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192 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE politesse, apprit non sans étonnement qu'il avait été choisi par lui pour représenter les sciences naturelles dans la commission des sept. Les autres membres étaient : Monge, Berthollet, Costaz, Desgenettes et les généraux Andréossy et Caffarelli.
Quant à Bonaparte, après avoir exercé un instant les pouvoirs constituants, il avait voulu rentrer dans le rang, et c'est d’une double élection qu'il entendait tenir les titres de membre et de vice-président de l'Institut d'Égypte.
Monge fut nommé président; Fourier, secrétaire particulier, et Costaz, secrétaire adjoint.
Le Caire, qui était déjà le centre politique et militaire
de l'Égypte, devint ainsi, par la création de l'Institut, le
centre de tous les travaux scientifiques.
L'Institut fut placé dans un des palais des beys, le palais de Hassan-Kachef, résidence spacieuse, d’un confortable presque luxueux.
La grande salle du harem, au moyen de quelques modifications, devint le lieu des séances, et le reste du palais servit d'habitation aux savants.
Devant ce bâtiment s’étendait un vaste jardin, qui donnait dans la campagne, et près duquel on éleva, sur un monticule, le fort dit de l'Institut.
On avait apporté de France un grand nombre de machines et d'instruments de physique, d'astronomie et de chimie. Ils furent distribués dans les diverses salles, qui se remplirent ainsi successivement de toutes les curiosités du pays, soit du règne animal, soit du règne végétal, soit du règne minéral.
re A dn devint fan botanique éoe | KSE Ë Un laboratoire de chimie fut placé au quartier général ; <s fois par semaine, Berthollet y faisait des expé- riences, auxquelles assistaient Bonaparte et un grand ‘ né \ nombre d'officiers (2).
L'établissement de l’Institut excita vivement la curio- - sité des habitants du Caire (3). Les Musulmans furent e vivement attirés par le spectacle d’une assemblée délibé- -rante qui ne s'occupait ni de religion, ni de guerre, ni de politique (4). Ce qui les étonnait surtout, c'était que
(1) Mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon, t. IV, p, 122 et 123. AS | à
(2) « Napoléon est-il au Caire retenu plusieurs jours de suite et Que moins occupé pendaut les moments qu’il donne aux préparatifs cs de son excursion en Syrie, il en profite pour demander un cours ; sur la chimie. La première fois, l’illustre disciple fut seul à écouter
Ja leçon du maître; mais s’apercevant que le débit du professeur : 3 se ressentait de since d’un auditoire nombreux, Berthollet fut 5
engagé à se faire accompagner de quelques amis. À ce titre, j’eus à remplir le personnage de Léandre et à figurer comme le représentant d’une assemblée. » GEOFFROY SAINT-HILAIRE, Notions syn- “4h étiques. etc." p. 7.
(3) Ils se persuadèrent que c’étaient des réunions d’alchimistes occupés à faire de l’or. (Mémoires pour servir à l'histoire de ss cpoion, loc. cit.) De.
- (4) L'Institut d'Égypte constituait son bureau, dès le lendemain o de sa fondation, et Bonaparte y proposait les questions suivanies :
1° Les fours employés pour la cuisson du pain de l’armée sont- ER ils susceptibles de quelques améliorations sous le rapport de la - dépense du combustible et quelles sont ces améliorations ? SE
> Existe-t-il en Égypte des moyens de remplacer le houblon | de - dans la fabrication de la bière ?
. 3° Quels sont les moyens de clarifier et de rafraîchir l’eau du | re = Nil? He <é
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le sultan Xébir (ils ne désignaient pas autrement Bona- » parte) ne disposät que d’un suffrage dans les votes, au même titre que le dernier de ses collègues. Le prestige de nos savants en grandissait d'autant à leurs yeux.
Après une excursion dans le désert, un voyage sur le Nil, une visite aux Pyramides, nos compatriotes se trouvaient transportés au milieu de la civilisation de leur pays. Ils pouvaient communiquer à un Institut français les fruits de leurs recherches, le résultat de leurs explorations. Si le soir ils voulaient prendre du repos, ils retrouvaient l'élite des officiers, des littérateurs, des artistes réunis chez le général en chef, dans un cercle que Paris lui-même eût envié au Caire (1).
On semblait goûter enfin le calme auquel on avait tant aspiré, quand tout à coup se répandit un bruit, qui allait bientôt prendre de la consistance. Bonaparte, apprenaiton, quittait l'Égypte, rappelé par le Directoire pour rétablir les affaires en Italie. |
4° Dans l’état actuel'des choses au Caire, lequel est le plus convenable à construire, du moulin à eau ou du moulin à vent?
bo L'Egypte présente-t-elle des ressources pour la fabrication de la poudre ? Quelles sont ces ressources ? É
6° Quelle est en Égypte la situation de la jurisprudence, de l’ordre judiciaire, civil et criminel, et de l’enseignement ? Quelles sont les améliorations possibles dans ces parties, et désirées par les gens du pays ?
(1) Vie de Geoffroy Saint-Hilaire, par son fils.
On se refusait à croire à une résolution aussi subite.
Dans la soirée du 30 thermidor, tous les doutes furent dissipés. À dix heures, la voiture du général en chef stationnait devant le palais de l’Institut. Elle venait chercher Monge et Berthollet.
C'est dans les derniers moments passés au Caire que le général en chef de l’armée d'Orient tint une conversation scientifique, qui, en raison du cadre de la scène, de la qualité des interlocuteurs et du grand nom de Newton qui y fut évoqué, méritait de nous être conservée.
On était groupé dans ces jardins du palais Esbékich.
Monge, Berthollet et les généraux destinés à s'embarquer, attendaient dans les jardins qu’on leur donnât le signal du départ. Ce signal se faisait attendre; et pour dissimuler l’impatience qu’il en éprouvait, le général en chef imagina une causerie, dont les savants feraient tous les frais. <
Plusieurs personnes qu'il laissait au Caire après son départ, une dame entre autres, l’entouraient, mais sans … faire partie du cercle des causeurs.
La conversation fut souvent interrompue. Bonaparte disait un mot qui provoquait une longue réponse, mais ne prêtait nullement l'oreille à ce qui se contait autour de à lui, tout occupé qu'il était, malgré l'angoisse du départ,
— à adresser à chacun un mot d'encouragement ou d'amitié.
Si nous en croyons Geoffroy Saint-Hilaire, un des audi-
teurs de cette scène pathétique, qui nous l'a rendue avec la fidélité d'un sténographe (1), Bonaparte se serait exprimé ainsi :
Nous avons du loisir, Monge; passons ce temps à faire de la philosophie, et pour y fournir matière, je vous raconterai mes pensées du premier âge. |
Le métier des armes ne me convenait point. Je l’acceptai par devoir... Jeune, je m'étais mis dans l’idée de devenir un inventeur, un Newton!
— Que dites-vous, général, répliqua Monge, ne connaissez vous pas le mot de Lagrange: nul n’atteindra la gloire de Newton ; il n’y avait qu’un monde à découvrir.
Mais général en chef, avec quel accent vif et Chateuiets il riposta ; c'était visiblement sa pensée, longtemps contenue, qui lui échappait.
— Qu’ai-je là entendu? Mais le monde des détails ! qui a jamais songé à cet autre, à celui-là ? Moi, dès l’âge de quinze ans, j'y croyais... Je m'en occupai alors, et le souvenir vit en moi comme une idée fixe à ne mabandonner jamais... Je suis sûr que l'ami Berthollet, profondeur (2) dans le savoir du jeu des affinités, non sans doute, Berthollet n’est point de votre avis? Je vous le demande, Monge, qui à fait attention au caractère d'intensité et de traction à très courte distance des actions des minimes atomes dont nous sommes d'une manière quelconque les observateurs obligés. Vous, Monge, ou votre Newton, l’auriez-vous trouvé ?
Or, voyez: cela ne sera-t-il pas plus beau, plus grand, mais surtout plus profitable à la société qu’une spéculation
philosophique? Newton se trouve avoir résolu le problème,
du mouvement en général, par la découverte du système
(1) Études progressives d’un naluraliste, 1835, p. 182 et suiv. (2) Ce substantif était familièrement appliqué à Berthollet par Napoléon, pour qualifier sa tournure d'esprit.
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planétaire: c’est magnifique pour vous autres, gens d'esprit
et de mathématique.
Mais que, moi, j'en fusse venu à apprendre aux hommes comment s'opère le mouvement qui se communique et se détermine par l'intervention des plus petits corps, j'aurais résolu le problème de la vie de l’univers ; et cela fait, ce que je tiens chose possible, j’eusse dépassé Newton de toute la distance qu’il y-a entre la matière et l'intelligence. Par conséquent, il n’y a donc rien d’exact dans votre mot de Lagrange, puisque le monde des détails reste à chercher. Voilà cet autre monde, et c’est Le plus important de tous, que je m'étais flatté de découvrir; d'y penser, j'en’ suis toujours aux regrets ; d'y penser, j'en ai mal à l’âme.
Quel était le sens exact de ces phrases) C’est ce qu'il est bien malaisé à distance de pénétrer. Napoléon entendait-il parler de l'application des théories newtoniennes aux êtres organisés vivants ?
Entrevoyait-il, dans sa prescience géniale, la solution des problèmes biologiques, que Pasteur et ses élèves nous ont apportée depuis ? Il serait téméraire d'émettre à ce sujet ce qui ressemblerait, même de loin, à une affirmation.
D'aussi graves pensées sont, en tous cas, l'œuvre du
génie, le produit d’un cerveau merveilleusement Organisé
pour les conceptions scientifiques les plus arides et les plus hardies.
Ne s’explique-t-on pas mieux, après ce préambule, les encouragements que Napoléon, investi de la plus haute
fonction de l'État, ne cessa de prodiguer à la science et
aux savants ? Toute sa vie, ne semble-t-il pas avoir conformé sa conduite à ces deux objectifs : application principale de son esprit, tension de toutes les forces de sa puissante intelligence aux affaires militaires et gouvernementales ; et, à titre de délassement, information curieuse et 'incessante de tout ce qui se passait en physique, en chimie, en physiologie, et, en général, de ce qui avait trait aux sciences exactes)
Les sciences et les armes, dont il avait rêvé l'alliance
dans ses méditations de jeunesse, il en reprendra la pensée.
dans son voyage en Orient.
Ce n'est pas seulement un tout-puissant capitaine, c’est Bonaparte membre de l'Institut, qui foulera de son pied vainqueur la terre des Pharaons.
De retour en France, c’est encore à l'Institut qu'ira sa première pensée.
Le 11 pluviôse an VI (30 janvier 1708), la classé recevait
un mémoire important, dont la présentation est consi-
gnée au procès-verbal dans les termes suivants : « Le secrétaire lit une note remise par le citoyen Bonaparte, qui la tient du citoyen Rolland, relative à une
voiture mue par la vapeur. Les citoyens Coulomb, Perrier.
Bonaparte et Prony sont chargés de faire un rapport sur cette machine et d'engager le citoyen Cugnot (1), qui en
(1) La Revue d'artillerie (octobre 1900), s'appuyant sur des documents authentiques — et notamment sur le mémoire du général de Gribauval et sur un rapport de L.-N. Rolland, commissaire sénéral, en date du 4 pluviôse an VIH, — a consacré une intéressante notice à Cugnot, l'inventeur de la locomotion automobile.
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est l’auteur, à assister à l'expérience qu’on en fera et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l’action de la vapeur au transport des fardeaux (1). »
Aucun rapport ne fut fait à l'occasion de cette grande
découverte, et ce ne fut qu’incidemment que, deux ans
et demi plus tard, le nom de Cugnot, célèbre aujourd'hui, appela de nouveau l'attention de la première classe de l'Institut (2).
C'est le 23 octobre 1799 (1° brumaire de l’an VIII que Bonaparte prenait place, à l’Institut, au milieu de ses
(1) Napoléon, qui avait eu connaissance des essais de Cugnot pour la {ocomobile, semble avoir également connu ceux du chevalier d’Arcy, pour le fusil se chargeant par la culasse.
Le colonel Pauly, en 1809, fut chargé par lui de construire un fusil d’après ce système. Non seulement il l’exécuta, mais il voulut le perfectionner, en appliquant à l’arme, un peu modifiée, du chevalier d’Arcy, l'usage de l’amorce fulminante dont il était l’inventeur. C’était trop vouloir à la fois. La seconde invention venant trop vite compliquer la première, rendit le fusil d’un maniement impossible, pour tout autre que pour son inventeur.
On récompensa Pauly avec une somme de mille napoléons, on le décora, on lui donna un brevet de dix ans, mais on ne se servit pas de son fusil (Ed. Fournier. Le Vieux-neuf, t. I),
(2) Le modèle de la voiture à vapeur de Cugnot a été recueilli au Conservatoire des arts et métiers. Le général Morin a donné, à son sujet, dans les Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences (t. XXXII, p. 524, 14 avril 1854) une notice, accompagnée de pièces officielles, établissant les droits de Cugnot à la priorité de l’application de la vapeur à la locomotion.
confrères ; le procès-verbal est sobre de renseignements au sujet de sa présence ; on n’y trouve que les mots suivants :
« La classe arrête qu il sera fait mention au procèsui de la satisfaction qu'elle éprouve de voir notre confrère Bonaparte dans son sein. »
Biot devait faire, ce jour-là, une communication importante. Bonaparte vint avec ses autres collègues, soit de lui-même à titre de mathématicien, «dontilse faisait fort»: soit parce que Monge l’amena, « pour lui faire les honneurs d’un travail issu de sa chère École Poly-
technique (1). »
(1). Journal des Savants, février 1850, p. 69.
Le passage suivant d’un discours du directeur de l'École polytechnique, prononcé à l’ouverture des cours de l’an VII (1799), donnera une idée de l'impression qu'avait faite dans l’école, la présence du général.
« Cest à ceux qui m’écoutent, et qui en ont été témoins, à redire combien de fois ils ont vu le héros de l'Italie venir chercher des délassements, en mesurant la hauteur à laquelle les sciences exactes étaient parvenues, en calculant l'influence que devait avoir sur la masse de lumières de la matière, l'impulsion extradinaire donnée aux esprits vers les études mathématiques. Is
n’oublieront pas sans doute et ne négligeront pas de transmettre .
ce qu’ils ont entendu de sa bouche, lorsque, parcourant les salles de leurs exercices, considérant les travaux différents dont ils étaient occupés, il les félicitait de cette réunion de connaissances diverses, seul moyen de sortir de la routine des professions et de rendre à son pays des services éclatants. »
Après le traité de Campo-Formio, le vainqueur de l'Italie, de retour dans la capitale, voulut connaître les prodiges de la chimie moderne. {1 s’adressa à Berthollet pour s’instruire des progrès de cette science; il aurait même suivi ses leçons à l'École polytechnique. (Domarp, Notice sur Berthollet.)
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Après que Biot eut exposé le résultat de ses recherches, on nomma une commission, composée des « citoyens » Laplace, Bonaparte et Lacroix.
Lacroix lut son rapport à la classe, le »1 brumaire, trois jours après la grande révolution politique qui dora, porter Bonaparte à l'Empire.
Le général vint encore à cette séance et y assista, «aussi tranquillement que s’il n'avait pas eu d’autres affaires en tête », suivant l'expression même d’un témoin.
Tandis qu'il n’était encore que général en chef de l’armée d'Italie (1), Bonaparte s’intéressait déjà aux grands progrès réalisés par les physiciens avec un agent alors tout nouveau : l’électricité.
Napoléon, devenu premier Consul, assista, le 16 brumaire an IX, comme membre de la 1°° classe de l’Institut, à la séance où Volta lut la seconde partie de son mémoire sur la pile; émerveillé de l'importance de la découverte, il prit la parole, engagea la classe à faire plusieurs expériences, qu'il indiqüa et qui furent exécutées plus tard,
et enfin proposa de décerner au savant italien une mé-
daille d’or, qui lui fut accordée, sur un rapport de Biot. L'année suivante, le 26 prairial an X (1802), le Premier Consul envoyait à son ministre de l'Intérieur une lettre où il annonçait qu'il entendait donner un prix de 60.000 fr. à celui qui, par ses expériences ou ses découvertes, aurait
(1) En 1796, les événements militaires ayant mis dans la nécessité de livrer au pillage la ville de Pavie, le général en chef donna l'ordre d’épargner la maison de Volta et celle deSpallanzani : dans la crainte de méprise de la part des soldats, les officiers entourèrent eux-mêmes les deux maisons,
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fait faire à l'électricité, au galvanisme, un pas comparable -
à celui qu'avaient fait faire à ces sciences Franklin et Volta. « Régularisez cette mesure avec la portion de l’Institut (1) qui doit en connaîre, ajoutait le Premier Consul; car cette partie de la physique est, à mon sens, le chemin des grandes découvertes. »
Des mesures furent arrêtées en conséquence et promulguées en séance solennelle, le 17 messidor an X (2).
(1) Il souhaitait l’Institut indépendantet fort; il voulait qu’il ne pût être confondu avec aucune des sociétés savantes ou littéraires qui prenaient naissance avec le siècle. Afin d'assurer cette disposition, il avait fait introduire, dans la loi sur linstruction publique, du 11 floréal an X (1e" mai 1802), au titre IX, l’article XLI, qui était ainsi conçu :
« Aucun établissement ne pourra prendre désormais les noms de Lycée et d’Instilut.
« L'Institut national des sciences et dés arts sera le seul établissement public qui portera ce nom. »
La loi du 11 floréal an X est bien oubliée de nos jours, et quoi-
qu’elle n’ait jamais été abrogée, les Instituts sont devenus nombreux; il est vrai qu'aucun de ceux qui ont pris ce titre n’a obscurti l’éclat de l’Institut de France, qui, pour le mondeentier, est resté : l’INSTITUT, (MAINDRON, 0D.-cit.) . (2) En 1808, Napoléon, devenu empereur, faisait répéter devant lui, aux Tuileries, par Gay-Lussac et Thénard, l’expérience de la décomposition des alcalis, au moyen de la pile de Volta, en présence de Monge, de Berthollet, de Chaptal et de Corvisart. C’est alors que, se tournant vers ce dernier, l’empereur prononça ces paroles, souvent citées : « Docteur, voilà l’Image de la vie; la colonne vertébrale est la pile; le foie, le pôle négatif; la véssie, le pôle positif. »
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Quelques académiciens, Lalande entre autres, ont insinué que Napoléon s'était laissé guider par leurs conseils. Il ressort pour nous, en toute évidence, de l'étude du caractère de Napoléon, qu’il a agi, en ces circonstances, proprio motu et sans obéir aux suggestions de son entourage. La presse de l'époque avait accrédité ce bruit, que Napoléon ne manqua pas de faire démentir plus tard.
Il avait conçu quelque dépit de cette interprétation d'un de ses actes les mieux réfléchis : et c'est ce qui explique comment, en 1804, la réception d’un autre physicien d'Italie, Aldini, neveu de Galvani, se passa dans l'intimité.
Certes, l'accueil fut aussi gracieux, plus éclatant même, si l'on en juge par la munificence des dons (1), mais les gazettes n'en furent pas informées.
(1) Le neveu de Galvani recut, lors de sa dernière audience, une boîte en or, ou fond de laquelle était un bon de 20.000 francs sur le Trésor d'Italie, avec la mention que le cadeau s’adressait autant à la mémoire de l'oncle, qu’au zèle et à l’habileté du neveu.
Le Premier Consul tint, en outre, à assister aux expériences, ilordonna que lesressources dont disposait l'établissement d’Alfort fussent mises à la disposition de l’expérimentateur, et le recommanda enfin pour un prix de l'Institut, qu'Aldini obtint.
La connaissance de ces faits, rapportés par Geoffroy Saint- Hilaire, est due, pour une part, aux indiscrétions d’Aldini et, pour l’autre partie, aux communications faites à Geoffroy, par le prin- Cipal collaborateur de ce physicien, B. Mojon, savant médecin de
Le goût des sciences dominait si bien l'esprit de Napoléon, qu'il lui inspira, à n’en pas douter, le décret du 24 fructidor an XII (septembre 1804), sur les prix décennaux. Ce décret, qui fixait les prix à décerner, tous les dix ans, aux hommes qui auront le plus participé à l'éclat des sciences, des lettres et des arts, est daté d’Aïx-la-Chapelle. Cet encouragement, unique dans l'histoire, fut un acte émané de son cabinet privé, ainsi que l’atteste le contre-seing: Hugues B. Maret.
C’est certainement aussi À une détermination spontanée
que l'on doit l'encouragement donné par Napoléon au célèbre chimiste anglais Humphry Davy.
L'éclatante découverte du potassium, par Davy, porta Napoléon à faire construire une pile voltaïque de dimensions insolites: les plaques mécaniques étaient d'un pied carré, et l'on comptait jusqu'à cent de ces lames. Le gigantesque instrument en imposait plus par la grandeur matérielle de sa masse, qu'il n'attestait le déploiement d'une intelligence heureusement avisée ; cependant, dès l'introduction de l’eau aciduléé, ses effets furent foudroyants ; la chaux, premier objet èn expériencé, fut décomposée, et lé calcium fut produit et aperçu à Paris, comme le potassium l'avait été à Londres.
Gênes. Mojon, honorablement mentionné dans l’œuvre de son ami, habitait alors Paris, où la fureur des dissensions politiques l’avait
forcé de se réfugier. Ses Lois physiologiques sont le plus estimable
de ses écrits scientifiques.