‹ Les Indices du Mouvement Général des Affaires (Étude de quelques tentatives récentes)Chapitre 11 sur 53 · A. — INDICES DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

A. — INDICES DE LA PRODUCTION

Leur intérêt. — Les indices de la production nous semblent être de beaucoup les plus importants, À notre avis,

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si l’on pouvait poser d’une façon assez précise le rapport LE il nous donnerait, mieux que toutes les autres statistiques, une mesure définitive de l’état économique du pays. C’est en calculant ce rapport à l'avance que la spéculation agit. C’est en fonction de son résultat que les prix et le taux de l'intérêt varient. On comprend donc tout l'avantage qu’il y aurait à pouvoir le calculer. Malheureusement les statistiques de la production et de la consommation sont les plus imprécises de toutes, en raison de l’ampleur de leur objet et de la grande diversité des phénomènes qu'elles mesurent. Aussi n’y attache-t-on en général qu'un intérêt secondaire, et toute l'attention se reporte-t-elle sur les indices des prix et de là spéculation. Mais ces indices ne sont pas uniquement influencés par Production . Re le: rapport ss ils tendent à 1l'éxprimer, mais sont tout de suite déformés par de nombreux autres facteurs. Nous voudrions donc insister sur l'intérêt qu'il y a à consulter d’abord les indices de la production, qui mesurent l’intensité de phénomènes dont la plupart des autres indices ne sont qu’un reflet.

Enquêtes gouvernementales.

Les Gouvernements ont compris depuis longtemps cet intérêt. I |

France. — Des relevés partiels sont effectués en France par les diverses administrations comme le ministère de l’Agriculture, des Travaux publics, les grands mononoles, le fisc, mais aucun relevé d'ensemble n’a été fait depuis les grandes enquêtes de 1840 et de 1861-65, qui ont porté sur l'ensemble des usines et des fabriques (nombre et effectif des établissements, salaires payés, force motrice utilisée,

valeur des matières premières employées, produits fabriqués, etc.) (4).

Angleterre. — En Angleterre, une enquête analogue fut faite par le Board of Trade en 1907; elle n'a pas été renouvelée, mais des recensements partiels ont été opérés périodiquement. Le plus important est celui de 1923.

Etats-Unis. — Aux Etats-Unis, les enquêtes sur la production sont jointes régulièrement aux recensements de la population, depuis 1900. Elles sont donc effectuées tous les cinq ans. De plus, le Federal Reserve Board publie un indice de la production industrielle minière et agricole, dont certaines séries sont ajustées aux variations saisonnières

Bureau international du Travail. — Le Bureau international du Travail a entrepris la plus vaste enquête de la production qu'on ait jamais faite, en 1920. Elle avait pour objet : « La production industrielle dans les différents pays du monde, considérée dans ses rapports avec les conditions du travail et le coût de la vie », et pour principale source les chiffres du Bulletin mensuel de statistique que publie le Conseil suprême économique. Mais elle faisait appel aussi à la documentation de toutes les associations économiques, officielles et privées.

Un certain flottement semble avoir rendu difficile de préciser le but de l’enquête dont l’objet premier était l'étude des effets de la journée de huit heures. Le grand désir de justifier son application donna à ce travail un caractère un peu tendancieux, qui est presque sous-entendu dans Ja phrase suivante : « M. Thorberg signale que, dans l’enquête, on relève des arguments favorables, sur certains

(4) Notre pays, qui donna ainsi l’exemple de ces enquêtes, ne les à pas poursuivies, malgré le vœu d'une Commission spéciale, instituée en 1906, demandant qu’une enquête de la production et des salaires vienne compléter le recensement général, vœu appuyé plusieurs fois par le conseil supérieur de statistique. ,

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points, aux thèses des patrons; cependant, les ouvriers n’en demandent pas la suppression, car il importe avant tout d'avoir une œuvre scientifique complète. »

Posé en ces termes, le problème ne pouvait manquer de s'étendre, et non seulement on étudia toutes les formes de la production, alors qu'on devait s’en tenir à la production industrielle, mais encore on fut amené à étudier les répercussions sociales, le commerce extérieur, les changes, les prix, bref l’activité économique internationale dans son ensemble, M. Jouhaux ayant signalé la nécessité de « ne laisser hors de l'enquête aucun des facteurs essentiels pouvant avoir leur place dans l’explication des faits ».

Cette enquête est donc une œuvre considérable, mais elle est trop vaste pour pouvoir être renouvelée à des intervalles assez rapprochés, ce qui est précisément notre désir.

Etudes de statisticiens.

Les statisticiens ont souvent essayé de déterminer des indices annuels ou mensuels de la production. Nous citerons la tentative de M. Julin, en 1910, pour la Belgique, l’intéressant travail de l’abbé Potron, qui a calculé, en 1912, pour chaque industrie, quelle quantité de travail ou produit de travail était nécessaire pour la production de telle autre quantité de tel autre produit ou résultat de travail. }

Les Comités de Harvard et de Londres et Cambridge, l’Institut de statistique de l’Université de Paris, les Agences américaines Babson et Brookmire ne publient pas, dans leurs fascicules, de statistiques complètes de la production. Ils en retiennent seulement quelques indices qui leur semblent plus significatifs.

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Mais les Comités de Harvard et de Londres ont consacré à la production des études spéciales et proposé des classifications. Celle du Comité de Londres nous semble la plus rationnelle et la plus complète; c'est celle que nous recommandons.

En France, M. J. Dessirior vient d'établir, en octobre 1924, un indice mensuel de la production industrielle qui paraît dans le Bulletin de la Statistique générale de la France.

Difficultés de ces statistiques.

Avant de comparer dans un tableau ces divers indices, nous allons examiner brièvement quelles en sont les principales difficultés. 1

SOURCES. — Presque toujours les données directes font défaut. Dans les productions réparties entre un très grand nombre de petites industries, il est à peu près impossible de se les procurer. Les enquêtes au moyen de questionnaires donnent un énorme déchet et sont rarement sincères, par suite de la crainte du fisc. On n’a de données précises, mais indirectes, que pour les productions monopolisées, surveillées, ou réglementées par l'Etat, ou encore pour les industries réparties entre un petit nombre d'industries puissantes.

En effet, l'institution de taxes nécessitant la surveillance de quelques productions a beaucoup facilité l’établissement de ces statistiques. L'exploitation des mines et des carrières est, dans presque tous les Etats, soumise à la surveillance d’un service public, qui contrôle l’extraction et publie les statistiques de la production minérale.

Pour la production industrielle proprement dite, on ne possède le plus souvent que des renseignements fragmen-

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taires relatifs aux industries monopolisées ou sujettes au fisc (sucre, alcool, tabac, allumettes, bougies, poudres et explosifs) ou encore des industries encouragées par des primes (filature de la soie, etc.).

La concentration dans un petit nombre de grands établissements de certaines industries particulièrement importantes, comme la métallurgie, est aussi venue au secours du statisticien, mais toutes les statistiques fournies par les producteurs doivent subir la critique de sincérité. Ainsi, aux Etats-Unis, en 1922, le Geological Survey publiait les stocks de naphte à la fin du mois de janvier et accusait une diminution de 1.557.000 barils. Une hausse immédiate s’ensuivit jusqu à la rectification du chiffre, qui dénonçait en réalité une augmentation de 689.000 barils.

Par analogie, les statistiques agricoles seront plus faciles à recueillir dans un pays de grande culture comme les Etats-Unis que dans un pays de petite propriété comme la France.

En France, nous possédons des données directes pour les industries extractives (houille, minerai de fer, minerais métallifères, potasse, pétrole), l’industrie du coton et les industries métallurgiques (fonte, aciers et autres métaux).

Les autres statistiques ne peuvent pas être des relevés directs, mais utilisent des chiffres en relation plus ou moins directe avec la production. Ainsi, quand la production de la matière première d’une industrie est faible dans le pays et que de grosses quantités en sont importées, on évalue indirectement la production d'objets manufacturés d’après la quantité de matière première importée. C’est le cas des industries du caoutchouc.

Depuis que les divers producteurs industriels et agricoles se groupent en syndicats et fédérations de syndicats, de plus

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grandes facilités sont offertes pour l'établissement et la centralisation des statistiques de la production.

PRINCIPES A OBSERVER DANS LA CLASSIFICATION. — Il y a lieu de distinguer les statistiques directes de la production et celles des moyens de la production (nombre des ouvriers employés, forces motrices (4), transports, etc.). Certains rapports pourront être établis entre les indices de la production et ceux des moyens de la production : rapport entre la production nette et le montant des salaires par industrie, rapports de rendement journaliers ou hebdomadaires, comme ceux qu'a établis M. W.-W. Adams, statisticien du Bureau américain des Mines, sur le rendement moyen des ouvriers mineurs employés au travail du fond dans une série de pays (production quotidienne de charbon par homme), et qui dénotent des différences de rendement extraordinaires entre les ouvriers des différents pays, variant du simple au sextuple. |

Bien qu’en général les indices de la production se rapportent plutôt à ses moyens, nous n’examinons ici que les indices du volume de la production — non que nous estimions les premiers peu intéressants, mais, en raison de leur évolution plus lente, ils se prêtent surtout aux grandes enquêtes et aux recensements espacés. Les seconds, à fluctuations plus rapides, entrent davantage dans l'esprit de notre travail.

DANGER DES DOUBLES EMPLOIS. — Il est très difficile de définir exactement le mot « matière première ». Ce qui est une matière première pour une industrie est un objet manufacturé pour une autre. Ainsi, l'acier, matière première pour tant d'industries, est déjà le résultat d'une opération

(4) En ce qui concerne les forces motrices, nous signalons l'enquête faite en 1899 par l'Office du Travail, en liaison avec divers Ministères.

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