VIT
M°° de Pompadour mourut le jour de Pâques fleuries (5 avril 1764), âgée seulement de 42 ans 1/2 : sa mère était morte presque au même âge (1).
demeure somptueuse. Les boiseries en sont de ce style néogrec, aux lignes élégantes, aux proportions harmonieuses, qui fut conçu par la marquise et les artistes qu’elle protégea, et qui, par un injuste anachronisme et une ironie singulière, porte dsormais. dans l’histoire des arts, le nom du plus balourd des . monarques : elles sont du plus pur Louis XVI.
Une petite partie des communs, quelques pans de mur, les ruines d’un perron, la trace de quelques bassins, çà et là des bouquets de lilas, voilà tout ce qui reste de ce qui fut Crécy. (D: POTIQUET.)
(1) Me Poisson; qui n’avait encore que 46 ans, avait succombé, le 24 décembre 1745, au dire de d’Argenson, d’une maladie innommable. On lui fit l’épitaphe satirique que voici :
Gi-git qui, sortant d'un fumier, Pour faire une fortune entière, Vendit son honneur au fermier Et sa fille au propriétaire.
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Plusieurs médecins, parmi lesquels Petit, médecin du duc d'Orléans, Renard, médecin du Marais, — Renard dont les avis auraient, suivant une rumeur, hâté sa fin, — furent appelés près d'elle (x). |
M*° de Pompadour mourait persuadée, affirme Soulavie (2), que sa fin avait été hâtée par Choiseul.
Un refroidissement entre M°®° de Pompadour et Choiseul semble incontestable, mais de là à soupçonner le poison, il y a loin ! Il suffit de se reporter aux lettres de la duchesse de Choiseul pour anéantir cette calomnie.
À peine est-elle enterrée, la fière marquise, devant laquelle, de son vivant, tous tremblaient, que la réine Marie Leczinska écrit au président Hénault :
«Au reste, il n’est non plus question ici de ce qui n'est plus, que si elle n'avait jamais existé. Voilà le monde, c'est bien la peine de l'aimer ! (3) » |
- La plupart des historiens ont parlé du transport quasi clandestin des restes de la marquise de Versailles à Paris et de la prétendue sécheresse de cœur de Louis XV, lors du passage du convoi. Légendes que tout cela !
Notre collègue, M. Fromageot, a eu entre les mains un curieux dossier de pièces originales, provenant du marquis de Marigny, pièces relatives à la mort et aux obsèques de la favorite, qui permettent de rectifier sur bien des points la version ofticiellement admise.
(1) Revue rétrospective, toms:lIIl, 1° série, p. 272. — Comte < FLeurRY, Louis XV intime, 1899 : tout le chapitre xir de ce dernier ouvrage est à lire.
(2) SouLavie, Mém. du maréchal duc de Richelieu, t. X.
(3) Mém. du Président Hénault, 1855, Dentu.
Tout d'abord, ces documents attestent que M°e de Pompadour fut transportée à son hôtel, à Versailles, le dimanche 15 avril (1764) ; sa chambre fut transformée en chapelle ardente, et, le surlendemain seulement, il fut procédé à son ensevelissement. Ilest donc certain qu'elle n'a pas été expédiée hâtivement à Paris, ni le jour de sa mort, ni le lendemain. Elle fut, au contraire, enterrée en grande pompe.
« Un cortège, composé de cent Prêtres, vingt quatre enfants portant de grands chandeliers, dix chantres et deux serpents, deux bedeaux et un suisse », assiste à la levée du corps à l’hôtel et l'accompagne À l'église.
Derrière le cercueil, « porté à bras par huit porteurs, viennent quarante-deux domestiques en livrée de deuil, portant des cierges, et soixante-douze pauvres, couverts de manteaux noirs et portant aussi des cierges. »
Les grosses cloches sonnent à deux reprises; enfin l'église est entièrément tendue de draperies ; le catafalque est élevé sur une estrade et « un grand poêle, herminé » est suspendu au-dessus.
Après le service à l’église, a lieu le transport à Paris. dans un corbillard avec dais de duchesse, poêle et couronne posée sur un carré de velours, carrosse drapé, douze chevaux de louage, portant douze caparaçons à moire d'argent, dix-huit chevaux de selle, quatre hommes pour la conduite du convoi, quatre officiers, quatre suisses, soixante-cinq domestiques, etc.
Le convoi sortant de l’église n’a pas cessé d'être accompagné d’un grand nombre de gens, portant des flambeaux allumés.
Il faisait ce jour-là, comme l’a relaté Chevernyÿ (1) -dans ses Mémoires, un temps d’ouragan épouvantable ; ‘ce détail se trouve absolument confirmé par une des pièces du dossier de M. Fromageot, d'où il résulte que deux domestiques avaient perdu leurs chapeaux enlevés par le vent, et n'avaient pu les retrouver, à cause de l'obscurité, dans les fossés remplis d’eau.
Ainsi, l’ancienne légende (2) du transport à Paris du corps.de la marquise, en hâte et presque furtivement, le soir ou le lendemain de son décès, est entièrement contredite par des documents authentiques, indiscutables.
Le cortège funèbre, entré à Paris par la grille de Chaillot, fut reçu avec uné grande pompe au couvent des
(1) I1 y a tout lieu d’accorder créance au récit de Cheverny : les documents originaux lui donnant raison sur tous les autres points, il y a fort à présuméer que son récit est véridique jusqu’au bout, :
(2) Légende encore l'indifférence qu’aurait témoignée Louis XV, à la mort de sa maîtresse. Voici comment les faits se seraient . réellement passés :
-« Le roi, écrit Cheverny, prend Champlost (son premier valet de chambre) par le bras ; arrivé à la porte de glace du cabinet intime (donnant sur le balcon qui fait face à l’avenue de la cour), 11 lui fait fermer la porte d'entrée et se met avéc lui en dehors, sur lé balcon. Il garde un silénce religieux, voit le convoi eütier défiler l'avenue, et malgré le mauvais temps et l’injure de l’air auxquels il paraissait insensible, il le suit des yeux jusqu’à ce qu’il perde de vue tout l’enterrément, Il rentre alors dans Pappartement; deux grosses larmes coulaient encore le long de ses joues, et il ne dit à Champlost que ce peu de mots : Voilà les seuls devoirs que j'ai pu lui rendre ! paroles les que éloquentes qu’il pût prononcer dans cet instant. »
Comme nous voilà loin des récits universellement admis!
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Capucines, où il fut harangué par un des religieux, qui en profita... pour faire l'éloge des vertus de la reine Marie Leczinska !
L'église des Capucines, de la place Vendôme, située dans l'axe de la rue de la Paix actuelle, faisait face à la place. On descendit le cercueil dans le vaste caveau d'une chapelle dédiée à Notre-Dame de Tongres, que la défunte avait acquise de la famille de La Trémoille (1), chapelle placée à main gauche en entrant, en face de celle où reposait Louvois: il y resta jusqu’en 1804. Cette année, la rue de la Paix fut percée, l’église des Capucines démolie et les ossements de l’église, comme ceux du cloître du couvent, portés aux catacombes et rangés dans un ossuaire particulier (2).
Là gisent quelque part, pêle-méle, avec les restes de Louise de Lorraine, reine de France et de Pologne, d'Henriette-Catherine de Montpensier, de Louvois, du duc de Créquy et de nombre de religieuses capucines, les os de celle qui, suivant une des épigrammes dont on poursuivit son luxe et son arrogance, étala si longtemps
La substance du peuple et la honte du roi (3) !
(1) Lorsqu'elle acheta le caveau des Capucines, quelqu’un dit : « Les grands os de la Trémouille vont être bien étonnés d’avoir à côté d’eux les arêtes de Poisson. »
(2) HÉricarr pe Taury, Description des catacombes de Paris,
1815, P. 205. — E. GÉRARD, Les Catacombes de Paris, 1892, p. 139 et suivantes, et 150.
(3) DIDEROT à assez durement résumé ce que le gouvernement
de Me de Pompadour a coûté à la France :
« Eh bien, qu’est-il resté de cette femme qui nous a épuisés
. d'hommes et d'argent, laissés sans | honneur et sans é nerg a bouleversé le système politique de Europe 2 Le traité de Versailles, qui durera ce qu'il pourra; VAmour de: Bouchardon, qu'on admirera à jamais : quelques pierres gravées de Gay, qui étonneront les antiquaires à venir ; un bon petit tableau de Van on qu’ on regardera quelquefois et une pincée de Gore »
Le calendrier révolutionnaire porte la date du 13 juillet de l'an [°° de la République. Paris est en effervescence. Le bruit court qu'un attentat vient d’être commis, à sept heures trois quarts de relevée (1), sur la personne du citoyen Marat, député à la Convention nationale, rédacteur de l’Ami du Peuple.
En quelques instants, une foule, qui grossit de minute en minute, s’est amassée sous les fenêtres de la maison située au 30 de la rue des Cordeliers. C’est là que le drame vient de se dérouler, dans une des chambres du premier étage, dont on aperçoit de la rue les deux croisillons à grands verres de Bohème (2).
Une jeune fille, arrivée la veille à Paris, par le coche
(1} Procès-verbal de flagrant délit du citoyen Guellard.
(2) Nous faisons un récit rapide du drame, simplement comme entrée en matière. Pour plus amples détails, cf. Marat inconnu» du Dr CaBaxës ; Paris, 1891.
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de Normandie, a adressé, le matin du 12 juillet, une demande d’entrevue au représentant du peuple Marat.
Dans un premier billet, elle a sollicité un entretien pour une heure de l'après-midi, afin de faire connaître au membre de la Convention « les malheureux événements qui se passent à Caen (1). »
Dans une seconde lettre, la jeune fille qui signe « Charlotte Corday » devient plus pressante. Elle se propose de révéler à Marat « les secrets les plus importants pour le salut de la République. » |
Elle se dit persécutée pour la liberté ; elle est malheureuse; l'Ami du Peuple voudra bien compatir à son infortune. | | | #
Ses deux lettres étant restées sans réponse, le lendemain, vers sept heures du soir, la jeune fille se fait conduire rue de l'Ecole-de-Médecine, pour y chercher la réponse qu'elle a vainement attendue toute la journée.
Marat est au bain, occupé à corriger les épreuves de sa feuille. Il à donné ordre de ne laisser pénétrer personne auprès de lui. |
Mais il entend dans l'antichambre le bruit d’une discussion ; un son de voix, d'un timbre agréable, est par: venu à ses oreilles. Reyenant sur sa consigne, il ordonne
(1) Lettre de Ch. Corday au C. Marat, 12 juillet 1793:
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LE COUP DE CHARLOTTE CORDAY 119 qu'on introduise la visiteuse qui met une telle insistance à vouloir l'approcher. Rae
Que se passa-t-il à celte heure suprême? |
On ne possède, à cet égard, que la version de l'héroïne du drame.
Marat a exigé les noms des députés, ainsi que ceux
des officiers municipaux réfugiés à Caen, Charlotte Cor-.
day les lui a livrés. « Autant pour la guillotine ! », aurait répliqué Marat.
A ces mots, la jeune fille a tiré le couteau qu’elle tenait caché dans son fichu et l’a enfoncé, d’une main
sûre, dans la poitrine de Marat. Celui-ci a articulé un
son rauque; d’aucuns disent qu’il a prononcé ces mots : « À moi, chère amie. à moi! (r)»
La compagne de Marat, Simonne Evrard, qüi n'avait pas introduit sans défiance, une visiteuse dont les allures lui paraissaient suspectes, est accourue aux premiers Cris.
Elle aperçoit l'assassin debout contre un rideau, dans l’antichambre. Elle la saisit par la tête ct appelle des voisins (2).
Alors accourent un des plieürs du journal de Marat, le commissionnaire Laurent Basse, la cuisinière Jéanne Maréchal, la portière de la maison, tous affolés, appelant à l'aide, sans songer au plus pressé : porter secours au
blessé.
(1) Déposition dé Laurent Basse au Tribunal révolutionnaire: (2) Déposition de S. Evrard,
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Bientôt le sang jaillit à flots : il inonde le carreau de la chambre (1) et l'eau de la baignoire en est toute rougie.
Simonne Evrard s’est approchée de Marat et a instinctivement appliqué sa main droite sur la plaie béante, pendant que le commissionnaire s'occupe à barrer la porte avec des chaises et, saisissant l’une d'elles, en assène un coup violent sur la tête de la jeune fille (2).
Un dentiste, principal locataire dela maison de Marat, est survenu sur ces entrefaites ; après avoir constaté que le sang sort en abondance, gros comme le pouce, il a fait sur-le-champ une compresse pour arrêter l’hémorragie, en même temps qu'il a envoyé prévenir aux Ecoles de chirurgie, proches du lieu où s’est consommé l'attentat.
S'étant assuré que le pouls ne bat plus, le praticien improvisé a aidé à retirer le blessé de sa baignoire et à le mettre dans son lit; dès ce moment, il n'a plus remué, étant déjà mort (3).
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Mais voici qu'arrive le chirurgien Pelletan, qu’on est allé quérir à son domicile, rue de Touraine, situé presque en face la maison du crime.
(1) Procès-verbal de Guellard.
(2) Déposition de L. Basse.
(3) Déposition du dentiste de La Fondée, devant le Tribunal révolutionnaire.
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Sans plus tarder, Pelletan procède aux premières constatations : le coup porté à Marat a pénétré près de la clavicule du côté droit, entre la première et la seconde vraie côte, et cela si profondément, « que l'index a fait écart, pour pénétrer de toute sa longueur à (TAYERS le
poumon blessé... (1) »
On a soulevé, à ce propos, un étrange débat (2). Ne serait-ce pas, a-t-on dit, l'index de l'assassin, bien plutôt que le doigt du chirurgien, qui aurait ainsi péné- “tré dans l'orifice de la blessure? Ce cadavre encore chaud, c’est celui d’un représentant du peuple, d’un personnage fort important et non un sujet d'amphithéâtre. Une telle exploration, faite sans mission, et si peu de minutes après la mort, semble bien choquante et inusitée. Elle eût, en outre, dénaturé sans nécessité la physionomie de la blessure et rendu plus difficiles les consia- . tations médico-légales (3), « Si l’on suppose, ajoute-t-on, que Ch. Corday a - frappé sa victime par un coup droit, l’index appuyé sur la lame du poignard, ne pourrait-on pas en conclure - qu'elle la enfoncé jusques et au delà de la garde? » - En supposant même que le couteau ait été enfoncé perpendiculairement (4), malgré toute la violence du
(1) Procès-verbal de Guellard.
(2) Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1866.
(3) Intermédiaire, loc. cit, p. 195. ;
(4) Le citoyen Montané, qui présidait au en de Ch. Corday; lui fit observer qu’elle avait plongé le couteau dans la poi-
trire de Marat perpendiculairement, pour être bien sûre de ne - pas le manquer. Si elle l’eût frappé horizontalement le couteau
aurait pu rencontrer une côte et le coup n’eût pas été mortel.
coup, on ne saurait admettre que le doigt de l'assassin ait pu pénétrer dans la blessure. Quelle que soit la manière dont on prenne l'instrument, l'index n'’entrera jamais à sa suite dans le trou de la blessure.
Quant à l'exploration dont on accuse Pelletan, elle n'offrait, au moment où il la pratiquait, aucun danger sérieux : Marat avait définitivement perdu tout sentiment et la manœuvre du chirurgien était inoffensive.
Pour rendre cette démonstration plus saisissante, notre affectionné maître, le professeur Lacassagne, de Lyon, a essayé de déterminer les conditions dans lesquelles le coup avait été porté à Marat; il a cherché à préciser la position de l'assassin, à fixer les dimensions de la lame et la nature même de la blessure.
Avec l’aide de son collègue, le professeur d'anatomie Testut, M. Lacassagne a, sur le cadavre, tenté de reproduire, en s'appuyant sur les données du procès-verbal d’autopsie de Marat, les moindres péripéties de l’assassinat.
C’est une évocation d’un intérêt saisissant. Nous laissons la parole au metteur en scène.
Le sujet était âgé de trente-cinq à quarante-cinq ans.
C'était un tuberculeux, un peu émacié, sur léquel, par un heureux hasard, le poumon droit se trouvait adhérent.
Les plans sont préparés couche par couche, afin de con- - duire successivement un bistouri de la plaie externe à l'oreillette gauche.
L’instrument, enfoncé entre la première et la deuxième côtes droites, près du sternum, traverse le poumon, entre dans le péricarde, atteint l’aorte et sa partie antéro-latérale et ressort au point opposé à gauche, à sa partie postérolatérale. Dans ces conditions, la lame passe sous la branche droite de l’artère pulmonaire, puis la pointe entre au voisinage de la base de l'oreillette gauche, un peu en dedans et à droite de l’auricule gauche!
La distance de la plaie extérieure à l'oreillette gauche est d'environ 10 à 12 centimètres.
Nous pouvons donc supposer, avec quelque probabilité, que le couteau de table, « à gaine et à manche noir », payé deux francs par Charlotte Corday, avait une longueur de 15 centimètres environ.
Voilà un premier point établi.
Ce couteau, « à manche d’ébène, fraîchement rémoulu, de ceux qu'on emploie à découper (1) », était pointu.
Quelles étaient les dimensions de la lame ?
Elle était certainement étroite, aflirme le professeur Lacassagne ; on ne s’expliquerait pas autrement que l’artère pulmonaire ou sa branche droite n'aient pas été atteintes. « Cette dernière aurait été ouverte, si l’aorte avait été complètement sectionnée. »
Le procès-verbal d’autopsie, rédigé le 14 juillet 1793, par Louis Deschamps, chirurgien en chef de la Charité, porte qu'il existait, « près du sternum, du côté droit,
(1) Bors, Charlotte Corday, p. 33.
une playe transversale un peu ‘oblique, de la largeur de six lignes à peu près. »
C'était donc, dit judicieusement M. Lacassagne, une ouverture de 13 millimètres, parallèle aux côtes. “a là, « l'espace intercostal n’est que de 15 millimètres. »
La lame a pénétré à plat dans ce passage étroit, et si, par l'effet du hasard, la lame s'était présentée autrement, elle aurait été arrêtée par les côtes. Un couteau de 1 centimètre de largeur peut faire une plaie de 13 millimètres, mais il peut aussi se produire, à cause de la rétraction de la peau, une ouverture plus petite que la lame. « Il est donc PÉQpADE que celle-ci avait, à sa base, une largeur de ro à 15 millimètres. »
Passons à un troisième point : quelle était la position respective de l'assassin et de la victime?
A-t-elle eu une influence sur le degré de pénétration de l'instrument du crime?
Il n’est pas contestable, et les observations de M. Lacassagne sont à cet égard singulièrement précises, que la station assise de Marat ait facilité la pénétration de la lame dans l'oreillette gauche, « en augmentant l’obliquité de la direction donnée au couteau. » à Ë ;
Marat eût été debout, que l'aorte aurait été atteinte en un point supérieur. Mais il était assis dans sa baignoire, le bras droit pendant au dehors. Ajoutez à cela qu'il
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était petit de taille (1"50 à 1" 6o) : la hauteur de sa four- Fo chette sternale devait être de 55 centimètres environ: que Charlotte Corday était plutôt grande (1° 64, dit son ” signalement) : « elle a dû, placée à la droite, et un peu re en arrière, se pencher, pour plonger le couleau dans la < - poitrine de Marat. » Pour ce motif, et par le fait des . autres circonstances que nous venons de rapporter, la pointe de l'instrument s’est dirigée à gauche ; elle a ainsi sectionné l'aorte incomplètement et ouvert l'oreillette gauche. :
Le coup de Charlotte Corus n'est den pas d’une réalisation facile. Le professeur Lacassagne avoue, sans fausse honte, qu'il l'a essayé souvent, exnérhaentalement, sans le réussir.
—… Marat est-il, oui ou non, mort subitement, nous … demandions-nous dans une étude antérieure à ce tra- = vail(r).
% . A-til pu même appeler au secours À plus forte rai- … son, aurait-il écrit, après le coup mortel qu'il avait reçu, le prétendu billet à un de ses amis, l'Espagnol Guzman, qu'un collectionneur, plus fervent que délicat, mon- — trait comme la perle la plus rare de son cabinet d’autographes? |
en
(1) De CaBanès, Marat inconnu.
Nous avons discuté en son temps les raisons, scientifiques autant que graphiques, qui militent en faveur de la mort subite. Nous avons, en outre, rappelé les termes de la lettre de Charlotte Corday, écrivant à Barbaroux au lendemain de son attentat : « Je crois qu'on a imprimé les dernières paroles de Marat; je doute qu'il en ait proféré. »
Le professeur Lacassagne, qui a bien voulu lire avec attention notre ouvrage, n'accepte pas, sans réserves, notre jugement. Il rappelle que divers auteurs, entre autres Bougeart et Chèvremont, content que Marat aurait eu assez de survie pour prononcer les paroles que nous avons citées plus haut : « À moi, chère amie, à moi! »,
et il exprime l'avis que cette opinion est au moins aussi
admissible que la précédente.
L’extrême gravité des blessures du cœur (1), ajoute notre savant contradicteur, n'empêche pas une survivance, une continuation de la vie. Les statistiques démontrent que dans ce traumatisme, les morts rapides sont plus rares que les morts précédées d’un moment de survie, survivance variable, de quelques minutes à quelques heures, et même quelques jours.
Le professeur Lacassagne n’éprouve aucun embarras à
convenir que les blessures du ventricule droit sont les plus fréquentes, et qu’elles sont moins dangereuses que celles du ventricule gauche, les blessures des oreillettes étant, de toutes, les plus graves.
(1) C£ Des blessures du cœur au point de vue MÉTÉO HECIAUS par le D: Charrin. Thèse de Lyon.
Lin ou
Au résumé, Marat a bien pu prononcer quelques paroles, mais il n'a pas eu le temps matériel d'écrire la lettre qu'on lui a faussement attribuée.
Ce ne sont pas, du reste, les seuls points que relève dans son travail d’une critique si serrée, le professeur Lacassagne. Avec raison, il signale des lacunes regrettables dans le procès-verbal d’autopsie de Marat. Mais est-ce bien la faute du signataire de cette pièce, si Bichat n'avait pas encore fixé les lois de l'anatomie pathologique ?
N'oublions pas que cette science est, à l’époque dont nous parlons, à peine soupçonnée; y a-t-il, dès lors, lieu de s'étonner que l'examen des méninges, des vaisseaux, etc., ait été fait d'une façon superficielle?
Pouvait-on songer à pratiquer des coupes dans le cervelet ou la moelle allongée, pour y chercher la trace des foyers hémorragiques ? |
On avait bien noté l'adhérence de l'intestin avec le péritoine et celle du poumon avec la plèvre; pourquoi n'avoir pas fait pareille constatation sur la séreuse cérébrale ? Sans doute, mais peut-on penser à tout?
Combien nous déplorons davantage ce qui manquera vraisemblablement toujours, pour peindre au vrai cette physionomie, si complexe, si énigmatique, de Marat : la série des ordonnances que les médecins rédigeaient,
Il È 9
Ce sont les acdione HAICAUS du temps s sur la Pie matose de Marat, sur sa « lèpre hideuse », qui nous font et nous feront longtemps défaut, pour parfaire le por. trait psycho- “pathologique de r Ami du pPEUpIee AE À
Puis un de nos Contrètes eut la plaisante idée — étaitelle plaisante au surplus? — de poser cette question : Quel est le personnage le plus antipathique de la Révolution ? Je ne me souviens guère si c'est Philippe- Égalité L ou Robespierre, qui décrocha la timbale dans ce match d’un nouveau genre: mais ce dont je suis certain, c'est à « e Marat, dont il y a un demi-siècle on ne prononçait le nom qu'avec effroi, Marat, dont on avait fait une sorte de Groquemitaine pour enfants rebelles ou paresseux, ne “venait que le sixième ou le septième sur la liste des Ne de È Révolution. |
sc Re sur l’Ami du Peuple, venant aprés ceux de Chèvrent et de Bougeart, aient pu contribuer à une appré-
mane. Et pourtant, nous sommes presque convaincu a np
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qu'ils ont servi à dissiper bien des préventions, et qu'en plaidant les circonstances atténuantes, en faveur d’un personnage qu'on a fait passer pour un monstre sans pudeur ni sensibilité, nous avons hâté l'œuvre de la justice réparatrice. |
À Dieu ne plaise que nous innocentions Marat de toutes les accusations dont il a à répondre devant le tribunal de l'histoire; nous souhaiterions seulement qu'on traitât avec plus d’indulgence un homme rongé par un mal affreux, qui a bien pu avoir un contre-coup sur ses déterminations, celles-ci étant en rapport avec la violence de ses accès.
Les contemporains de celui qui se disait l'Ami du
peuple — le peuple a parfois des goûts singuliers — ne.
se sont pas contentés d’absoudre leur héros. Marat avait souffert pour les idées chères au peuple; il avait été tué pour elles; en fallait-il davantage pour lui décerner les palmes du martyre?
Le culte de Marat a commencé à sa mort; il s’est poursuivi jusqu'à nos jours. Le farouche démagogue est passé à l’état de dieu, d'un dieu dont on s’est disputé les reliques.
Les historiens content qu'après l'exécution de Louis XVI, des fidèles se précipitèrent autour de l’échafaud, pour recueillir le sang de l'auguste victime que le bourreau venait d'immoler. Le même fait se reproduisit à la mort de Marat; mais ce n'est pas leur mouchoir, que les fanatiques trempèrent dans le liquide qui s'échappait de la
blessure de leur idole ; ce furent des feuilles de papier #
qui reçurent ce NOUVEAU ( baptême du sang. »
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