‹ Les Indices du Mouvement Général des Affaires (Étude de quelques tentatives récentes)Chapitre 3 sur 53 · METHODE · texte numérisé non relu

METHODE

Notre étude se poursuivra uniquement au moyen de la méthode statistique.

La méthode statistique. — Sans reprendre la discussion stérile de savoir si la statistique est une science autonome, une science auxiliaire ou une méthode, sans énumérer les 63 définitions qu'avait collectionnées l'Allemand Rümelin, nous nous bornerons à reprendre la plus courante et la plus générale

« La statistique est la science des dénombrements ».

Ces dénombrements doivent évidemment être méthodiques, c’est-à-dire elfectués suivant certains procédés critiqués et déterminés par avance.

Par définition ils ne peuvent porter que sur des choses qui peuvent se compter.

La mesure, ses conditions. — A première vue, il semble que tout puisse se compter, puisque l'Univers est nombre et que l’Ecclésiaste disait au Créateur Omnia in mensura et numero et pondere disposuisti. Cependant il n’est pas inutile de rechercher quelles conditions doivent être réalisées pour qu’un phénomène puisse être mesuré.

4° Nous devons posséder d’abord une unité de mesure convenable;

2° J1 faut aussi que l’opération soit réalisable. Nous avons beau posséder une unité, le franc, ou le million de francs pour mesurer la richesse générale d'un pays, cette mesure n'en resterait pas moins impossible, parce que l’opération est trop considérable pour pouvoir être effectuée; ceux qui l’ont tentée s’en sont bien aperçus;

3° Il faut aussi un opérateur pour faire ce travail que

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nous n’hésiterons pas à confier à un spécialiste, c’est-à-dire à un statisticien de profession, qui seul peut posséder les connaissances nécessaires pour faire un travail d’ensemble.

Ces connaissances sont très étendues. II lui faut d’abord des notions assez détaillées d'Economie politique, de grandes qualités d'ordre, de méthode, de patience et d’impartialité et enfin une certaine culture mathématique.

Rôle des mathématiques. — Les mathématiques sont, en effet, de plus en, plus employées par la statistique à laquelle elles ont apporté plus de précision, de clarté et de fixité. |

Dès le xix° siècle, Fourier proclamait : « Les sciences ne feront de véritables progrès que lorsqu'elles seront confiées à ceux qui ont approfondi les théories mathématiques. » Cette idée a été reprise et considérablement exagérée, elle a contribué à présenter la statistique comme une pure application des mathématiques dont les formules très abstraites ont paru mystérieuses au profane et l'ont effrayé. Il faut se défier de toute exagération dans un sens ou dans l’autre. Il est certain que chaque statisticien doit posséder « l’esprit mathématique », il doit se rendre compte qu’une formule mathématique présente un caractère de vérité absolue, et qu'il peut lui faire toute confiance, mais il ne doit pas oublier non plus qu'il applique cette formule absolue à des résultats statistiques relatifs.

On a pu, certes, comparer à un microscope la formule mathématique, mais le microscope ne grossit des milliers de fois que des détails vrais, alors que la formule mathématique peut grossir des milliers de fois une erreur d’observation.

Il n'y a cependant point d’inconvénient à appliquer des

formules absolues à des données relatives, pourvu qu'on s'en rende compte, et il est certain que si l’on n'avait utilisé pour l'Economique, qui soulève des problèmes scientifiques, que des « méthodes pratiques » comme certains le demandent encore, les progrès de la science seraient autrement limités qu'ils ne le sont aujourd’hui, même au point de vue des applications « pratiques ».

Cette nécessité des mathématiques étant admise, il ne faut pas trop en grossir l'importance. Ferraris réclamait seulement pour le statisticien complet « une discreta cultura » des sciences mathématiques. M. Bodio est allé plus loin : « Les mathématiciens de profession, pour l’amour de l’art, sont amenés parfois à trop subtiliser, dit-il, et à déduire des conséquences dépassant peut-être ce que la qualité des observations pourrait permettre. Ils appliquent à ces observations le trébuchet du peseur d’or, alors que ce qui leur convient, c’est la balance grossière du marchand. » Et Von Mayr a affirmé plus catégoriquement encore : « La valeur de la statistique n’est diminuée en rien lorsqu elle ne se laisse pas figer en des formules mathématiques » (1).

Pour citer un exemple, il est douteux que les indices économiques américains, qui ont subi une élaboration mathématique très fouillée, rendent plus de services que les indices anglais ou français, dressés suivant des méthodes beaucoup plus simples.

Concluons donc qu'il ne faut exagérer dans aucun sens et qu’en tout cas, il ne faut pas rejeter les mathématiques par ignorance, mais seulement après avoir essayé de les appliquer et avoir critiqué impartialement les nouveaux résultats qu'elles ont permis d'obtenir.

(4) Von Mayr dit aussi : « Le champ d’application des mathématiques se restreint de plus en plus, grâce au caractère toujours plus complet et plus général des observations primaires. »

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