LA MALADIE DE NAPOLEON I
Au printemps de 1830, on se décidait à faire appel aux lumières d'un jeune professeur de la Faculté, le D: Germain Sée.
Germain Sée fut avisé, dans le plus grand mystère (1), d'avoir à se rendre à Saint-Cloud.
(1) En arrivant dans son coupé à la grille du palais, le concierge fit signe au cocher d'arrêter. Au même instant, M. Piétri, secrétaire, arrivant à la grille, priait le professeur de descendre de sa voiture et de monter dans un simple fiacre, qui attendait là tout exprès, et qui le conduisit de la grille au palais, Cette précaution avait pour but de ne pas faire connaître au public la visite d’un professeur de la Faculté. On avait agi de même quelques années auparavant.
« La première fois que je fus mandé aux Tuileries, a relaté « Ricord, tout le monde ignorait ma visite, puisque l’envoyé du « palais fut reçu par moi seul, le matin même,et que, quelques « instants après, je me rendais au palais. Or, là Bourse baissait « ce jour-là, sur la simple nouvelle de ma visite, nouvelle répan- « due je ne sais par qui. » (Relation du D: Barré).
Cette relation fut publiée originairement dans le Journal de la Santé, en 1889, ainsi qu’en témoigne la lettre inédite suivante, adressée par le D‘ Barré au D' Duval, aujourd’hui décédé, et qui nous communiqua jadis ce document :
45, rue de Saint-Pétersbourg, Paris, 18 mai 1896.
« Mon cher confrère et excellent ami,
« Dans son numéro du 14 mai, le journal le Figaro, dans quelques lignes consacrées à la mort du professeur G. Sée, manifestait le regret de n’avoir pas de détails sur la consultation qui eut lieu au palais de Saint-Cloud, le re juillet 1870.
« J'avais précisément fait paraître un article, en 1889, dans le
j : A SE.
Le D' Barré nous a conservé, en termes d’une fidélité saisissante, la physionomie de cette entrevue, En arrivant
Journal de la Santé, pour donner des détails inédits sur cette célèbre consultation. Ces détails m’avaient été fournis par les deux éminents maîtres qui faisaient partie de cette consultation, Ricord et G. Sée.
« En envoyant cet article au Figaro, je l’accompagnai d’une lettre qui n’a pas été publiée et dans laquelle je disais que ce récit avait été fait à la table du Dr E. Duyal, en présence de vingt convives, parmi lesquels, vous, le maître de céans, les professeurs G. Sée et Ball, le D: Ricord, D: Corlieu, etc., etc.
« Je ne me rappelle pas si le Dr Péan assistait à ce diner.
« Au dessert, Ricord et Germain Sée prirent tour à tour la parole et pendant deux heures nous racontèrent ce drame historique.
« Vous vous le rappelez; aussi, quel silence dans votre salle à manger, quelle émotion poignante nous étreignait tous, pendant que les deux maîtres racontaient cette séance désormais historique ! A cette époque j'étais le plus jeune de la réunion et l’on me pria de prendre des notes ; ce que je.fis. Ces notes, rédigées la nuit, en sortant de chez vous, je les soumis le lendemain à Ricord, qui m’envoya le mot suivant de Germain Sée (mot que je conserve) :
« C’est parfaitement exact, merci ! »
« Jamais cet article ne fut démenti.
« Pourquoi leût-il été? En effet, je n'étais que le narrateur impartial de ce que je venais d'entendre, et tous les convives de ce diner approuvaient la fidélité du récit qui avait été fait.
«Ricord et G. Sée vivaient encore et on aurait pu protester auprès d'eux. Aucune protestation ne se produisit.
« Dans cette relation si fidèle, je ne me serais Pas permis de formuler la plus légère critique contre Nélaton, qui est une des gloires de 14 chirurgie française et dont j'ai eu l’honneur de Suivre les cours. Nélaton devait connaître la maladie de ’Empereur, ce qui résulte de sa réponse à G. Sée.
« Cette célèbre consultation, je le répète, nous fut racontée à votre table, en présence de vingt personnes dont la plupart vivent
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| Habite e r Marenr | À De Se fat frappé par la vue d'un immense bureau, sur lequel étaient rangées nu plusieurs éprouvettes remplies d'urine. à. | Vue …. — Sire, dit-il, le contenu de ces éprouveltes est | D on
D Oui, monsieur, dit simplement le souverain.
- Le diagnostic était fait dans l'esprit du professeur (à ) :
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Fe encore et seraient désolées de ne pas continuer. Il ny. a donc aucun doute à avoir sur l'authenticité du récit. Quant à la fidélité des souvenirs de Ricord et de G. Sée, nul de nous ne se permettrait d'y contredire, - « Votre bien nine
€ Dr E. BarRé. »
: (1) D’après le récit publié par notre sympathique et distingué Ronrrére. Charlier-Tabur, dans le journal Le Temps, au lendemain de la mort de G. Sée, celui-ci aurait deviné l'existence de la “pierre chez Napoléon III, dès: 1805.
D « En LoPD, conta Germain Sée, l'Empereur venait de terminer une cure à Plombières et il se trouvait, le 15 août au camp de Châlons, où l’Impératrice devait le rejoindre. Pos II était question, dans les sphères de la cour, d’un voyage que incognito, que les souverains devaient faire sur les bords du lac de Constance et d’une excursion à Arenenberg, que ; L'Empereur n’avait pas revu depuis de longues années. he -« Le hasard voulut que, mandé en consultation à la même Fa époque, chez un personnage officiel de Châlons, je me trouvasse PE dans cette ville. :
+ «Je profitai de ce voisinage pour me rendre au camp serrer la LAS main à mon vieil ami, le professeur Sédillot, décédé depuis Ins- ea. pecteur des armées, membre de l’Académie et alors Directeur de er l'École de santé militaire de Strasbourg. Mu | « Je le trouvai chez Larrey, avec lequel nous déjeunâmes. PAU cours de ce déjeuner, Larrey nous fit le récit d’un acci- Er dent de syncope, que l’Empereur avait eu quelques jours aupara- Le Y vant. Puis, entrant dans des considérations techniques, il dépei-
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Le médecin examina néanmoins son malade avec soin, le palpa, l’ausculta attentivement, maïs ne trouva, en dehors de la vessie, aucune lésion appréciable.
Bien que fervent républicain, Germain Sée fut retenu à déjeuner au palais.
Après le repas, en présence de l’Impératrice, la conversation se poursuivit entre l'Empereur et son hôte.
— En somme, docteur, quelle maladie me trouvezvous ? Suis-je atteint d’une affection du cœur ou de la moelle, comme on le dit partout et chaque jour ?
— $ire, répond G. Sée, rien de tout cela. La vessie seule est atteinte, mais je ne serais point fâché d’avoir à cet égard une consultation avec des confrères spécialistes. |
Après bien des tâtonnements, bien des hésitations, la consultation fut décidée, pour le 1°’ juillet suivant.
Les médecins consultants étaient : les D'° NÉLATON, Ricorp, FAuvez, G. SÉE et Corvisarr.
On a cité à tort les noms des D'° Conneau, Rayer, Bouillaud, Michel Lévy, etc. La pièce que nous avons eue sous les yeux, et qui a été publiée par l'Union médicale du 9 janvier 1873, ne laisse aucun doute à cet égard.
gnit minutieusement et cliniquement les manifestations qu'il
avait constatées chez son malade.
« La peinture que nous fit Larrey nous fit penser, Sédillot et
moi, — nous nous confiâmes nos impressions une fois sortis — à
la possibilité d’un calcul vésical.
« Quatre ans se passèrent, lorsque, le 20 juin tr sur les ins-…
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tances de la duchesse de Mouchy, qui, en diverses occasions dem ma carrière, m'avait rendu service. je fus appelé en consultation Ke
à Saint-Cloud... »