‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 19 sur 59 · LES RELIQUES DE L’AMI DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES RELIQUES DE L’AMI DU PEUPLE

| Marat était occupé à corriger les épreuves de son » journal, quand le frappa le coup mortel. Les feuillets de l’'Ami du peuple qu'il tenait à la main reçurent des éclaboussures sanglantes. La compagne de Marat, Simonne Evrard, et sans doute aussi des inconnus, accourus. à la nouvelle de l'assassinat, se hâtèrent de ramasser et d'emporter les feuillets rougis.

Simonne Évrard, autrement dit la « veuve Marat », vivra désormais avec le souvenir de celui qui n’est plus. » La sœur du conventionnel, Albertine, ne tardera pas à accourir auprès d'elle, pour l’aider à supporter son affliction, en la partageant.

Cette Albertine avait « l’âme forte et passionnée de son . frère », avec lequel elle offre une ressemblance de traits frappante. D'un aspect dur et sévère, avec son visage rêche et parcheminé de vieille fille, elle repoussait de prime abord ceux qui tentaient de l’approcher, pour recueillir de sa bouche quelque détail ignoré sur l'homme qui tint entre ses mains les destinées de la France. | Quelques années après la mort de Marat, on la retrouve retirée dans la petite chambre, (un peu obscure, mais proprette dans son vieil ameublement (1) », située au

(1) V. notre Marat inconnu.

RS We ÿ ; \ 2

134 LES INDISGRÉTIONS DE L'HISTOIRE Las

cinquième étage d'un immeuble de pauvre apparence ; survivant à son frère, pour lui décerner une sorte d’apothéose, pour lui refaire comme un panthéon, dans le taudis où elle s'est retirée, avec les livres, les papiers, les manuscrits et autres objets de minime valeur, qui ont appartenu à celui qu'elle proclame « le martyr de la liberté. »

Vers 1835, se réunissait chez Albertine Marat une société d'hommes distingués, penseurs, historiens et philosophes, aimant à remonter aux sources de l’histoire … de la Révolution, avides d'entendre, de la bouche même des auteurs ou des témoins de ce drame inoubliable, le récit authentique des scènes qu'ils avaient eu l'étranges fortune de voir se dérouler sous leurs yeux. | Au nombre de ces privilégiés étaient Alphonse Esquiros, romancier fécond, écrivain grandiloquent, | dont le nom est bien oublié aujourd'hui et qui eut son heure de célébrité ; Hauréau, l’érudit biographe des Monlagnards; Émile de la Bédollière, Aimé Martin, deux. littérateurs aimables et non sans mérite; enfin le colonel Maurin, fervent collectionneur, recueillant tout ce qui se rattachait à l’histoire de la Révolution.

C’est d’Albertiné Marat que le colonel reçut un jour, en guise de cadeau ou en le payant à beaux deniers comptants, un des numéros de l’Ami du: peuple; tachés du sang du démagogue. Il le fit entrer dans sa collection, en l’accompagnant de cette mention manuscrite :.

« Ces feuillets, teints du sang de Marat, se trouvaient sur

la tablelte de sa baignoire, lorsqu'il fut poignardé par Charlotte Corday. Ils furent recueillis et conservés par

Page 1