‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 36 sur 59 · NÉLATON · texte numérisé non relu

NÉLATON

(1) Dans une lettre, en date du 3 mars 1901, le Dr Paul Guillon, petit-fils du médecin de Napoléon, nous faisait savoir qu’il possédait « des documents absolument inédits », capables d’éclaircir, « d’une manière irréfutable, certains points obscurs de la question ». ;

Ces documents sont « des notes manuscrites, prises au jour le jour sur son carnet », par le grand-père du Dr Paul Guillon, en 1866, à Vichy et à Biarritz, où il fut appelé à examiner l’Empereur et à lui donner ses soins. »

Par convenance, le Dr Paul Guillon remet la publication de ces pièces « au moins après la mort de l’Impératrice. » On peut donc espérer les lire quelque jour.

(2) Consultation du Dr G. Sée, publiée plus loin.

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niers, tout en refusant de reconnaître leur habileté ou

leur science.

Cette attitude de défiance et de doute rendait particuliérement délicate la tâche de ceux qui avaient la charge de la santé du Souverain. |

Au mois d'août 1869, une crise aiguë, plus prolongée que les précédentes, faillit vaincre les scrupules et les hésilations des médecins. Pour la première fois, le D’ Ricord (1) fut appelé au chevet du malade. Il n’était plus possible de donner le change au public, sur le siège et la nature de l'affection dont souffrait l'Empereur.

À cette époque, les visites des médecins se multiplièrent. Une fois même, le D' Fauvel dut passer une nuit entière au château. | | ‘

Il fut un moment question d'appeler le D' Chélins, célèbre spécialiste allemand; on le fit venir même à Paris.

Le D' Caudmont, élève de Civiale, qui passait pour un praticien d'une habileté consommée, avait également fait offrir ses services. On les avait déclinés, les jugeant inutiles, et aussi parce qu’on attribuait au docteur des opinions républicaines (2).

Pendant ce temps, les journaux publiaient les notes les plus contradictoires. L'opposition ne manquait pas de les relever et de s’en faire une arme de parti.

(1) C’est aux Eaux-Bonnes {et non à Bourbonne-les-Bains, comme certains l'ont écrit) que l'Empereur avait appelé pour la première fois Ricord, eu même FER DS que Nélaton et Vigla; alors médecin à l’Hôtel-Dieu.

(2) La maladie de l'Empereur, par Alf, DARIMON.

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La presse nette moins tenue à la disbrétion, ne cachait pas la vérité. « Un sondage a été pratiqué, lisaiton dans l'Indépendance belge, et a donné des résultats

favorables. » |

Le Journal officiel continuait, à peu près seul, à démentir «ces bruits inexacts », affirmant que « Les douleurs rhumatismales de Sa Majesté tendaient à dispa-

| raître. »

La version populaire était indécise (1).

(1) Cest à qui enverrait à l'Empereur malade une recette « infaillible » pour procurer la guérison. Les Allemands se distinguerent entre tous dans ce steeple-chase d’un nouveau genre.

Un certain Stoff, assesseur au collège de Mittau, a été guéri, à l’âge de 71 ans, d' un catarrhe de la vessie, tout bonnement avec une infusion de chiendent : il conseille le chiendent à l’Empereur.

Un instituteur, du nom va Sturm, a copié un vieux manuscrit de Roger Bacon, et y a trouvé un remède contre les maladies de la vessie.

Zeh, un ancièen maître décole, offre de soigner Pimpérial malade par un procédé à lui particulier.

Beran (Samuel), teneur de livres, offre une liste de ses remèdes dont voici le dernier : « faire calciner une dent de cheval, la « préparer avec soin et en boire, dans de l’eau chaude, ce qui « peut tenir sur la pointe d’un couteau. »

Dommerque, à Ahrtwei'er, recommande, pour la santé de l’'Empereur, le vin d’Ahr.

Maier, ancien militaire, télégraphie aux Tuileries : « Je guéris la prostate, si la maladie n’a pas les symptômes du cancer. »

Rudolph, stucateur, écrit que, dans sa famille, les maladies de la vessie sont héréditaires, mais qu’on y possède le secret d’un remède souverain contre elles. Il offre d'en envoyer ou d’en … apporter lui-même une bouteille à Paris, et il compte sur la

reconnaissance du malade.

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Tandis que les uns croyaient à des accès de rhumatisme ou de goutte, d'autres, voulant paraître mieux informés, chuchotaient gravement que l'Empereur était atteint d’une maladie de la moelle épinière, ou même d’une affection spécifique : la présence du D' Ricord dans les conseils médicaux du souverain n'était pas pour infirmer cette hypothèse.

Comment d’ailleurs le public eût-il été exactement renseigné, alors que les médecins n'arrivaient pas euxmêmes à tomber d'accord ?

Un marchand, du nom de Sirbul, supplie l'Empereur de faire usage de limaçons séchés dans un pot de terre et pulvérisés.

Mais la palme appartient incontestablement au magnétiseur Vogel.

« Daigne V. M. écrit ce thaumaturge : r° écrire le nom de votre défunt père ; 2 celui qui vous est propre ; 3° envoyer une chemise sale (sic), mais portée par vous; 4° faire une collection de rognures de cheveux, poils et ongles de toutes les parties du corps ; envelopper le tout dans un linge blanc de trois pouces carrés et en faire une sorte de saucisse; 5° appeler un chirurgien et faire extraire du pied quelques gouttes de sang, trois ou quatre, et en imbiber le linge ci-dessus ; 6° à partir de ce moment, garder sans faute la première urine, précieusement l’introduire dans la vessie d’un porc récemment tué, et la suspendre ainsi dans une cheminée pendant deux mois; enfin, enterrer le tout ensemble dans un fumier. Ce remède est souverain. » (26 sept. 1869).

On compte, dans le livre de M. Bordier (Z’Allemagne aux Tuileries, de 1850 à 1870), analysé par notre confrère Chéreau (Union médicale, 23 mai 1872), pas moins de 122 correspondants allemands, qui envoient à la Majesté détraquée des consultations, des recettes, des conseils ; on constate avec satisfaction, que, sur ce nombre, il n’y a que 11 médecins gradués. L’amour-propre professionnel est à peu près sauf.

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