ACTE TROISIÈME. Ci
OLIVIER
II est certain qu’il doit vous être indifférent de perdre, puisque quand vous perdez...
ARISTIDE
Oli ! c’est mal ce que vous dites là.
OLIVIER
Vous aurais-je blessé?
ARISTIDE
Je n’ai pas le droit de me trouver blessé; mais vous avez tort de croire que ma dette envers vous ne me préoccupe pas.
OLIVIER
En vérité, vous attacheriez de l’importance à cette misère!
ARISTIDE
Je donnerais beaucoup pour pouvoir m’acquitter.
OLIVIER
Question d’amour-propre, n’est-ce pas?
ARISTIDE
Question d’honneur aussi.
C’est la première fois que je vous entends parler de ces choses-là.
ARISTIDE
C’est aussi la première fois que je me trouve dans une position fausse.
OLIVIER
Et c’est moi qui vous y ai mis? Remerciez-moi donc.
ARISTIDE
Je préférerais vous payer,
OLIVIER
Adressez-vous à votre père, il se fera un plaisir...
ARISTIDE
Vous ne le pensez pas ?
OLIVIER
Vos amis?
ARISTIDE
Mes amis?... vous connaissez leurs principes.
OLIVIER
Qui sont les vôtres.
Je le confesse; aussi, aurais-je mauvaise grâce à leur demander quelque chose.
OLIVIER
Alors, autour de vous, il n’esl personne qui vous puisse obliger'? ni parents, ni amis?
ARISTIDE
Personnel
OLIMER.
Et vous n’en lirez aucune conclusion?
ARISTIDE
J’en tirerai peut-être plus tard, mais pour le moment...
OLIVIER
Vous ne songez qu’à une chose : sortir de l’embarras dans lequel vous vous êtes mis et auquel vous n’ètes pas insensible.
ARISTIDE
Je le confesse... les dettes de jeu... voyez-vous...
OLIVIER
C’est votre corde sensible ; nous faites bon marché de tout le reste ; mais, devant la dette de jeu, s’arrête votre insouciance... C’est drôle... mais c’est vrai pour beaucoup de monde. Allons... je ne vois qu’un moyen de trancher la question.
ARISTIDE
Lequel?
OLIVIER, se levant.
Jouons à pile ou face la somme que vous me devez.
ARISTIDE
Quoi! vous voulez!... d’un seul coup?
OLIVIER
Sans doute.
ARISTIDE
Mais si je perds?
OLIVIER
Nous jouerons encore quitte ou double, il arrivera bien un moment où...
ARISTIDE
Vous feriez cela, vous?
OLIVIER
Je vous le propose.