LA GUÉRISON DU CROUP, MISE AU CONCOURS PAR NAPOLÉON
Tandis que l'Europe retentissait du bruit de ses victoires, un deuil venait tout à coup frapper l'Empereur au milieu de son triomphe.
Au mois de mai 1805, on apprenait que le prince
Charles-Louis-Napoléon, fils de la reine Hortense et du
roi Louis de Hollande, frère de l'Empereur, venait de tomber malade de la rougeole. L'éruption commençait à disparaître, et l'enfant était en pleine convalescence, quand, le quatrième jour de l'invasion du mal, les médecins constataient les premiers symptômes d’une affection grave, le croup.
Pour nous renseigner sur la marche de la maladie, nous
avons la bonne fortune de posséder les notes d'un témoin,
qui nous fait assister jour par jour, heure par heure, ,
pourrait-on dire, au drame familial qui s’est passé sous ses yeux.
Ge personnage se trouvait alors à la Cour de Hollande, chargé d'y négocier un emprunt pour le compte du roi Joseph. Grâce à lui, nous connaissons tous les détails de ce funeste événement, cause de tant de larmes.
Nous lui empruntons seulement le bulletin du dernier jour de la maladie du jeune Napoléon :
Mardi, 4 mai. La nuit a été très mauvaise pour le jeune prince ; on l’a cru mort; les médecins n'avaient plus d’espoir. On lui a mis des loue sur la poitrine.
À deux heures, il a eu une crise. Ce matin à huit heures, il était mieux et les médecins ne désespéraient plus de le sauver. Le mieux s’est soutenu jusqu’à deux heures.
Les symptômes alarmants se sont représentés à quatre heures ; les médecins se sont réunis pour dire qu’ils n’espéraient Bite rien. Alors on s’est déterminé à lui donner des poudres anglaises dont la composition est inconnue; mais elles sont réputées pour produire de salutaires effets dans les maladies dont les enfants peuvent être attaqués. Elles produisirent une crise, donnèrent la fièvre à l'enfant, et le ranimèrent au point qu'à six heures du soir, il demanda des cartes, des estampes.
La de calmée, il n’eut plus qu’une longue agonie, qui se termina à minuit avec ses jours.
La reine, qui avait été arrachée la nuit dernière de chez son fils, parce qu'on le croyait mort, a eu dans le cours de la journée des heures entières d’une complète insensibilité. Immobile, elle avait les yeux fixes. Elle n’ouvrait pas la bouche. Les effets d’une douleur aussi profonde, aussi fortement concentrée, sont incalculables.
Le roi est également affligé, mais il fait beaucoups d’efforts sur lui-même pour tâcher de calmer la reine, Sa santé, déjà affaiblie, se ressentira de cette violente crise. Les projets des hommes, qui sont fondés sur la durée de la vie
humaine, ont une base bien peu solide !