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les joues déjà froides et frétries du cadavre. « La reine était désormais hors de danger, mais épuisée ‘4 par des émotions si violentes et si rapprochées, elle s’éva- | nouit; on profita de ce moment pour lui enlever ce qui “restait de l'enfant ravi pour toujours à sa tendresse (1). … « Le moment de la mort du jeune prince a été déchi- rant, écrit l envoyé du roi de Naples. La reine, à qui l’on hcrchait à à épargner l’affreux spectacle de voir son fils mort, est entrée dans sa chambre, lorsqu'il n'existait - plus. La violence a été nécessaire pour l'en arracher: elle est au désespoir. À cinq heures, le roi et la reine sont - partis pour aller habiter une maison de campagne dans
venons d'être les témoins aura nécessairement une grande “influence sur les destinées de ce pays. Le roi accusera le «climat de la Hollande d'être la cause de la mort de son
— (1) Mémoires sur l’Impératrice Joséphine, par Me Ducresr, t. Il,
. du jeune prince, espérant provoquer les pleurs qui pou-
les environs de La Haye... L'événement affreux dont nous:
fils, et il la prendra d'autant plus en déplaisance, que sa température habituelle est contraire à sa santé (1). »
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L'Empereur, profondément affligé, n'avait pas cherché à dissimuler la peine qu'il éprouvait; ses lettres à l'Impératrice et à la reine Hortense, ne témoignent pas de moins de sensibilité que de raison.
Je voudrais être près de toi pour que tu fusses modérée et sage dans ta douleur, écrivait-il à l’Impératrice. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre d’enfant; mais c’est une des conditions et des peines attachées à notre misère humaæine….
Et à Hortense :
Ma fille, tout ce qui me revient de La Haye m’apprend que vous n’êtes pas raisonnable ; quelque légitime que soit votre douleur, elle doit avoir des bornes; n’altérez point votre santé; prenez des distractions, et sachez que la vie est semée de tant d’écueils et peut être la source de tant de maux, que la mort n’est pas le plus grand de tous (2).
La princesse Caroline, et peu après, Joséphine s'étaient mises en route, pour aller rejoindre la reine Hortense,
(1) Journal el Souvenirs, de S. G:RARDIN, t. IT, pp. 409 et 413; cité par AUBENAS, Histoire de l’Impératrice Joséphine, 1. II, 1858, pp. 380 et suivantes.
(2) Lettres datées de Finkestein, les 14 et 20 mai, reproduites »
dans la Vie de Napoléon, de BÉGIx, t. IV, p. 319,
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qui était tombée dans une sorte de stupeur, dont rien ne la pouvait sortir.
Napoléon, très anxieux, envoyait à sa femme de nouvelles recommandations :
Hortense n’est pas raisonnable et ne mérite pas qu’on l'aime, puisqu'elle n’aimait que ses enfants. Tâche de la calmer. A tout mal sans remède il faut trouver des consolations. Il faut qu'Hortense ait plus de courage et qu’elle prenne sur elle. Je ne concois PaS pourquoi on veut qu’elle aille aux eaux (1), elle serait bien plus dissipée à Paris et
(1) La reine Hortense n’en donna pas moins suite à son projet. Un rapport du préfet Chazal au ministre de l'Intérieur (Bibl. de Tarbes, Il, 117) mentionne l’arrivée de la reine Hortense à Cauterets, le 18 juin 1807; son mari vint l’y rejoindre le 23 du même mois. La reine Hortense quitta Cauterets le 10 août seulement, après une cure de cinquante jours, et radicalement guérie,
Quant au roi Louis, les médecins l’envoyèrent dans l'Ariège, à une autre station thermale, tandis que la reine restait seule à Ja Raillère.
Est-ce la vertu des eaux de Cauterets ou l'air de la montagne qui eut, selon l’expression d’un poète de l’époque,
.…. le pouvoir salutaire D’assoupir lentement la douleur d’une mère,
toujours est-il que, le 20 avril 1808, Auil mois et dix Jours aprés le départ de la reine Hortense, naissait celui qui devait s’appeler Napoléon IT.
- On a dit, à ce propos, que la grossesse de la reine de Hollande était illégitime, et l’on en a donné les preuves suivantes : une lettre de Louis, citée par M. J. Turquan {La reine Hortense, p. 333), contient ce passage : « La deuxième fois où nous vécûmes conju-
galement fut, après deux ans, à Compiègne, où nous restämes environ deux mois, et, enfin, à Toulouse, en 1807, depuis le 12 du
| mois d'août, que vous vintes me trouver de Cautrets (Sic) jusqu’à notre arrivée à Saint-Cloud, vers la fin dudit mois. » Il nous semble, au contraire, d'après ce texte même, que le
trouverait bien plus de consolations. Prends sur toi; sois. gaie ; je souffre bien de toutes tes peines; je suis contrarié de ne pas être près de toi (1).
On aime à surprendre Napoléon dans ces épanchements familiaux; on reste étonné d’une sollicitude qui ne lui est point habituelle.
Nous ne pouvons résisiter au désir de citer encore un fragment de cette correspondance sentimentale :
Ma fille, écrivait le 2 juin (1807) l'Empereur à la reine Hortense, dans votre triste et grande douleur, vous ne m'avez pas écrit un mot; vous avez tout oublié, comme si vous n’aviez pas encore des pertes à faire. On dit que vous n'aimez plus rien, que vous êtes indifférente à tout; je m'en aperçois à votre silence. |
Cela n’est pas bien, Hortense ! Ce n’est pas ce que vous me promettiez. Votre fils était tout pour vous. Votre mère et moi ne sommes donc rien? Si j'avais été à la Malmaison, j'aurais partagé votre peine ; mais j'aurais aussi voulu que vous vous rendissiez à vos meilleurs amis.
Adieu, ma fille, soyez gaie; il faut sé résigner. Portez vous bien, pour remplir tous vos devoirs. Ma femme est triste de votre état; ne lui faites plus de chagrin.
Votre ROUES père, NAPOLÉON.
mari pouvait bien être le père, puisque l’enfant est né, à quelques jours près, il est vrai, neuf mois après les rapports conjugaux.
N’empêche qu’on a tour à tour attribué la paternité du futur empereur des Français tantôt à M. Decazes, tantôt à l’amiral Verhuell, qui s’étaient rencontrés avec Hortense aux Pyrénées. Comme le disait le cardinal Fesch « quand il s'agissait des pères de ses enfants, Hortense s’embrouillait toujours dans ses cal-« cuis. »
(1) Lettres datées des 24 et 26 mai 1807, citées par BÉGIN, Hist. de Napoléon.
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