SCÈNE PREMIÈRE
SIMONET, puis JOSEPH.
SIMONET, a5sis dcvaDl une table à droite, et mettant eous pli des
papiers.
Il y a des moments où je me demande si c’est vraiment bien moi qui suis là, devant cette table. Quelle révolution! mon Dieu 1 quelle révolution en si peu de temps I Dire que le duell le duel si contraire à me.>= principes, je l’envisage froidement... et que moi-mèine, tout à l’heure, peut être... Oui, celle renconlre e.-t inévitable... (,\ Joseph qui ouvre la porte ) Eh bien, Joseph, qu’a répondu madame Simonet?
JOSEPH, qui est entré par la porte de gauche.
Madame fait dire à monsieur qu’elle va se rendre ici.
SIMONET
C’est bien, merci... Qu’avez-vous fait de cette boite de pistolets que je vous ai dit de préparer?
JOSEPH
Elle est dans la chambre de monsieur, sur sa commode.
SIMONET, négligemment.
Bien. Il est possible qu’il me prenne fantaisie d’aller m’exercer au tir; gardez-vous au moins de supposer qu’il s’agisse de quelque affaire d’honneur.
JOSEPH, froidemeut.
Monsieur peut être tranquille : je sais bien que monsieur n’est pas homme à avoir un duel.
SIMONET, vivemeut.
Pourquoi cela, je vous prie ?
JOSEPH
Dame! monsieur n’a pas l’habitude...
SIMONET, SC levant et passant à naurhe.
L’habitude! l’habitude! qu’appelez-vous l’habitude? On n’a pas l’habitude de se battre tous les jours, c’est vrai ; mais il peut se présenter certaines circonstances... enfin, s'il le fallait absolument...
JOSEPH
Cela regarde monsieur.
Sl.MO.VET, à part.
C’est bizarre, mais la froideur do ce domestique m’est pénible. Hélas! c’est peut êlre à moi qu’il faut m’en prendre. De même que le serviteur contracte des devoirs envers son maître, le maître en contracte peut-être envers son serviteur.
JOSEPH
Monsieii r n’a plus d’ordres à me donner?
SIMONET
Joseph, depuis combien de temps êtes-vous il mon service.?
JOSEPH
Depuis dix ans, monsieur.
SIMONET
Dix ans 1 (A part.) Il y a dix ans qu’il vil de ma \ ie, qu’il respire le même air que moi, et je ne l’ai peut-être jamais regardé. (Il considère Joseph.)
JOSEPH
Monsieur trouve que je devrais être en ce moment en grande livrée... mais...
SIMONET
Non, ce n’est pas cela. Avez-vous une famille, Joseph? (l!
s'assied sur te canapé.)
JOSEPH
Non, monsieur; dans ma position...
SIMONET., à part.
Oui, je comprends... par économie... (Haut.) Avez-vous pu placer quelque argent depuis que vous ôtes chez moi?
JOSEPH
J’ai quelques centaines de francs à la caisse d’épargne; cela rapporte de biens petits intérêts...
SIMONET
Qu’importe! vos fonds sont placés dans votre pays, dans votre patrie, avantage inestimable! (a lui-méme.) Il n’a pas l’air de me comprendre... quelle sécheresse de cœurl
JOSEPH
Si monsieur n’a pas de nouveaux ordres à me donner ?
SIMONET
Non, vous pouvez vous retirer, (il se lève et passe à droite.) Mais auparavant, prenez ceci, (il lui donne cinq lonis.)