‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · ANNE-JOSEPH DE ROUSSILLE · texte numérisé non relu

ANNE-JOSEPH DE ROUSSILLE

(2) Cf. dans le Bulletin de La Société d'agriculture, industrie, sciences et arts de la Lozère, 1899, l’article de M. Jules Barbot, qui a bien voulu nous envoyer un « tiré à part » de son ‘travail, auquel nous avons fait quelques emprunts.

Seule ou à peu près, M” de Caylus s'élève contre le È sentiment presque unanime — il faut bien le dire — des

En 72

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contemporains.

« Il courut, écrit-elle, beaucoup de bruits sur cette mort; mais, je suis. convaincue qu'ils étaient sans ES fondement, et je crois, selon que je l'ai entendu dire à M" de Maintenon, que cette fille s’est tuée, pour avoir voulu partir de Fontainebleau le même jour que le Roi, quoiqu’elle fût en travail et prête à accoucher. » M de Sévigné attribue également la maladie qui à

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émporté la duchesse de Fontanges à des suites de couches funestes, C’est à la marquise qu'on prête le joli mot : « La duchesse est morte au service du Roi. »

La Palatine, qui a le verbe plus rude et qui ne ménage pas d'ordinaire ses expressions, affirme au contraire, sans en donner aucune preuve, du reste, que la duchesse a succombé au poison.

« La Montespan étoit un diable incarné, mais la Fontanges étoit bonne et simple ; toutes deux étaient fort belles. La dernière est morte, dit-on, parce que la première l’a empoisonnée dans du lait; je ne sais si c'est vrai, mais ce que je sais bien, c'est que deux des gens de la Fontanges moururent, et on disoit publiquement " qu'ils avoient été empoisonnés (1). » |

(1) La Palatine écrit ailleurs :

«Fontange est morte empoisonnée, il n’y a rien de plus certain. Elle n’a cessé d’accuser de sa mort la Montespan, qui avait, disait- & elle, gagné un laquais de Fontangé. Ce coquin la empoisonnée avec du lait, elle et quelques-uns de ses domestiques. » — Du

. pe

Louis XIV en prit assez gaillardement son parti : la lettre qu'il écrivit, au lendemain même de l'événement, nous le montre bien peu touché du malheur qui vient de le frapper.

Cette lettre, écrite à M. Noailles, autorise-t-elle

toutefois les soupçons d’empoisonnement? Nous lais-

sons à ceux qui nous lisent le soin de prononcer après avoir pris connaissance des réflexions qui suivent le document.

Ce samedi, à dix heures, quoique j'attendisse, il y a longtemps, la nouvelle que vous m'avez mandée, elle n’a pas laissé de me surprendre et de me fâcher. Je vois par votre lettre que vous avez donné tous les ordres nécessaires pour faire exécuter ce que je vous ai ordonné. Vous n'avez qu'à continuer ce que vous avez commencé.

Demeurez tant que votre présence sera nécessaire, et venez ensuite me rendre compte de toutes choses.

Vous ne me dites rien du père Bourdaloue. Sur ce que l’on désire de faire ouvrir le corps, Si on le peut éviter, je crois que c’est le meilleur parti.

14 Septembre 1719 [Extrait de Fragments de lettres originales de Me Charlotte-Elisabeth de Bavière (1715-1720), t. I, pp. 105, 106.|

Dans une autre lettre, elle revient sur le même sujet :

(.. Elle est morte dans la ferme persuasion que la Montespan l'avait fait empoisonner avec deux de ses femmes, On a dit publiquement qu’elles étaient empoisonnées. » — Du 19 novembre 1719.

86 à LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE

Faites un compliment de ma part aux frères et aux. sœurs, et les assurez que, dans les occasions, ils me trouveront toujours disposé à leur donner des marques de ma

protection.

Louis (1).

Le désir exprimé par Louis XIV ne fut-il pas obéi, ou le Roi, se ravisant au dernier moment, revint-il sur sa première décision? Cette dernière hypothèse est plus que probable, puisque l'ouverture du corps eut réellement

lieu.

M. Ravaisson a publié un extrait du procès-verbal de cette opération, signé de six médecins et d’un chirurgien. | D'autre part, le D' Legué (2), après avoir relaté ce qu'il a trouvé dans le Journal de Hurel (3), toujours bien renseigné, reproduit quelques fragments du rapport d’au-

(1) Cette lettre a été publiée dans le Bulletin de la Société l’Hisloire de France, année 1852, puis dans le livre de M. P. CLÉMENT. La Police sous Louis XIV.

(2) Médecins et Empoisonneurs au xvue siècle,

(3) Voici ce que dit Hurel : « Le vendredi 27 juin, Me de Fontanges est décédée la nuit au Port-Royal, où on a fait ouvrir son corps par ordre de Sa Majesté. On lui a trouvé un abcès dans l'estomac, ou plutôt un épanchement d’eau et les poumons ulcérés. »

topsie, que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, car la pièce est d'importance :

… Hydropisie dans la poitrine, contenant plus de trois pinles d'eau avec beaucoup de matières purulentes dans les lobes droits du poumon, dont la substance était entièrement corrompue et gangrenée el adhérente de loutes parts. Les lobes de l'autre côté, seulement un peu altérés.

Le cœur un peu flétri, de l'eau sur la membrane qui l'enveloppe en trop grande abondance et de mauvaise odeur.

Le ventricule (estomac) s’est trouvé fort sain et net.

Le foie d'une grandeur démesurée et sa partie droite non seulement allérée, mais sa substance Root el sa couleur fort chargée.

La rate et les reins, les intestins et le mésentère dans une disposition naturelle, excepté quelques glandes au côté droit fort dures et tuméfiées.

La matrice et la vessie très saines et naturelles.

À la suite de cette autopsie, pratiquée par le chirurgien CHEMINEAU (?), les médecins présents, Berrav, Perir, Moreau, Taurzrrer et VEzox concluaient que :

La cause de la mort de la dame doit être uniquement attribuée à la pourriture totale des lobes droits du poumon, qui s’est faite en suite de l'allération et intempérie chaude el sèche de son foie, qui, ayant fait une grande quantité de sang bilieux et âcre, lui avait causé les peines qui ont précédé,

Sans nous arrêter au langage grotesque de ces médecins de Molière, retenons leurs conclusions.

Ils ont constaté de l’hydropisie de la poitrine ; or, qu'estce autre chose qu’un épanchement dans la plèvre, c'està-dire une pleurésie ?

Cette pleurésie était purulente, ainsi que les praticiens l’'énoncent formellement.

Il y avait, en plus, de la péricardile : « eau sur la mem-. brane qui enveloppe le cœur ». |

Le foie était augmenté de volume : c’est ce que nous appelons, dans notre langage anatomiqué, le joie gras.

L'engorgement ganglionnaire du mésentère est un signe de tuberculose ou de cancer ; dans le cas particulier, il s’agit manifestement de tuberculose.

Nous énoncerons pour plus de précision : pleuro-pneumonie luberculeuse, avec épanchement de liquide dans le péricarde.

Pas de signes constatés d'avorlement ni de fausse couche.

Dans tout cela, rien que de très naturel: pas la moindre présomption de manœuvres criminelles.

Le souhait exprimé par Louis XIV, qu’il ne fût pas procédé à l'autopsie, s'explique, comme on l’a fait observer déjà, par la crainte de fournir un nouvel aliment au procès dans lequel pouvait être impliquée la Montespan.

Un mémoire de La Reynie, cité par M. Clément (x), porte en marge ces mots :

. Faits particuliers qui ont élé pénibles à entendre, dont il est si fâcheux de rappeler les idées, et qu'il est plus difjicile encore de rapporter.

Dans ce mémoire, qui paraît avoir été écrit vers le temps où la duchesse de Fontanges dut quitter la Cour, La Reynie, reprenant toutes les dépositions à la charge de M*° de Montespan, insistait particulièrement sur la tentative que deux accusés, déguisés en colporteurs, devaient faire contre la jeune duchesse, au moyen d'étoffes de Lyon et de gants de Grenoble, « étant presque infaillible, disait le mémoire, qu'elle prendrait au moins des gants, les dames ne manquant guère à cela lorsqu'elles en trouvent de bien faits. »

Ge passage, qu'on a évoqué, pour justifier la thèse de l'empoisonnement, n’atteste pas autre chose, selon nous, qu'une tentative contre la duchesse de Fontanges ; mais rieu ne prouve que l’attentat ait été consommé.

Les dépositions de la Voisin et de sa complice, la Filastre, ne sont pas pour modifiér notre conviction. Elles ne sont que la confirmation de la sûreté d'informations du lieutenant de police.

Le 26 juillet 1680, la Voisin, après l'exécution de sa mère, déposait :

« Romany (2) et Bertrand (deux complices de la Voisin)

(1) La Police sous Louis XIV.

(2) Ce Romany, ou Romani, valet à tout faire, était un des familiers de la Voisin. Il sut se rendre indispensable et la célèbre

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\ TT ï 7 me 14 L 90 LES INDISCRÉTIONS DE L’HISTOIRE

‘voulaient faire les marchands et porter des étoffes et des gants chez M"° de Fontanges, qui devoient être empolsonnés, et elle (la fille Voisin) a entendu Romany dire à sa mère que, si elle ne prenoit pas l'étoffe, elle ne se sauveroit pas des gants.

« Romany et sa mère (la femme Voisin) disoient entre eux que le poison feroit mourir M*° de Fontanges en langueur, et que l’on disoit que ce seroit de regret de la mort du Roi. »

Quant à la Filastre (x), elle avait accusé M*° de Montespan d’avoir fait empoisonner M'° de Fontanges, afin de reconquérir les bonnes grâces du Roi; mais elle se

empoisonneuse dut lui promettre de le marier à sa fille Marguerite.

Romani, on ignore pourquoi, ne fut pas jugé par la Chambre Ardente. Il resta trois ans prisonnier à Vincennes, puis de là fut transféré dans la prison de la citadelle de Besançon et attaché par une chaîne à une muraille, le 5 janvier 1683 (Note du D: LeGué.)

{1) La Filastre avait d’abord été femme de chambre d’une empoisonneuse de marque, Madeleine Gardé, femme de François Chappelain, contrôleur général des décimes et trésorier des offrandes . et aumônes du roi.

Voici, au sujet de ces deux femmes, une note de La Reynie, publiée par le D' Legué, dans son beau livre : Médecins et Empoisonneurs :

« Filastre et Chappelain, pour laquelle Filastre meet sont les deux plus extraordinaires femmes dont on ait encore entendu parler. Il y a plusieurs années qu’elles sont l’une et l’autre dans la recherche de toutes sortes de poisons et maléfices, et il serait difficile d'imaginer de plus grands crimes que le sont ceux dont Rs ces deux femmes se trouvent malheureusement chargées... » | La Filastre fut condamnée à être brûlée vive en place de Grève.

rétracta à la question, et La Reynie, dans un mémoire à Louvois daté du 17 avril 1687, écrit ces lignes :

« La Filastre a parlé, sa déclaration est d'autant plus importante que non seulement elle décharge M"° de Montespan et la Chapelain du dessein de l'empoisonnement de M**° de Fontanges, mais encore parce qu’elle confirme deux autres faits... »

Dans un autre endroit, La Reynie fait l'observation suivante, dont l'intérêt ne saurait échapper :

« Ce que la Filastre a dit aujourd’hui, 10 août (sans doute le 10 août 1681), me paroît mériter beaucoup de réflexions et devoir servir à quelque éclaircissement touchant M°° de Montespan.

«Il ya lieu de croire en suivant ces ouvertures, que l'on trouvera que ce qui a été dit sur son sujet est un peu jactance parmi tous ces gens-là, pour donner de la réputation à ce qu'ils faisoient, ou qu’il y a quelque chose que l'on a cherché véritablement. »

Que peuvent laisser entendre ces derniers mots d’allure mystérieuse, sinon qu’il y a eu, comme nous l'avons dit plus haut, une tentative dirigée contre la maîtresse du Roi, et plus encore contre le Roi lui-même ; mais cette

tentative, — et ce sera notre conclusion dernière, —

aucun indice ne nous autorise à dire qu’elle ait reçu même un commencement d'exécution.

La santé de M”° de PDA ne fut jamais très brillante.

De bonne heure, M"° Poisson, sa « digne » mère (1), avait donné tous ses soins à l'éducation de celle dont elle préparait l'avenir dès le berceau : elle avait seulement négligé de lui assurer ce qui retient l'amant une fois enchaîné : un tempérament solide, résistant à tous les assauts.

(1) Voir la généalogie de la famille Poisson-Pompadour, par Alf. Potiquet, dans l’Amaleur HOUR nos 352-354 (janvier, février, mars 1883).

Dans un article sur l’histoire de la rue de l’École de médecine, de notre confrère le D' Beluze, nous relevons cette note, qui a rapport au père de Mu de Pompadour : « Le sieur Poisson, pêre de Me Pompadour, a été anobli et il a acheté à l'Académie de chirurgie la terre de Marigny.… qui avait été laissée à l’Académie par le testament de son fondateur, M. La Peyronie. Cette terre valait au moins 200,000 livres. Elle a été érigée en marquisat en faveur du sieur Poisson. » Journal de E.-J.-F. Barbier, t.. IV,

ETS.

Cette infériorité, très fâcheuse chez une favorite, faillit souvent rendre vains et ses talents naturels et toutes les grâces dont l'avait parée l'éducation maternelle (x).

Dès sa prime jeunesse (2), M''° inquiétudes à son entourage (3). À maintes reprises, elle

Poisson avait donné des

avait craché le sang. Elle s’enrhumait facilement, ce qui fit de bonne heure craindre qu'elle fût attaquée de la poitrine.

Dans une des lettres qu'elle écrivait à son frère, pendant son voyage d'Italie, elle se plaint de ces hémoptysies : « On vous mandera de Paris que je crache le sang ; cela est aussy vrai que toutes les fois qu'on l'a dit (4). »

Au début de sa faveur, alors même qu'elle semble dans tout l'éclat de sa beauté, la pâleur de son teint frappe les yeux ; aussi le relève-t-elle d’un peu de rouge (5).

(1) Cf. l’article de notre collaborateur, le Dr Potiquer (CAron. méd., 15 fév. 1901), écrit sous notre inspiration directe et auquel nous ferons, au cours de ce travail, maints emprunts.

(2) Dans l’enfance, elle n’avait eu que de légères incommodités : une « petite rougeole vérolée » accompagnée de fièvre qu'un purgatif anodin suffit à guérir.

Plus tard, elle eut la coqueluche, mais qui n’eut pas de suites fâcheuses.

(3) Le soin avec lequel on informe le père de la « petite Reinette » — ainsi appelait-on la future favorite, de son vrai nom, Antoinette — des moindres accidents de santé de l’enfant, prouve une sollicitude inquiète de la part de ce pérsonnage, qu’on nous dépeint, à l’ordinaire, comme un père dénaturé, un débauché cynique, tirant parti de l’inconduite de sa femme, à l'influence de laquelle il chercha, au contraire, à soustraire la fille qu’il adorait.

(4) Mne de Pompadour, par E. et J. de GONCOURT.

(o) Histoire de la marquise de Pompadour, 1758 (Ms. de la

bibliothèque du D: Potiquet).

Trois ans après, d’Argenson notait « sa mine sucée et malsaine. »

La santé déjà si éprouvée de la maîtresse royale avait été encore affaiblie par de fréquentes fausses couches.

Le duc de Luynes écrit, à la date du 2 avril 1749 : QIL y a deux ou trois jours que M° de Pompadour est incommodée et on ne la voit point. J'ai appris aujourd'hui que cette incommodité étoit une fausse couche ; on m'a assuré que c'étoit au moins la troisième depuis qu'elle est habitante ici. »

Toute la Cour était frappée de son amaigrissement, de la totale disparition de sa gorge, de la teinte jaune du bas de son visage.

Les chansons couraient la ville ; on la représentait :

La peau jaune et truitée Et chaque dent tachetée.

Ailleurs, on parle, sans ambiguïté, d’ (une haleine qui n’embaume pas (1). »

Il existe un indiscret portrait, daté de cette époque, qui est effrayant de réalisme : c’est la préparation de la Tour, du Musée de Saint-Quentin, la préparation d’après nature, qui n’a rien du « joli officiel » du grand portrait du Louvre, et qui nous montre la marquise avec son teint de papier mâché, avec les bleuissements du dessous de ses yeux, avec les colorations truitées de la chanson satirique du temps. A

Par la suite, il n’est guère d'années où d’Argenson ne

(1) Journal de Collé, t. I, pp. 5o et 62.

mentionne, et cela à maintes reprises, les indispositions 4 de la marquise : tantôt un gros rhume, tantôt un mal de gorge, des maux de reins, des accès de fièvre (1).

De Luynes parle également de ses palpitations, de ses rhumes, de ses maux de gorge ; le duc de Croy, de « sa colique (2). »

Que d'heures de fièvre, que de journées passées au lit, que de saignées au pied notent les correspondances et les Journaux du temps !

… M°*° de Pompadour écrit à plusieurs reprises des lettres pareilles à celles-ci *

« Marly, 20 mai 1751.

« J'ai un rhume assez fort qui m'a donné la fièvre vingt-quatre heures, il va un peu mieux. Je descends au salon ce soir qui, par parenthèse, est diabolique pour les rhumes ; il ÿ fait un chaud énorme et froid en sortant : aussi entend-on plus tousser qu'à Noël... »

La médecine du temps recourait à la saignée pour ces sortes d'incommodités : la favorite dut s’y soumettre et “ce ne fut pas de très bonne grâce, si l'on en croit cette mention dans les comptes de M" de Pompadour, publiés par le D' Le Roi, de 6,000 livres données par Louis XV, en juin 1561, pour récompenser la favorite de s ‘étr e laissé

Saïgner !

# Journal et Mémoires de d’Argenson, Paris, 1859-1867, tomes VI, VIL VI, IX, passim.

(2) Mémoires du duc de Luynes, tomes XII, XIII, XIV et XV, passim. — Mémoires du duc de Croy ; Paris, 1897, p. 168.

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C'était un événement dont on s’entretenait jusque chez la Reine. ‘ |

Au sujet d’une de ces saignées, Marie Leczinska n'écrivait-elle pas :

«M=° de Pompadour a eu la fièvre hier et a été saignée; cela ma fait une peur horrible, dont j'avoue que la charité n’a pas été tout le motif.

« Mais cela alloit mieux au soir, et l’on disoit seule-

ment qu'il n’y auroit pas de voyage de Crécy (1). »

Cette « vie toujours en l'air et sur les grands chemins » n'était pas pour la rétablir; son état, loin de s'améliorer avec les années, ne fit que s’aggraver.

Comment songer au repos, au milieu d’une cour où, sans compter la galanterie, les fêtes, les chasses et les déplacements qu'elles nécessitent, le jeu, la table

occupent tous les moments du souverain et ne par-

viennent pas à dissiper son ennui? Comment y obtenir le calme de l'esprit?

« Ma vie est un combat », répète la marquise, après le saint homme Job; sans cesse occupée d’affaires, au milieu d'un tourbillon de monde continuel, sans cesse elle lutte pour retenir le Roi, toujours prêt à se dérober. Elle lutte contre les grandes dames titrées qui aspirent à la sup-

(1) Mém. du duc de Luynes, t. XL

planter ; elle lutte pour soutenir son crédit, pour déjouer les intrigues qui se nouent contre elle, pour maintenir ses créatures : ces ambassadeurs, ces ministres, ces maréchaux de haute lignée, qui doivent leur élévation à sa faveur, bien plus qu’à leurs talents militaires ou à leur courage et qui conduisent nos armées aux pires défaites.

Il lui faut lutter et s’ingénier pour emplir sa bourse, que ses goûts luxueux mettent trop souvent À sec : pour établir et gorger les siens. Enfin elle lutte, mais là en vain, contre la frigidité de son tempérament, à grand renfort de chocolat à triple vanille ambré, de truffes, de potages au céleri, etc.

Sur ce dernier point, elle finit, on le sait, par perdre

courage et en vint à s’accommoder du poste de simple pourvoyeuse.

Un soir, au temps où déclinait sa faveur, M"° de Pompadour vint mystérieusement trouver Boucher: elle était affolée d'inquiétude, car Louis XV s'ennuyait, et qu'inventer de nouveau pour réveiller ce palais blasé? C’est alors que, d'un commun accord, le peintre et la favorite imaginèrent de faire au Roi la surprise d’un boudoir mystérieux, où seraient exposées les plus voluptueuses images.

Boucher brossa sur-le-champ une série de compositions érotiques (1), qu’il exécuta avec un art tel, que les ama-

(1} On attribue à Mme de Pompadour la gravure de quelques planches érotiques connues sous le titre : « Mes loisirs, dédiés à mes amis, pelil recueil pour exciter la ferveur des fidèles aux malines de Cylhère par un amateur de l'office, 1764.

ais

teurs qui les ont vus affirment que, pour la magie du, coloris et la grâce des formes, ce sont «les plus beaux Boucher du monde (1). »

À peine avait-elle vécu quelques années avec le Roi sur le pied d’une maîtresse, — lit-on dans un manuscrit du temps — qu « elle fut mise hors d'état de remplir ce qu’on regarde ordinairement comme le point essentiel de cette condition. Un dérangement, auquel son sexe est sujet, vint l’attaquer avec tant de force que, pour éviter les dangereuses suites qui n’étaient que trop à craindre, le Roi, .de l'avis de ses médecins, fut obligé de rompre tout commerce voluptueux avec elle.

La preuve absolue nous manque, mais la femme qui possédait, que -on, le Portier des Chartreux, et qui faisait usage de chocolat

à triple vanille ambré, pour forcer sa nature rebelle à s’associer

aux plaisirs qu’exigeait le roi, était bien capable d’occuper ses loisirs à ces distractions excitantes. (Cf. QUENTIN-BAUCHARD, Les Femmes bibliophiles de France, t. Il.)

(1) Ces peintures étaient encadrées à Arsenal, qu’habitait alors Mne de Pompadour, dans de riches panneaux.

Quand Louis XVI, au commencement de son règne, visita ce palais, sous la conduite de E. de Maurepas, celui-ci le conduisit au fameux boudoir. J! faut faire disparaître ces indécences, dit-il, sur-le-champ. Le courtisan se le tint pour dit et s’empara de ces belles peintures. Après diverses fortunes, elles font actuellement partie d’une grande collection anglaise (Baron ROGER PORTALIS.) ,

Un événement, survenu peu après, acheva de l'abattre, et pendant plusieurs mois, la plongea dans une tristesse profonde.

Le 15 juin 1754, mourait brusquement, à l’âge de 10 ans, au couvent de l’Assomption, sa fille unique, Alexandrine, qu’elle avait eue de son mariage avec

M. Lenormant d’Étioles et pour qui elle rêvait une haute

destinée.

Déjà souffrante, — elle avait été mise au régime du lait d'ânesse, — la fillette avait été prise, après une purga-

tion, de frissons, de vomissements et de coliques; puis,

après quelques heures d'accalmie, de fièvre « avec oppression au ventre. »

Barbier dit qu'elle fut enlevée par une convulsion cau-

sée par le percement d’une grosse dent ; d’Argenson attri-

bue sa mort à une indigestion de lait!

Quoi qu'il en soit, Alexandrine était tombée malade

le 14; le lendemain, quand arrivèrent les médecins du Roi, La Martinière et Senac, ils la trouvèrent morte. On parla de poison; le bruit courut même que les Jésuites étaient pour quelque chose dans cette fin foudroyante. Le vrai est, qu’à l'autopsie, les médecins trou- … vèrent le péritoine gangrené, et, comme l'écrit d'Argen- Son ( pas de quoi tuer un poulet, seulement quelques gouttes de sang extravasé dans le bas-ventre. »

La cause? Ulcère perforant de l'estomac, aurait-on dit il y a quelque quinze ans; appendicite, penserait-on aujourd'hui.

La nouvelle subite de cette mort trouvait justement M*° de Pompadour mal disposée : « ses règles s’arrètèrent et il fallut la saigner du pied. » On ne savait si elle en reviendrait!

Trois ans plus tard, nouvelle crise, mais cette fois moins forte; elle écrit, le 1°* septembre 1797 :

« Ma santé n'est pas bonne depuis quinze jours; la crise où nous sommes par le Parlement m'a fait un mal aux nerfs effroyable. »

En 1762, elle a mal aux yeux el consulte Demours, l’oculiste en renom (1).

Quand d’Argenson sera menacé à son tour de perdre la vue, c'est le même spécialiste que réclamera le ministre (2) qui devra, au préalable, en demander l’autorisation expresse à la marquise.

(1} Emmanuel de BROGLIE, Le fils de Louis XI, 1877, P+ 291. — Mémoires du Président Henault, mis en ordre par M. le baron de VIGAN, 1855, p. 247.

(2) Demours trouvait les yeux du ministre en très mauvais : état, et ne pouvait cependant obtenir pour lui la permission de revenir pour être à portée des remèdes. D’Argenson n’obtiendra qu'après la mort de M" de Pompadour de revenir à Paris et juste à temps pour y mourir.

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À la fin de février 1764, M"° de Pompadour était, avec toute la Cour (1), au château de Choisy, lorsqu'elle fut prise d’une « grosse fluxion de poitrine » qui, suivant la règle, débuta par un frisson.

La correspondance de M"° du Deffant avec M”° de Choiseul nous renseigne très exactement sur cette grave maladie de M”° de Pompadour.

« Ne me plaignez pas, ma chère enfant, écrit la duchesse à sa vieille amie, mais réjouissez-vous avec moi, M"° de Pompadour est enfin hors d'affaire, Je nage dans la joie. »

Un peu plus tard, elle se montre moins rassurée. € M®* de Pompadour a été saignée trois fois depuis hier. Elle est infiniment mieux aujourd'hui. Je pars pour Choisy. »

De la même à la même :

« M*° de Pompadour a beaucoup de toux et assez de fièvre cette nuit, ma chère enfant. Cependant, on assure qu'il n'y a aucun danger à son état, mais je suis inquiète parce que je l'aime, et comment ne l’aimerais-je pas? Je joins pour elle l'estime à la reconnaissance. Croyez-vous,

(1) Elle y était pourtant assez maltraitée. « M. le Dauphin et Mesdames, ecrit d’Argenson, n’appelaieut plus Mre de Pompadour que maman p.…, ce qui n’est pas d’enfants bien élevés. » Mémoires, édit. Jannet, t. II, p. 254.

d’après cela, qu'elle ait à la Cour une meilleure amie que moi? Je voulais aller à Choisy pour la voir; le temps, ma santé et mon mari m'en ont empêchée. Il y est allé avec M. de Gontaut, et, comme elle n’est pas en état d'être transportée à Versailles, le Roi reste jusqu'à samedi à Choisy. »

Quelques jours plus tard, nouvelle épiître :

« Vous ne m'’effrayez pas par vos noirs pressentiments, parce que les médecins et mes yeux me rassurent plus que vous ne m'alarmez. M"° de Pompadour a dormi cinq heures cette nuit dans le fauteuil, il est vrai, parce que le lit l’étouffe, mais elle se trouve si bien qu'elle essayera le lit ce soir; elle ne tousse presque plus, la respiration: est libre. Depuis qu elle est dans un fauteuil, il n’y a plus de redoublement, et la fièvre est si légère que les médecins disent qu'ils ne seraient pas étonnés qu'il n'y en eût plus demain ou après-demain, et qu'elle retournât mercredi à Versailles. Il n'y en a plus que ce qu'il faut pour achever de cracher ses tubercules qui sont à leur fin, mais il est certain qu’elle aura besoin pendant longtemps de ménagements. »

Après avoir été à deux doigts de la tombe, l'intéressante malade se remettait assez pour faire quelques promenades en voiture dans le parc de Choisy.

Cochin recevait l’ordre de dessiner, pour la convalescence de la marquise, un cartel, dans lequel Favart encadrait ces vers de circonstance :

Le soleil est malade Et Pompadour aussi;

Ce n’est qu’une passade:; L'un et l’autre est guéri.

. Le bon Dieu qui féconde Nos vœux et notre amour Pour le bonheur du monde Nous a rendu le jour Avec la Pompadour.

Volum populi, laus ejus.

CGelte estampe, devenue rare, représentait, sous le

soleil voilé, les Muses de la Peinture et de la Musique

suppliantes, pendant que la Médecine arrête la Parque, au moment où elle va couper le fil de la vie de la marquise (1).

Cette convalescence d’un moment, Boucher la célébra aussi, par un dessin aux trois crayons, qui passa à la vente du frère de M“° de Pompadour : des amours fêtaient la convalescence d’une jolie femme, qui s'élevait en repoussant les nuages, avec la légende écrite audessous : Nous renaïssons.:

Enfin Gay, däns deux entailles, dont l’une sur cristal de roche, ne fut pas achevée, faisait des vœux pour le rétablissement de la santé de M"° de Pompadour.

Estampes et chansons devaient arriver trop tard.

(1) JomBerr, dans le catalogue de l’Œuvre de Charles Nicolas Cochin fils, 1770, dit, à propos de cette gravure : « La mort de cette dame qui survint quinze jours après cette fausse apparence d’un retour de santé, a empêché qu’on ne fit usage de cette ingénieuse composition de M. Cochin fils et la planche a été suppri- mée. » De Goncourr.

Enlevée aux soins de Quesnay, qui connaissait son mal et son tempérament, livrée aux mains maladroites de Richard, la marquise se mourait..

C'est, selon toute apparence, à cette date que doit se placer la consultation qui fut rédigée pour la favorite moribonde, et qu’un hasard heureux mit en notre possession, il y a quelques années.

L’authenticité de la pièce ne peut faire doute : la nature du papier, les caractères de l'écriture en témoignent ; et, plus encore que ces preuves matérielles, le texte luimême. On y trouve, en effet, rassemblés, bon nombre de traits, épars çà et là dans les lettres et dans les mémoires du temps, sur la santé de la marquise, moins toutefois certaines fleurs, qui inspirèrent à quelqu'un de l'entourage de Maurepas une sanglante épigramme (1).

Voici le texte de la pièce originale en notre possession que nous faisons suivre d'un commentaire (2) qui servira à l'expliquer et à l'éclaircir :

(1) Est-il besoin de la rappeler :

iris, On aime vos appas,

Vos grâces sont vives et franches

Et les fleurs naissent sous vos pas,

Mais hélas! ce sont des fleurs blanches.

(2) Ce commentaire est dû à l’obligeance de notre excellent confrère et ami le Dr Potiquet, à qui nous avions communiqué la pièce originale, et qui a bien voulu nous transmettre les réflexions qu’elle lui avait suggérées.

26 mars 1764.

IH y a dix-huit ou vingt ans que Madame étoit fort sujette à de violentes migraines dans les approches et à la suite du tems des règles ; surtout quand le ventre se trouvoit un peu constipé. Les remèdes laxatifs écartoient ou diminuoient les accès de cette maladie ; et pendant longtemps on n’a pas eu besoin de se servir d’autre reméde que du petit lait, qui à la fin devenant moins

efficace, m'obligea d’avoir recours à l’usage de l’eau de

Miere (Miers) en Quercy, qui la purgeoit sûrement.

Les migraines sont devenues beaucoup moins fréquentes, et Madame devint plus sujette à une toux sérieuse, qui quelquefois durait 7 à 8 jours avec beaucoup d’opiniâtreté et en forme de coqueluche, dans laquelle elle rendoit une grande quantité de salive pituiteuse et salée.

La fréquence des retours de cette toux me détermina à l’usage du lait d’ânesse (r) dans les deux saisons de l’an-

(1) En 1744, après la mort de la marquise de Châteauroux, Louis XV était venu s'installer à Trianon. Un peu plus tard, il y amena Me de Pompadour,

Pour le désennuyer, la favorite imagina de lui faire prendre part à l'élève des oiseaux de basse-cour. « Le roi et Me de Pompadour, rapporte le duc de Luynes dans ses Mémoires (t. X, P. 439), s'amusent beaucoup des pigeons et poules de différentes espèces. Ils en ont partout, à Trianon, à Fontainebleau, à Compiègne, à l’'Ermitage, à Bellevue, et même le roi en a dans son cabinet, dans les combles. »

Ce goût, joint à celui du laitage, qui convenait sans doute au tempéramment de Mme de Pompadour, ajoute M. DesJarniNs (Le

À Fu

née : le lait lui procuroit d'abord la liberté du ventre, ce qui dispensoit de recourir à d’autres remèdes ; si ce n’est qu'on lui prescrivoit de tems en tems du petit lait avec quelques gros de sel de sedlitz.

L'humeur séreuse claire se manifestoit assez habituellement, tantôt par des récidives de la toux, tantôt en attaquant les amygdales et y causant une irritation inflamatoire, quelquefois elle se portoit sur les dents et d’autres fois sur différentes parties du corps en formes de rhumatisme : ce qui obligeoit de fois à autre de purger Madame à fond avec l’électuaire panchymagogue et le petit lait pour boisson par dessus ; on a toujours continué l'usage du lait d’âänesse, même dans toutes les saisons de l’année.

Cependant Madame engraissa beaucoup, mais depuis environ une année ou dix-huit mois, elle a commencé de maigrir : ses digestions sont devenues difficiles, souvent sa tête s’est trouvée occupée d’affaires qui paroissoient l’affecter beaucoup, ce qui contribuoït fort au dérangement des digestions.

Pour rétablir l'estomach, elle a fait un usage assez fréquent du quinquina, et elle a pris les matins assidument quelques verres d’eau épurée de Passy.

Il y à environ dix ans que Madame fut affectée d’un chagrin trés vif à la mort de Mademoiselle sa fille, elle

Petit Trianon, p. 3) fut la cause de la construction de la ménagerie dont parle le duc de Luynes.

Le marquis d’Argenson parle également de la ménag'erie et de la laiterie de Trianon. (Mémoires, t. VI, p. 85.)

eut un violent saisissement qui occasionna des palpitations de cœur qui se sont renouvelées toutes les fois que Madame a fait quelques mouvements un peu pénibles, surtout celui de monter des escaliers, ce qui l’obligea depuis à se servir de porteurs. Les mêmes palpitations arrivoient aussi lorsque Madame cheminoit un peu longtemps. Mais elles ne paroissoient point dans l’état tranquille,

Madame se tenoit facilement couchée à plat et dans toutes les attitudes. Elle a parlé de ces palpitations à différens médecins qui ont tous soupçonné qu'il y avoit une dilatation de l'oreillette droite du cœur; voilà quel a été son état jusqu'au moment de la maladie actuelle, où la veille, elle eut sans cause apparente une attaque d'étouffement qui fut presque accompagnée de syncope, ce qui dura environ une heure; le lendemain Madame eut un frisson qui fut suivi de fièvre et dela maladie présente.

Un coin de la feuille porte cette mention, d’une autre écriture : 1764, Pompadour, cart. 4, n° 18.

À qui attribuer cette note? Au médecin ordinaire de … M°° de Pompadour, Quesnay; à M°° du Hausset, ou à quelque autre médecin ou camériste de son entourage ? La question reste pour nous indécise.

En tout cas, elle est due à quelqu'un qui suivit de près M°° de Pompadour pendant de longues années, et elle semble bien avoir été rédigée en vue d’une des consultations qui se tinrent à son chevet, à Choisy, où elle se trouvait malade à cette date (26 mars 1764).

Posons tout de suite, Potiquet et moi, notre dia-

gnostic : M° de Pompadour paraît avoir succombé à une.

broncho-pneumonie ou à une pleuro-pneumonie, conséculive à une affection du cœur ou aggrayée par elle.

Elle-même, dans une de ses lettres, nous indique quelle était, dès 1756, l’epinion de ses médecins sur son états

« Mon accès de fièvre n’a pas eu de suites, écrit-elle le 18 septembre de cette année, et je me porte aussi bien

qu'il est possible avec ma pauvre oreillette (1). »

En ce temps, où la percussion et l’auscultation étaient inconnues ; où, en dehors des signes fonctionnels, le diagnostic des affections du cœur s’établissait simplement à l’aide de la palpation de la région cardiaque et des caractères du pouls, la dilatation de l'oreillette droite dominait toute la pathologie du cœur : « Le cœur, dit Senac (2) (qui fut justement un des médecins de la marquise) est sujet à des dilatations extraordinaires ; c'est presque toujours l'oreillette droite qui se dilate. Cette dilatation cause une difficulté de respirer. les palpitations en sont une suite constante et les défaillances accompagnent ou

(1) Correspondance de Mw de Pompadour (Paris, 1878). (2) Senac (J.-B.), Traité de la structure du cœur, de son action et de ses maladies ; Paris, 1777, tome II, pages 410 et passim.

suivent de tels accidents.., » ; et ailleurs : «l'orthopnée, le crachement de sang, l'asthme, la phtisie sont souvent des suites des dilatations. » Or, M*° de Pompadour souffrit un peu de tout cela : maintes fois, dans ses Mémoires, M"° du Hausset parle des palpitations, des accès d’étouffement, des défaillances, des suffocations de la marquise (1).

À cette époque, où l’action de la digitale, déjà connue en Allemagne et en Angleterre, était ignoréè en France, le traitement des maladies du cœur consistait, suivant Senac, en saignées, en purgatifs et dans l'éloignement de toutes les causes physiques ou psychiques capables de provoquer une excitation cardiaque.

Les saignées ne furent point épargnées à M°° de Pompadour, comme en témoignent les Mémoires de M°**° du Hausset, ceux de d’Argenson, de de Luynes, et le document précité. Au reste, Quesnay (2) n'était-il pas le médecin ordinaire de la marquise, Quesnay, l’auteur de l'Art de guérir par les saignées ?

Sur le chapitre des purgations, la note manuscrite que nous publions fournit des renseignements plus copieux que les Mémoires du temps. Cela se comprend ; il est un secret qu'une femme élégante, qui veut rester désirable, ne livre pas volontiers à la curiosité publique, c'est celui de ses garde-robes et du souci qu'elles lui donnent. Remèdes laxatifs variés, petit-lait, eau de Miers en

(1) Mémoires de Me du Hausset, 1891, passim.

(2) Sur Quesnay, cf. notre Cabinet secret de l’Histoire.

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Quercy (1), sel de Sedlitz, électuaire panchymagogue, la marquise — très constipée — connut toutes les armes dont on use contre un intestin rebelle aux évacuations. L'eau de Miers, prescrite à la fois au xvur siècle, contre la constipation et contre les flueurs blanches, convenait à M" de Pompadour pour cette double raison. Senac conseillait, dans les maladies du cœur (2),

(1) L’eau de Miers (Lot), sulfatée sodique, froide, rappelle beaucoup celle de Carlsbad par sa composition minérale ; aussi a-t-on qualifié Miers de Carlsbad français.

Elle est employée avec succès dans les affections gastro-intestinales, notamment contre la constipation, et dans les maladies des reins et de la vessie.

Suivant Lieutaud, qui vivait au temps de Louis XV, elle était alors prescrite contre la constipation, les flueurs blanches et les affections des reins et de la vessie (Cf. Des eaux minérales de Miers, par le D' GRESSET, 1892).

(2) Me de Pompadour, malade par le cœur, éleva, vers 1752, un autel, — un des premiers en France, — au culte du Sacré-Cœur de Jésus. Peut-être, dans cette dévotion inattendue, entrait-il, chez la favorite, quelque souci de son propre viscère, et comptait-elle, pour restaurer son cœur, sur une faveur céleste de Celui qu’elle faisait sculpter au fronton de l’autel; ou plutôt faisait-elle déjà la dévote, « pour plaire à la reine », suivant le mot de d’Argenson.

A ce moment, en effet,

#7 Dust à le soliloque Et les traits fins de Marie Alacoque

étaient forts goûtés d’une partie de la cour; la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus prenait faveur, et Marie Leczinska, dont on n’ignore ni le genre d'éducation, ni le degré de culture intellec-

tuelle, s’employait de son mieux à répandre en France ce féti-

chisme grossier.

L’autel élevé par la Pompadour peut se voir dans la petite église de Crécy-Couvé (Eure-et-Loir), où la marquise possédait une

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l'usage des eaux minérales ferrugineuses : M" de Pompadour prit de l'eau épurée de Passy, qui était une eau ferrugineuse faible.

Senac recommandait encore le repos du corps'et celui de l'esprit. « Les passions, dit-il, portent le trouble sur le cœur ; elles l’agitent... c'est donc une nécessité de les éviter ou de les modérer. » Prescription bien difficile à suivre, pour la maîtresse d’un Roi comme Louis XV !...

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