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ACTE PREMIER

SUZANNE

Eh bien, je n’ose plus me montrer dans les maisons où j’allais autrefois; on m’y fait mauvais visage, je sens qu’on m’est hostile.

OLIVIER

Hostile ! et pourquoi ?

Je l’ignore ; mais les jeunes filles de mon âge avec lesquelles

t ’étais autrefois liée et que je retrouvais ici, chaque année, sem- >lent m’éviter; elles ne viennent, plus me voir, ou bien elles me reçoivent mal quand je vais chez elles.

OLIVIER

C’est étrange 1... et vous connaissez-vous quelque ennemi? SUZANNE.

Aucun. Je n’ai jamais fait de mal à personne, (a .OlWier qui réfléchii.) Eh bien, à quoi pensez-vous ?

OLIVIER

Je pense à tout ce que vous venez de me dire, et cela me semble grave; vous me paraissez victime de quelqu’une de ces petites trahisons, de ces petites perfidies si communes dans le monde et surtout dans le monde où vous vivez.

SUZANNE

C’est possible, monsieur; mais qu’y puis-je faire ?

OLIVIER

Vous êles-vcus confiée à votre mère ?

SUZANNE

Je n’ai pas osé, ma mère m’intimide trop.

OLIVIER

Alors, vous n’avez auprès de vous aucun ami, personne pour vous défendre au besoin?

SUZANNE

Non, monsieur; et cet isolement m’est bien pénible, je vous le jure; j’ai des moments de profond découragement, et il m’arrive quelquefois de me dire que plutôt que de vivre ainsi, délaissée par tous, il vaudrait autant mourir.

Mourir! y pensez-vous?... et Dieu I

SUZANNE

Dieu ne veut pas que je vive pour souffrir.

OLIVIER

Il veut que vous .viviez pour l’aimer.

SÜZANNE.

Je l’adorais autrefois!... Oh ! quand mon cœur s’est ëveillfî, il débordait de tendresse. Je confondais dans une seule et même adoration, ma famille, mes amies, mes fleurs, le ciel, tout ce qui était beau, tout ce qui était bon. A cba(|uc instant du. jour, il s’élevait de mon cœur, vers Dieu, une hvmne de reconnaissance et d’amour.

OLIVIER

Et maintenant?...

SUZANNE

Et maintenant tout m’a abandonné! mes amies se sont éloignées de moi, mes fleurs se sont fanées, et Dieu ne m’écoute plus.

Si vous ne le priez plus ?

SUZANNE

Pour prier, il faut croire'...

OLIVIER

Vous blasphémez, mon enfant... ne plus croire... à votre âgel... I

SUZANNE

Que m’arriverait-il si je croyais?

OLIVIER

Vous souffriiiez moins de l’isolement dans lequel vous vivez, et vous vous diriez que, tôt ou tard. Dieu vous enverra un ami, un Irère qui vous sauvera du péril qui vous menace et qui vous rendra votre famille, vos amies, vos fleurs, tout ce que vous avez aimé, tout ce que vous pleurez.

SUZANNE

Ah ! si vous disiez Viai 1 (Un itomrsliqnc entre avec un plateau où ost serti le thé, et le place sur la laLle du milieu. Le reste de la famille entre par dilTcrenls côtés t Ari tide et Simonct par la gauche, madame Simonet et Laure par la droite.)

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