‹ Les Indiens des États-Unis (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · EUROPE · texte numérisé non relu

EUROPE

JLiA langue universelle des choses servant de^gaes aux pensées qu'elles ont occasionëes , se retrouve sous le pôle arctique, avec les parties diverses qui la constituent , conservées par lliistoire , et par les traces qui en ont subsisté long-temps dans les usagés des peuples. On y voit les êtres morts et vivans rappeler les dieux auxquels ils étoiçnt réservés y ainsi qu'aux esprits tombés du ciel , qui sont cachés dans la nature entière , dans les bois et la mer , les montagnes et les plaines , et dans chaque demeure que son ancien surveille. On y voit de même ces êtres , les actions , les gestes et les événemens en annoncer d'autres dans un avenir plus ou moins- prochain ^ les succès de chaque entreprise dans la chasse , la pêche , l'agriculture , le commerce et la guerre , dans la vie publique et privée, dans laguérison surtout des maladies, dans tout ce qui concerne les connoissances primitives et indispensables des hommes qui se réunissent en société , et dont tout le système de sagesse populaire , accompagné de ses proverbes , est lié à CCS signes et à ces annonces.

Ce ne seroit que répéter la même chose sous d'autres noms , que de rappeler les animaux et aU'très attributs appartenant aux anciennes divinir

DES HIÉROGLYPHES. i^S

tés, dont les images en ëtoient composées; de rechercher les animaux réservés aux êtres invisibles vengeurs de leur nniort , ou de la haine qu'on leur porteroit, tels que les grenouilles filles de roi enchantées; les chats favoris des esprits des montagnes, et une espèce de souris; les corbeaux, qui annoncent la mort; les pies, qui, dans un temps fixé, vont en enfer pour y être plumées, et dont le cri annonce une visite , de même que les cris d'autres oiseaux ont différentes valeurs suivant les lieux et les points de l'horizon d'oii ils se 'font entendre; les serpens qui, enterrés, sous la berge- ^ rie, préservent le bétail des enchantemens , qu'ori redoute aussi dans toutes les affaires des honunes , et contre lesquels l'ail, l'acier, le feu obtenu par frottement, et les branches d'un certain arbre, ont une vertu efficace; tel lièvre, cerf ou daim individuellement réservés, ainsi que certains arbres consacrés de. même, et qu'il ne faut pas couper; les sources sacrées auxquelles on fait des offran-^ des, etc. ; de rappeler les idées toutes égyptiennes sur les événemens dé toute l'année , annoncés le premier jour par l'étoile de Vénus CO, ou la veille de Noël dans les champs , et partout par mille signes; sur le choix des jours heureux et malheureux , et du nombre impair des animaux domesti- "ques; sur les vrais noms du loiip et du renard,

CO Mauiiius. Horapol. i. 3.

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qu'il ne faut pas prononcer CO- sur les augures de rapparilion de telles betes des forets dans la mëtai* rie y et du cochon dans le champ de lin ; sur ce que signifient des nombres et des instrumens, répée et la hache, les yeux> les mains droite et gauche, les ongles, le menton et la langue, qui , affectes d'une certaine manière (O , «n« noncent joie et peine, ami et dpn, louange et bl4me, vieillard et propos, etc.; de recueillir de nouveau les matériaux d'une langue symbolique , renaissante au milieu d'espérances et de terreurs çecrëtes, qui la retiennent dans les liens de la su«> perslition.

Il est plus intéressant de les voir repasser dans récriture, soit sur le premier livre d'un bdton de hêtre, dont le nom est resté comme ailleurs aux lettres alphabétiques , et qui comprenoit , avec le calendrier, les caractères des dieux et des hom-r mes dans le cercle réuni des temps et des choses; soit dans les dix-huit modes de formation ou em<» ploîs divers des nmes noires, magiques et autres d'un nombre indéterminé, ou des runes vocales, fixées au nombre pythagoricien des premières let» très des Phéniciens et des Grecs; soit enfm dans la sculpture des expressions de la langue figurée de riiistoire du ciel et de la terre, des rois et àes

(0 Syncftius, clc Providcntia , 1. i. p. 11 5.

O SaîiU Auj;;ii;itin, de Docif . Qiribti 9 h n. c. ^x.

DES HlÉROGLtI*HES. igl

dieux, de la religion et de la morale exposée dans un système d'énigmes et de proverbes, de dési^ gnations CO symboliques des dieux et de toute chose, de fables, de dialogues, de poésies et de traditions épiques CO, dans la divination d'une si" bjrlle C3) , et dans le discûurs de t auguste ^^X Ces monumens de l'ancienne littérature du Nord ^ conservés en partie par dès familles Scandinaves qui s'étoient retirées en Islande, forment un recueil presque unique dans l'histoire des natiotls, et qui mériteroit bien d'être mis en ordre, d'après les progrès de l'esprit humain, par quelque homme de génie moins prévenu que Rudbeck pour une opinion favorite.

Le bâton runique dont on a conservé l'usage en Substituant aux images des dieux et* aux sacrifices , qui se faisoient par neuf fois neuf, et soixante-douze victimes , les caractères des saints et de leurs fêtes, les costumes de leurs dignités et les instrumens de leurs martyres, retrace, par des symboles, -tous les jours de l'année consacrés au repos et à des traraux divers. Il les désigne par les cornes , les coupes et lee tonneaux qu'on vidoit dans les festins, ou par les mais et les cabanes de

(0 Kenningar.

0) Sagor.

O Volospa.

(0 Havamal.

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feuillage qu'on dressoit alors) par les înstrumens difierenunept combinés de la chasse, de la pèche , de la coupe des arbres , de l'agriculture , de la guerre, de la navigation et des voyages; par les outils de tous les métiers; par le tribunal du juge, l'école et le livre; par l'image égyptienne du soleil dans son déclin appuyé sur une béquille, et par la roue de l'année qui retourne, dont Noël a conservé le nom ; par les animaux qui pa« roissent ou qui passent , qui se reproduisent , qu'il faut conduire aux pâturages , chasser et tuer dans les différentes saisons; par les végétaux de toute espèce qui germent et meurent aux mêmes époques, ou qu'il faut planter, moissonner et couper , et qui sont combinés les uns et les autres avec les indices de tous ces événemens. Le calen» drier encyclopédique et législatif, comme celui de de Diemsçhid , renferme de la sorte, et dans un vaste développement du plan , tout semblable, de calendrier égyptien ponservédans l'Anthologie ^O, le germe et les clefs d'une langue écrite symbolique, que l'instinct de la nécessité traça sur le double modèle du ciel et de la terre. Par le lien qu'il éta«blit entre eux , entre les affaires de la société , la religion et la marche des astres , le progrès du temps, il éclaircit plus distinctement les monumens mexicains , en dévoilant le» degrés intermédiaires

pal* lesquels on a passé d'un pareil usage des mé-* mes symboles , dans les tableaux des sauvages américains , à leur introduction dans Pécriture , ou dans des zodiaques commentés par des fables sacrées. Les runes alphabétiques qui accompagnent ces emblèmes pour marquer les nombres des jouf s et le nombre d'or , indiquent de même leur origine partout dérivée des symboles^ car elles en conservent la nature , ainsi que la valeur d'objets principaux de l'attention des h(»nmes dont elles portent le nom , en rappelant , avec les figures de ces objets et avec les dieux auxquels elles sont consacrées y par une distribution en trois familles on classes, telles que les familles des nombres pythagoriciens , des maximes et ^«adages attachés à chacune d'elles , ooDune aux lettres hébraïques dans quelques-uns des psaumes de David* Elles ont aussi été employées à ce merveilleux qu'on appelle magie , en désignant les dieux ou leurs noms puissans, Qiais dont^ multiplicité et le secret exigeoient un plus grand nombre de ces runes d'un sens diversifié , suivant leur application à des êtres et à de$ ol^ets divers, ou à la-ntianière des six modes de formation des caractères chinois et égyptiens. On observe , sur les tambours magiques des Lapons, qui en ont conservé quelques-uns , des symboles entièrement seniblables aux symboles égyptiens , et à ceux des pierres gravées , qui se

1 OXFOkl

rapportent à la doctrine orientée de^ deux principes , qu'on a également reconnus chez les Liapons et chez les anciens Scandinaves.

D'après un usage primitif ohservé en Egypte comme en Amérique , les runes ëtoient tracées sur les portes , les poutres et les combles des maisons;., ou sur des chaises, des vasçs et toutes sortes d'ustensiles. Des serpens entrelacés enétoientplus fr^ quemment chargés sur les obélisques bruts , dressés au sommet du tumulus funéraire , oii elles isont souvent entremêlées d'instrumens , de symboles, de quadrupèdes à tête et pieds d'oiseaux , d'autres compositions plus monstrueuses , d'une confusion de membres épars et de formes indéterminées.

L'usage des runes des morts consacrés à Odin , qui les recevoit des mains des quatorze nymphes des combats , étoit appuyé par des chants de mémoire célébrant les actions des guerriers défunts et des rois par des récits fabuleux et des expressions figurées , qui ne laissent de nom propre ou abstrait à aucune idée , et qui , servant de même à la célébration des exploits des dieux , sont recueillis à la suite du code mythologique de J'Ëdda , sous le titre des désignations de tous les êtres et choses , des dieux ^ayant chacun un certain nombre de noms divins, des oiseaux, des aniniaux et des plantes nommés pliunes et cheveux de la terre, de la mer^ qui en est la ceiii-

DES HIÉROGLYPHES. acïî

turc , ie ses boulevards de rocher et des pierres , du vaste pont de la glace , des armes , des fiëclies^ de la grêle, du combat, etc. Ce code, dont le nom d'origine inconnue a du rapport avec celui de Veda , et dans lequel le savant Jones a reconnu des conformités plus frappantes avec les- doctrines de rinde et les noms de ses déitës , expose comme elles Forigine et la fin des choses enveloppées de milles symboles , à la tête desquels est le géant , premier univers , dont les membres déchirés servirent à construire le nouveau : fables développées par nombre d'autres , parmi lesquelles nous ne citerons que celle d'Osir, nourrissant dans sa cage soixante -douze grues, ou ibis, soixante^ douze éperviers , soixante -douze hirondelles , soixantedouze cygnes et soixante-douze gryphons, ensemble trois cent soixante , et tous fidèles à leur maître , à l'exception des gryphons qui lui arrachèrent les yeux CO. H enseigne de même la morale en maximes toutes semblables aux proverbes indiens , aux préceptes pythagoriciens 5 il célèbre le Dieu suprême, ^è/ie de tous y ou il récite les fables des autres dieux confondus avec Odin à cent

(0 Rndbeck, Adant. t. n. p. 3i i , qu'on peat rapprocher de plasicurs tableaux symboliques dans Denon. On voit que cet Osiris du Nord captÎTant les oiseaux , symboles des cinq dieux d'Egypte, est le même que son fils Or, dont le nom désigne en sncdois l'anncc.

aoi DE L ÉTUDE

vingt noms divins , avec ses vingt-six fîls et ses compagnons qui les premiers les avoient fait connoître parmi les Scandinaves.

Nous sommes destinés à abandonner pour une seconde fois tous ces objets intéressans } car ce fut le charme de ma première jeunesse de chanter, mais à moi seul et aux muses, l'origine de la so^ ciété et des arts établis dans ma patrie sous l'aus^ pice de guerriers sages , vénérés conune des dieux par leurs contemporains et par les peuples que leurs descendans conduisoient à la destruction de Rome et à l'établissement des états modernes de l'Europe : de mettre en action ces arbitres du sort d'une grande partie du monde, n'agissant que pour fonder un culte , des lois et toutes les institutions sociales , en luttant contre les passions sauvages qui s'y opposent; ne parlant qu'en images primitives, mais bistoriquement connues, et au nom dès dieux antiques de l'Asie , leurs ancêtres , qiii les dirigeoient et qu'ils remplaçoient. On fera grâce au sentiment filial qui nous fait consigner ici l'unique souvenir destiné à rester de cette tentative d'allier la fable saisie à sa naissance et réellement employée dans les affaires des hommes, à de grands et utiles souvenirs de l'histoire couverte de la nuit du temps , les seuls propres à ce chant social de l'épopée , dépôt de là morale d'une nation.

Nous ne suivrons point les guerriers du- Nord

DES HIÉROGLYPHES. 3o3

portant autour de l'Europe les symboles du culte d'Odin et de ses fils, avec tous ceux qu'ils avoient recueillis dans le temple et le camp. Les Slaves, qai d'un côté de cette partie du monde les avoient adoptés, en ont laissé des monumens dans des images divines de serpens à tête hmnaine , ou de fenunes entortillées de serpens , des. tortues-monstres tenant à la main une tête d'homme , des figu* res humaines à têtes d'aigle ou de quadrupède , à double face de chien , ou à cinq visages avec un sixième sur l'estomac ) dans nombre d'autres idoles qui portent des inscriptions rangées en colonnes sur le dos , et contenant , comme celles de quelques plaques de métaux, les noms divins d'Odin et des autres dieux en caractères magiques et en runes. On reconnoît ^rmi ces lettres d'animaux de vrais hiéroglyphes d'Egypte, les symboles li* néaires des cylindres persans et des pierres gravées attribuées aux Gnostiques , ou même le souvenir d*uné ancienne communication plus étendue dans une inscription en caractères chinois CO.

Plus loin les Sarmates et les Esclavons ado^ roient un dieu à tête d'oiseau , portant l'image du soleil sur la poitrine; et les Germains, de pareilles idoles à plusieurs têtes , ou bien l'épée, le vaisseau

CO Voyage de Jean Polocki en Basse-Saie, et Leurcs sur les antiquités slayei du cabinet du duc de MrMenbour^ Stcelitz. Journal EncjFclop. , novembre 1806 , p. 85*

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d'IsiSj.k qui ils sacrifioient CO, plusieurs autrôà symboles ëgjrptiens, parmi lesquels on a trouvé ceux du créateur et du roi de la terre , le scarabée y l'abeille et le bœuf dans le tombeau du roi des Francs Chilpéric. Sur les mêmes lieux, les G au* lois, chevaliers d'origine , avoient fait de leurs ar-» mes une parure et le^épèt de mille emblèmes de têtes d'oiseaux et de betes, de cornes et de tous les signes de leur prééminence et de leur valeur, que les Bretons s'incorporoient en se tatouant les membres à la manière des insulaires de la mer du Sud ^^\ Les Phéniciens leur avoient apporté de bonne heure des symboles plus savans d'origine égyptienne , qu'on a cru reconnoitre dans les mystères si anciens de la grotte de Saint-Patrick. Les mêmes marchands , propagateurs des institutions sociales et religieuses , les avoient fixées dans leurs colonies d'Espagne, oii elles s'étoient rencontrées, dit-on, avec celles des Egyptiens fondateurs dé la ville de Tarragone, qui fut nommée d'après leur roi et général Tarraco, le Taraca de la Bible. Les tombeaux égyptiens de Malte et de Sicile, les images qu'on y a trouvées, ainsi que sur des xnonumens étrusques, décèlent de pareilles communications entre l'Egypte , la Phénicie et les co-

CO Pats Saeyorum et Isidi sacrificat, etc. Tacite, commente danç les Mém. de TAcad. desinscr. t. yii. p. 95. 129. 00 Herodian , 1. m.

DES HIÉROGLYPHES. ao5

t£5 de la Méditerranée. Rome, qui dut un jour re! cueillir dans son sein les dieux des peuples avec leurs monumens symboliques , et qu'on a décrite comme le pays de Juida rempli de marmousets , sentit l'influence de l'esprit qui les inventa depuis les jours de Ptomulus et de Numa , fondant , avec la ville de vîtigt-sir trihus ^0^ un cirque, tableau du ciel et modèle des tbéâtres postérieurs à troîs cent soixante colonnes ; ou empruntant de l'Etrurie ses maximes d'administration pj^thagoricienne. £n tout temps elle en conserva l'empreinte ^ans ses institutions comme dans ses monnoies , jH'ésentant une manière de vocabulairç d'hiéroglyphes expliqués par des légendes latines j et , jusque dans les derniers momens de son empire , les épou-» $ss d'Honprius furent enterrées dans un tas de symboles et de plus de cent bagues ^*).

Tout un système et un langage énigmatiques transportés d'Egypte dans la grande Grèce par Py» thagore; ceux que les fondateurs des mystères en avoient empruntés long -temps auparavant^ les doctrines des sages de la Grèce, les chants de ses poètes , les ouvrages de ses artistes , servent trop directement à l'explication d'hiéroglyphes égyp» tiens, pour ne pas y être appliqués dans l'occa-» sion , plutôt que recensés ici parmi les preuves de

CO Sous Tiillus.

(0 LcUre de Bulloger dans PJiilologic. epist. ccnt.| p. 33^'

ao6 DE L'ÉTUDE

l'esprit allégorique universel et naturel au genre humain. Eustathe ^0^ Jamblique ^'^ et Clément d'Alexandrie, en démontrant ce fait, assignent aux anciens Grecs la même écriture composée d'animaux iBt autres caractères pareils antérieurs aux caractères alphabéticpies, que les Egyptiens n'ont fiait que développer dans une langue écrite. On en reconnoît les «origines et les effets dans tous les monumens de l'art de ces Grecs , dans le culte antique d'arbres et d'animaux consacrés , de pierres coniques , de poutres , de bâtons réunis et de croix } dans leurs héros et leurs dieux à corps de serpent , à tête et pieds de bœuf ou de bouc; dans les idoles , les amulettes , les lettres éphésiennes et les €àb\es de la superstition, comme dans lès sciences des sages classant les êtres de la nature, ou les signes des idées dans un art de mémoire à trois cent soixante lieux célestes; dans les cérémonies religieuses çt civiles ; dans toutes leurs institutions conservant les élémens du même système , sur les débris duquel. ceux du Bas-Empire revenoient avec ardeur. HorapoUon fut traduit par eux, dans le temps que leurs princes, qui se mirent à la tête de l'Eglise et de ses disputes , adoptèrent des hiéroglyplies piu"s sur leur monnoie , et les titres avec l'étiquette de l'ancienne cour d'Egypte.

(0 Ad IJiad. v, i68. p. 632.

CO Vita Pjthagor. c. xxiii.

DES HIÉROGLYPHES. ao;

Les Phéniciens , voisins de ce dernier pays , qui avoient avec lui deis relations de tout genre et de symboles communs CO, offrent de pareils éclair* cisseinens de ses monumens par le peu qu'ils en ont laissé eux-mêmes , soit dans l'art qui a formé leurs pierres gravées , leurs idoles et lieux de prière, leurs tombeaux et leur monnoie^ soit dans la littérature primitive toute figurée et liée aux mystères , dont les fragmens de Sanchoniaton coner vent un exemple des plus mémorables. Ce recueil d'images de la société , appliquées à l'universel et consacrées par l'inventeur même des hiéroglyphes, est familièrement connu de tous les savans> Le public est lui-même savant en ce qui concerne le langage et les institutions symboliques des anciens Hébreux descendans de ces pères des peuples , dont les Egyptiens avoient conservé les rits , et exprimé les figures de discours par leurs hiéroglyphes, et qui, conduits en Egypte parle dernier des patriarches , en étoieut ressortis à la suite d'un grand homme instruit dans toutes les scien^ ces des Egj-ptiens C*) , qui le détestent et le réck" ment comme initié apostat , ou plutôt indiscret. Ce réformateur, qui a donné à Zerdust , à Buda ,et à Mahomet l'exemple du rétablissement de la

(0 Macrob. sat. i. 9. Euscb. , J. c. i. 10.

(0 Act. TTi. 2Q. Clcm. Alej. Strom. v. Philo, de Viia Mosis, Juâtiii. Mprtjr.

iK>8 DE UÉTUDE

doctrine patrîarchale d'Abraham, avoit en effet initie en masse le peuple philosophe ^0, à qui seul parmi les nations la vérité d'un Dieu unique fut ouvertement annoncée. Au milieu des foudres et des terreurs mystiques , le mont Sinaï retentissoit , à la promulgation de sa loi , d'une langue nouvelle alors pour les Israélites, suivant leur chantreroi C«) : de la langue d'Heber, la première langue sacrée patriarchale que Moïse et quelques auteurs profanes ^^ nous apprennent avoir été commune axL genre humain avant sa dispersion , et dans laquelle Manethon dit aussi que le premier Hermès s'étoit exprimé. Il ajoute que c'étoit en caractères hiératiques gravés sur des colonnes , et qui , après le déluge, furent traduits pour les livres en hiéroglyphes, et dans la langue de ces étrangers, que les Égyptiens de cette époque semblent avoir désigné , de même que les Hébreux ^O , par le nom

CO Ainsi design^ par Aristotc, Megastènes, Namenîns, Porphyre dans Josepli. contr. Appion , 1. i. Qcm. Alex. Stroon. I. Euseb. I. c. ix. 6. 7.

CO Ps. Lxxx. Linguam quant non nouerat, audiuit^ commente par St. Jérôme in h^ 1. el in Isaï. xix.

(0 Euseb. , 1. c. IX. 4*

(0 La femme chanane'enne appelée grecque. Marc. vn. 06. Act. XTi. I. I. Rom. I. 16. II. 9. T. G)r. i. aa. a3. Galat. ni. a8.~Co]. m. 1 1. Isaïe, xix. 18. Les insittuiions grecques de J^oïse, dans Pbilon^ et les disciples grecs d'Hermès daos Diod. Sic, 1. 1. a*

DÈS hlÈROGLîfHES. rio*)

de Grecs. Par cette distinction , il indique proba-* blement une écriture primitive Knéaire semblable à celle de FY-King , dérivée des cordelettes cornmémoratives, et donnant origine aux caractères géométriques des idées abstraites spirituelles C0-' une autre écriture en lettre3 d'animaux conforme aux langues parlées , dépôts des images adorées , ou à cet hellénisme y qui régnoit avant Abraham (*) 'y et une traduction qu'on pourra comparer^ à ces targtuns de la Bible , que les Juifs prétendent être aussi anciens que le texte , en ajoutant par-là aux preuves contenues dans les termes mêmes que la langue sacrée n'a pas été profane ou vulgaire parmi eux. A l'exemple de Manethon , Jo-' sephe et Porphyre désignent par l'attribut de langue sacrée, qui , parmi les Juifs, étoit céservé au iseul hébreu, le langage des caractères sacrés des coloûnes de Tôt, dépositaires des sciences dés Égyptiens , qui décoroient de ce nom tous leurs écrits : toute la sculpture sacrée qu'on voit rendre en figures sculptées les figures de discours des //vres de la loi que les gentils examinent soigneu-^ sement'poitrjr reconnaître les sirmlittides de leurs images; pour tâcher d'autoriser par eux leurs idoles et simulacres C^). pour constater l'identité

6) Postcl in lib. Jezirah.J O) Epîphan. Haeres. , 1. 1. § 8." (?) I. Macchab. m. 48* 'OfitMimara m ulmhm «^rSr. I. g.

aïo DE LÈÏUDE

des lettres ainsi désignées avec leurs modèles antiques conservés dans ce code. Un tel usage que l'auteur des livres des Macchabées nous apprend avoir été fait de la Bible peu après la traduction des Septante, à laquelle il semble faire allusion , avoit motivé peut-être cette entreprise , annuellement célébrée par les habitans d'Alexandrie ^O ^ et ordonnée par un prince avide de savoir, à qui son illustre bibliothécaire avoit représenté la loi des Hébreux conmae très-utile , divine et seule entière, ou non corrompue par les fables des poètes , et a qui Eleazar démontroit la conformité des symboles hébreux et égyptiens. En considérant toutes les circonstances de cette traduction, et d'autres qu'on dit antérieures à la domination des Persans CO, qui eux-mêmes^ auroient transorit la loi des Hébreux dans le dépôt de leurs annales C^^; en approfondissant , avec un savant auteur de nos jours ^^^ ,.celles qui concernent l'instituteur juif de Ptolémée Phjscon , auteur d'un commentaire de la Bible, que lui avoit demandé Philometor j ou la qualité d'orthodoxes et d'hommes de Dieu que de» collèges sacerdotaux d'Egypte accordoient aux

(0 Philo , vita Moses , 1. 3. p. 5io.

(0 Enseb. 1. c. viii. i. ix. a.

0) Aben Ezra. Praef. in Esther j dans Kîrker, Œdip. tri» p. 368.

(0 Valkenaer, Diatribe de Aiistobulo Judso,. philosoipl o peripateûcoy etc. Amsterd. iSo6.

DES HIÉROGLYPHES. *Jtt

Juifs^ la persécution de ces derniers lorsqu'ils ne vouloient pas suivre l'exemple de leurs ancêtres , en conciliant leur4octrine avec les mystères d'Osiris et d'Isis^ les usages et le génie symbolique des Thérapeutes, qu'on ne peut affirmer avoir été Égyptiens de l'ancien culte secret, juifs ou chrétiens , tous confondus à Rome dans les premiers siècles du christianisme, mais qui semblent avoir adopté une partie de la Bible à la manière des Arabes ^0 , des sectes gnostiques et des philosO^ phes Jamblique, Porphyre, Julien, Themistiu»: en examinant nombre d'autres détails des traditions et des doctrines de l'antiquité négligés ou rejetés par cette incrédulité qui nous fait ignorer beaucoup de choses ^O, on est tenté de reconnoître aux Égyptiens le judaïsme des Éthiopiens et des anciens Arabes d'Yemen , dérivé de la doctrine patriarchale des Hébreux antérieurs à Moïse, que David décrit comme les instituteurs vénérés des nations C^^. On reconnoîtra bientôt l'usage qu'ils ont fait de leurs figures de discours , des images du code sacré; et sur quoi se sont fondés Philon , Josephe et les Pères de l'Église, lorsqu'ils expli«

(0 Pokock. Specim. Hist. Arab. , p. i4$' Abn Mbhammed Mustapha, dans Hyde i. 394. Pokock. PJot.ia ALuI Farad j.

(>) Heraclic.

P) Ps. cv. 13. i3. i4- i5. ao. ai. aa.

dia DE L'ÉTUDE

quent ces mêmes figures par les hiérogl^bes avec lesquels elles ont des noms communs ^O j lorsqu'ils voient un système symbolique tout entier dans le récit de l'origine et des premières destinées du genre humain , et du peuple élu descendant en Egypte dans les âmes de leurs premiers përes, et ressortant de son four de fer à travers le fond sec de la mer, pour s'acheminer vers la terre promise, en recevant un tabernacle, un pontife et des lois qui régloient ces cérémonies, dont chaque mot, chaque détail de construction, d'omenaènt ou de costume, recéleroient tous également les vrais indices des choses ^0, des tableaux mystérieux de la nature, son secret et celui de Dieu cachés sous ces voiles.

Les plus savans parmi les anciens défenseurs de la foi , qui ont cherché à les pénétrer , ont démontré la concordance de la loi et de TEvangile avec la sagesse des Grecs et des barbares, et surtout des Égyptiens; et c'est un des points sur lesquels ils ont

le plus insisté , en y cherchant l'appui le plus fer-

(0 LeUres, types, antitypes, ombres, corps, etc. Rom. n. 27. 39. V. 14. Cor. m. 6. 10. Gai. iv. 9. Col. 11. 8. 17. Hebr. iv. la. vu. 16. vni. 5. ne. 10. a4« Job* 1. i4- >>• *▼• a3. 04. VI. 63. Philo, de Viu contemplaiiva, p. 697. Josephe et saint Dcnys, de cœlestiHieracbia , appellent ces types et ùmilitndes de la Bible, symboles et lettres sacrées*

(0 Clcm. Alex., Strora. , Eiiseb. , 1. c viu. 3. xii. li.

DES HIÉROGLYPHES. 9i3

me de la religion qu'ils prêchoient CO. En avan-' çant que la plus ancienne , qui est celle des Égyp-' tiens , est la véritable CO* qu'ils avoient avec les prophètes hébreux un même fonds de doctrine et les mêmes noms divins ^^) qui couvrent les monu**^ mens d'£g3rpte oii ils furent inventés avec les temples C4), et dont un enchaînement forme toute la loi , suivant les Juifs ; en déclarant que leur lé-* gislateur Hermès, inspiré de l'esprit divin, a joint à l'aveu de la difficulté de connoitre Dieu , et de l'impossibilité de Pénoncer , la révélation de vé-* rites cachées , même au peuple de Dieu , et connues des seuls patriarches C^^^ en citaiit son té^

(0 O isti, qui admîramini, qui stupetis doctorum et phîlosophix scita , ita non injusiissimum ducitis inequitare, îUudere tanquam stnltanobis et bruta dicentibua ; ciim vel ea , Tel taJia , repcriamini et vos dicere , qux à nobis dici proounciarique ridetis? Arnob. , 1. 3.

(0 Id yeram quod primum. Tertullîen. Posceaqaam 6ii* blata sapienlia est , tum demum homines sapientum no» men sibi vindicare cœperunt. Lactant. ly. i.

0) TrismogisinsHermeaidoneus testisesiijfui/io&ûciimy id est cum prophetis quos sequimur , tam verbis quam re congruit, Laciant. vi.' a5. et 1. 1. 6., en parlant du même Hermès : Hic scrfpsit libros, et quidem multos, ad cogoi-, tioncm rerum divinarum pertinentes, in quibns majestatem summi ac singularis Dci adserit, iisdemque nominibus appellat quibusnos^ Deum etpatrem, etc.

CO Lucien , de Dea Syr.

(^ Saint Augustin, de Gv. viii. 9. 11. 33. 25. a6. Jus*

ai4 DE L'ËTUDË

moirage semblable au témoignage divin , et en s'exprimant, à ce sujet, de la manière la plus surprenante , ces auteurs ne s'appuyoient pas seulement sur leur vaste érudition et connoissance des institutions d'£gypte , et de ces ouvrages perdus aujourd'hui, ou sur des philosophes érudits teb que Numenius , qui ne voit point de différence entre les religions des Juifs, des Egyptiens et des Indiens 5 entre les opinions de leurs prêtres et celles de Platon et de Pythagore ^0, mais sur les^ saints écrivains eux-mêmes de l'ancienne et de la nouvelle alliance. Sans entrer avec Michaêlis dans une discussion sur l'Eglise de l'instituteur d'Abraham,Melchisédech qu'ils nomment avec tant d'honneur , et qui a été considéré comme un des Hermès d'Eg3rpte ^*), nous ne citerons que les témoignages directs de saint Paul et d'Isaïe, aussi savant que sublime dans ses allusions aux institutions des peuples qu'il menace de la colère du Très-Haut , et dont les autres figures de discours, ainsi quç celles des prophètes en général , ne sont pas plus arbitraires que les images de même nature, et sou* vent les mêmes que les caractères chinois , fixées

tin. Martyr. Paraenet. à la fia ^ Origenes, passim, et Hom. XIII. in Gen. xxiy. Ëusebe , Qem. Alex. , Théodore! , Amob.

(0 Euseb. , 1. c. IX. 7. 8.

CO Un manuscrit hébreu, dans Kirker, Obélisc. Pamphil., p. 34.

DES HIÉROGLYPHES. ai5

pne fois pour toutes (0. L'apôtre ^*), en reprochant à ceux qui retiennent injustement la vérité de Dieu , c[ui ont connu ce qui se peut connoitre de Dieu , Dieu même le leur ayant fsdt connoître, d'avoir transféré l'honneur qui lui est dû à des figures d'oiseaux , de quadrupèdes et de serpens , et en s'étendapt sur ce sujet , ne fait que répéter

. l'ancien délégué vers les nations^^^) qui , dans plus d'un endroit , rend témoignage du culte du vrai Dieu que les Egyptiens avoient connu jadis , et auquel ils reviendroient. En annonçant ce retour

^ dans le dix-huitiëme chapitre , et que des obélisques ) dont il donne la meilleure définition que nous ayons , seront élevés en Egypte à la gloire de Jehovah, en témoignage que le Seigneur y sera connu , imploré et honoré par des oblations et des vœux , il prédit aussi qu'alors il y aura cinq villes en Egypte qui parleront la langue de Canaan, qui jureront au nom du Seigneur des armées.

Cet exposé historique et cette prédiction justifient d'avance nos explications dés monumens qui en attestent l'accomplissement et la vérité ; qui depuis le temple immense jusqu'à l'amulette sont également remplis des images de la langue de Canaan , des paroles de la loi de Jehovah , pour

CO Masson^ les jésuites chinois , p. a49> elc.

( ) Romc,i.

(^) Isaïe, XYiTi. 7. Tix. 18 et suif. xi. y etc.

»i(J DE L'ÉTUDE

laquelle on a £sut des recueils de concordances âé chacun de ses chapitres , ou même de chaque vcr-> ■Set , avec les expressions des sages de l'antiquitë^Oy instruits par les prophètes d'Egypte ou de Palestine, inspirés comme l'ânesse de Balaaniy selon Kirker , et réclamés tantôt par des moines , tantôt par des Juife C*). La tradition qui', dès le temps des Ptolémée et d'Aristobule , a été conservée, parmi ces derniers, sur Moïse VAthéfùsant^^^j qui étudia leur code; sur Pythagore, èirconcis en Egypte , et disciple de Jérémie , qui se seroit fait Juif; sur Aristote qui , s*étant fait traduire par un Juif quelques parties de la Bible , l'auroit imité sur la fin de ses jours ; sur les Lacédémoniens , reconnoissant leur extraction juive \ a prêté assez à la dérision. Il est temps d'examiner ce qui y a donné lieu , et à celle des Orientaux , qui ont une si haute opinion de ces philosophes. Un examen pareil justifiera du moins les savans qui n'ont espéré une intelligence entière de l'hébreu que par celle des hiéroglyphes C4) , et ceux qui , à l'exemple des Pères et des plus illustres docteurs modernes de l'Église, ont démontré la conformité

(0 Piccinelli, Lumina reflexa, etc.

(*) J.-F. Ma^er, Diss. an Pjtfaagoras fuerit Jodsus auc Carmelita.

(^) Platon, ainsi qualifie par Numenius.

(0 MichaclîA.

DES HIÉROGLYPHES. at^

entre les institutions hébraïques , égyptiennes et patriaf châles ; qui ont développé les rapp^ochemens depuis l'âge des përes des peuples , oii ils ont reconnûmes héros de la fable égyptienne, jusqu'à celui du roi-prophëte des Hébreux, du même nom que le roi-prophëte législateur d*Egypte ^0, à ce qu'il paroît anciennement d^à confondu avec lui ^ qui ont commencé par Adam les annales non interrompuesde l'Église de Dieu. Tous ces faits démontrent la nécessité de se préparera l'étude des hiéroglyphes par celle de la langue et des usages du peuple hébreu , de sa doctrine publique et de sa tradition secrëte, renfermant l'encyclopédie de «es connoissances dans Fartifice, d'un système d'é- Criture.

La même étude en exige une autre encore plus vaste et plus difficile des doctrines et des symboles des différentes sectes gnostiques ou chrétiennes, dont les-fondateurs , nati& d'Egypte , avoient puisé dans ses doctrines leurs figures de discours mal entendues, et l'exposé de leurs propres systèmes ^ en symboles de diagrammes , ou tablettes de ce nom

^ des problèmes géométriques de Pythagore et de

Qlltt

(0 David , que les Orientanz prononcent Dhaut , ne peut s*écrire que par les mêmes lettres de Tancien alphabet égyptien qui rendent le nom de Thant diyersemcnt pro; nonce en Egypte même, oîi la lettre ta se prononce comme </.

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