LA MALADIE DE NAPOLÉON I
Le diagnostic et Le traitement furent arrêtés d'un commun accord, malgré les divergences (1) qui avaient pu se produire àu cours de la délibération.
Le professeur Sée réclama, comme étant le plus jeune des médecins présents, l'honneur de rédiger la consultation.
(1) La discussion fut longue, sérieuse, passionnée, a écrit le D: Barré : Corvisart et Conneau soutenaient que l'Empereur avait seulement du catarrhe de la vessie. Nélaton semblait être de leur avis. Au contraire, Ricord et G. Sée affirmaient qu’un calcul seul pouvait produire ces désordres.
— Il y a longtemps, dit Ricord, que cet homme devrait être sondé ! |
— Mais, dit Nélaton, pourquoi recourir à ce moyen douloureux ? l'Empereur va bien en ce moment; pourquoi le tourmenter et l’effrayer ? Laissons lui passer la bonne saison; il sera toujours temps de recourir à ce moyen au commencement de l’automne.
— Cependant, insista le Dr Sée, si l'Empereur occupait, en qualité de malade ordinaire, un lit de votre salle d'hôpital, que feriezvous demain matin à la visite ?
— Je le sonderais, répondit Nélaton.
— Pourquoi, ajouta Sée, encourir une telle responsabilité et ne
pas le faire de suite ?
. — Mon cher confrère, dit Nélaton, vous êtes encore bien jeune; vous ne savez pas ce que c’est que de soigner un souverain ; ce n’est pas un malade comme un autre : il faut savoir attendre et dissimuler quelquefois son diagnostic.
En réalité, Nélaton connaissait l'existence de la pierre chez son auguste client, mais s’il a recommandé de temporiser, c’est qu’il était persuadé, qu’à cette époque, l'opération n’était pas indiquée, comme nous disons dans notre jargon technique.
D’ailleurs, la marche de la maladie devait lui donner raison. “Tant qu’on a laissé dormir en paix l’impériale pierre, Napoléon IT a vécu, en dépit de tous ses tourments moraux; le jour où on s’est avisé de la broyer, la mort ne s’est pas fait attendre.
Le D' Conneau fut invité à la faire signer par tous les consultants et à la communiquer à l’impératrice.
Voici quelles étaient les conclusions de cet important document (1) :
« Une maladie, caractérisée par ces trois phéno-
mènes :
«1° Hématuries répétées ; 2° Urines purulentes depuis près de trois ans, avec des alternatives plus ou moins marquées ; 3° Dysurie fréquente, caractérisée par le spasme ou par l'inertie de la vessie, ne peut être rapportée qu'à une pyélocystite calculeuse…
« C’est pourquoi nous considérons comme nécessaire le cathétérisme de la vessie à titre d'exploration, et nous pensons que Le moment est opportum, par cela même qu'il n'y a en ce moment aucun phénomène aigu, »
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Le D° Conneau s'est-il acquitté de sa double mission : faire signer la consultation par tous les médecins qui $. avaient assisté; communiquer le document à l'Impératrice? nous pénétrons, il faut bien l'avouer, dans le domaine des conjectures. |
Ricord, qui à eu occasion de s’en expliquer plusieurs
fois, assurait que Nélaton avait refusé d’apposer sa
{1} V. p. 209, la pièce dans son intégralité, et ne pas oublier qu’elle ne fut revêtue que de la signature de G: Sée (récit de Barré.)
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