement. La manifestation gonococcique la plus résistante, est, à notre avis, l'infection chronique des vésicules séminales.
Chez les femmes, le rendement est peut-être encore supérieur. Nous avons déjà parlé du traitement des salpingites qui relève d’applications simplement locales, sans hyperthémie. Les métrites, elles, sont une indication formelle de l’électropyrexie. Il faut les traiter exactement comme les blennorragies des hommes. C’est BIERMAN, avec HorowiTz, de New-York, à
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qui revient le mérite des premiers succès obtenus dans cette voie : dès le début, il obtenait 103 guérisons sur 121 traitements. On fait actuellement, mieux encore.
A cette question de la blennorragie féminine, se rattache une forte proportion des stérilités. Mme FRAN- CILLON-LOBRE, dans le service du Professeur GossET, en a observé la guérison dans de très nombreux cas.
Tel qu'il est actuellement, le traitement des affections gonococciques, à quelque stade que ce soit, par l’'électropyrexie, constitue, à notre avis, une indication absolument impérative de cette méthode. Et il nous semble aussi suranné de vouloir la méconnaîitre, ou de lui préférer encore les méthodes anciennes, aw’il le serait de nier la valeur de la vaccinothérapie. L’électropyrexie nous donne dans les états blennorragiques, une diminution d’au moins 60 % de la durée du traitement, et une augmentation de plus de 40 %, des guérisons finales, car il ne faut pas perdre de vue la grosse majorité des séquelles tardives consécutives aux traitements classiques.
Les complications d’une blennorragie, telles que les arthrites relèvent de la même façon, de ce mode de traitement. Une grosse erreur a consisté au début à traiter ces arthrites par applications locales. Il convient au contraire, de les soumettre à des réactions fébriles élevées. Il va sans dire que l’on ne saurait prétendre obtenir la récupération d’une articulation fortement lésée. Mais dans tous les cas où une intervention a pu se faire dans les 8 premiers jours