D. — INDICES FINANCIERS
LEUR CARACTÈRE. — Nous donnons le nom d'indices financiers à ceux qui, sans exprimer le résultat des opérations matérielles qui concernent les richesses, s’y rapportent d’une façon indirecte, en mesurant l’activité de toute la superstructure économique que forment le crédit, les valeurs mobilières, les moyens de paiement, les opérations
financières de placement des capitaux, etc...
Ils se distinguent des indices que nous avons énumérés par leur caractère accessoire; fabriquer des automobiles voilà une activité matérielle; émettre des actions pour constituer la société qui va entreprendre cette fabrication, coter ces actions en Bourse, voilà des opérations accessoires, qui ne seront jamais que des annexes de l’acte matériel de fabrication, et varieront plus ou moins comme lui. Il peut se faire cependant que le nombre des automobiles fabriquées dans l’usine augmente, alors que le cours des actions diminue. Ce sera le cas dans une crise de surproduction; c’est pourquoi il est bon d’avoir les « indices financiers » à côté des « indices matériels », mais nous croyons impossible que la situation financière puisse rester longtemps mauvaise quand — toutes choses égales d’ailleurs dans l’ordre politique ou social — la production et les moyens de production sont satisfaisants. C'est pourquoi nous avons signalé l'importance prépondérante des indices qui expriment une activité matérielle.
AVANTAGES. — Les indices financiers ont cependant un incontestable avantage : ils sont construits sur des données beaucoup plus nombreuses et souvent beaucoup plus sûres que les autres. Les statistiques financières offrent cette garantie parce que ces opérations sont soumises aux règles de la comptabilité publique ou aux lois qui régissent les banques d émission, la publication des bilans des sociétés anonymes, les négociations des valeurs mobilières, la constatation officielle du cours de ces valeurs et des changes étrangers, etc.
La grande facilité de se procurer ces chiffres, assez répandus dans le public, à fait adopter ces indices par la plupart des publications qui dressent des « baromètres économiques ». Tous les auteurs de recueils d’indices en ont
de ES
retenu un assez grand nombre, que nous allons passer en revue.
Leur PLAGE. — Certains de ces indices, classés par leurs auteurs sous la rubrique « finance », ont été exposés par nous sous Celle de la production ou du commerce, comme le chiffre des opérations des Chambres de compensation, le mouvement du portefeuille commercial de la Banque de France, le montant des chèques postaux, etc., parce qu’ils nous ont paru assez étroitement rattachés à l’activité matérielle à laquelle ils se rapportaient pour pouvoir lui être juxtaposés; mais nous reconnaissons volontiers qu'ils sont bien de nature financière. D'ailleurs, nous n’attachons pas une grande importance à cette classification, qui n’a qu’un caractère provisoire, ainsi que nous le montrerons.
Les indices financiers que retiennent la presque unanimité des auteurs, et qui figurent chaque année dans les comptes rendus des grandes banques comme la Banque de France ou le Comptoir national d’Escompte, sont le cours des valeurs mobilières, intéressant parce qu'il est attentivement suivi par le pays entier et reflète l'état du marché des capitaux pour des formes très diverses de l’activité économique, le cours des changes, expression de la balance du commerce et des comptes entre deux pays, de la valeur respective de leur monnaie, de la confiance que la situation de chacun d'eux inspire, et les articles du bilan des grandes banques, synthétisant l’activité commerciale et le crédit.
Certains auteurs ont étudié les crises économiques en n’utilisant que de rares indices financiers. Clément Juglar n'a pris pour base d'étude que les statistiques financières et bancaires, surtout les comptes des banques d'émission et les cours du change.