‹ Les indifférentsChapitre 15 sur 88 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

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OLIVIER

Du reste, cela peut être un excellent placement.

8IMONBT.

Alors, pourquoi mon frère ne s’adresse-t-il pas à ses amis?

OLIVIER

Il lui a paru naturel de s’adresser à son frère. 11 a sur la famille des idées toutes particulières • il croit qu’entre parents, on se doit mutuellement aide et protection, et il blâme les tendances de notre époque à sacrifier ceux qui nous tiennent par les liens du sang, à des amis de fraîche date, ou quelquefois même à de simples connaissances. C’est donc pour ne pas commettre vis-à-vis de vous ce qu’il considérerait comme une faute, qu’il m’a confié la mission dont je m’acquitte en ce mo- ' ment.

SIMONET

Vous répondrez à mon frère, cher monsieur, qu’il me juge mal ; je ne suis pas du tout susceptible, moi ! Je ne lui en voudrais aucunement de s’adresser à ses amis, qui pourront bien plus facilement que moi l’obliger, car ils ne sont probablement pas fnariés, et moi je le suis.

MADAME SIMONET

Ah! monsieur Simonet, vous l’êtes si peu!...

SIMONET

Pardon, madame, je le suis très-suffisammcuJ. Du reste, j’ai des enfants.

'ARISTIDE

Papa qui saisit cette occasion de penser à nous.

SIMONET

Enfin, s’il m’arrivait de prêter celte somme à mon frère, ce serait plus fort que moi, je voudrais savoir ce que deviendrait mon argent; il faudrait m’occuper des sucres et des colons... jamais!

OLIVIER

Ne vous occupez-vous donc pas de faire valoir votre fortune?

SIMONET

Je l’ai placée à l’étranger, afin de n’avoir pas à m’intéresser aux événements politiques de mon pays.

OLIVIER

Alors vous vous intéressez à ce qui se passe à l’étranger, cela revient au même.

LKS INDIFFERENTS.

SIMONET

Nullemenl I n’élant pas sur los lieux, je ne m’impressionne pas, je ne discute pas, je puis me passer d'opinion politique.

OLIVIER

• Ah! vous n’avez pas d’opinion politique?

SIMONET

C’est ce que je redoute le plus au monde. A quoi cela sertil, je vous prie ? à discuter pour ne jamais rien se prouver, à s’échauffer le sang, à se donner di's migraines! Non, monsieur, j’ai pour principe d’être toujours de l’opinion des personnes avec qui je me trouve; si elles disent blanc, je dis blanc; si elles pensent rouge, je pense rouge ! Je suis comme l’arcen-ciel, moil de toutes les couleurs.

MADAME SIMONET

Jolie comparaison !

SIMONET

Vous dites ?

MADAME SIMONET

Je dis : Jolie comparaison !

OLIVIER, & Simonel.

Alors, monsieur, vous ne servirez de votre vie aucune cause ?

SIMONET

Aucune!

OLIVIER

Et VOUS n’admettez pas que l’on ait certains devoirs à remplir ?

SIMONET, so levant.

Ah ! voilü le grand mot que j’attendais. Je le voyais poindre depuis une heure. .Mes devoirs, tes devoirs, vos devoirs! mais, mon cher monsieur, celui qui voudrait remplir tous ses devoirs n’ysuffiraitpas; il se condamnerait à une existence de galérien. (Olivier 80 tève.) Au collège, le devoir consi.ste à obtenir un las de couronnes pour faire le bonheur de son père, do sa mère, de son petit frère, de sa petite sœur, de toute la maison. A vingt ans, il faut payer sa dette à la patrie; plus tard, on doit être électeur, juré, garde national, témoin de ses amis lorsqu'ils ont des duels ou qu’ils se marient, jiarrain de leurs enfants! Si votre oncle à la goutte, vous lui tiendrez compagnie; si votre cousine est prise par la grippe, vous irez savoir de ses nouvelles; votre tante s’est logée à Auleuil, tant pis ! vous lui devez au moins une visite par semaine ; le soir, vous passerez

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