‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 44 sur 59 · FARDS ET SM NEO LEE LÉ AQU VER · texte numérisé non relu

FARDS ET SM NEO LEE LÉ AQU VER

Gertes, Lucien est irrévérencieux, quand il compare la femme de son temps à un singe, la caricature de l'homme, selon Ennius: mais il peint au naturel ce qu’il a eu sous les yeux.

Vous allez, du reste, en juger, si vous voulez nous suivre quelques instants dans le cabinet de toilette d’une

Le soir, avant de se coucher, la coquette applique sur son visage une pâte faite de pain détrempé dans du lait d’änesse (1), invention de la trop célèbre Poppée (2),

(1) On se servait également d’une autre pâte, composée avec de la farine de fèves et de riz, pour pâlir la peau et faire disparaître les rides. La farine de fèves servait encore à effacer les verg'etures, que détermine la grossesse sur la paroi de l’abdomen.

C’est surtout quand elles devaient aller au bain qu’elles s’enduisaient le ventre de cette farine; cela se comprend sans autre explication.

Pour rendre au sein, après l’accoughement, sa fermeté première, les Romaines se servaient d’une mixture faite avec de la graisse

d'oie, de l'huile rosat et une araignée! Cest Pline qui nous . donne la recette.

(2) Poppée, cette célèbre courtisane, douée de tous les avan-

{ages de son sexe, hors la chasteté, usait pour son visage d’une

espèce de fard onctueux, qui formait une croûte durable, et qui ne tombait qu’après avoir été lavé avec une grande quantité de

lait, lequel en détachait les parties et découvrait une extrême

blancheur. Poppée mit ce nouveau fard à la mode, lui donna son) nom, Poppæana pinguia, et s’en servit dans son exil même, où elle fit mener avec elle un troupeau d’ânesses ; elle se montra avec ce cortège, dit Juvénal, jusqu’au pôle hyperborée.

Voici ce qu’en dit le bibliophile Jacob, dans son curieux livre intitulé l’Aré de conserver la’ beauté : « Poppée fut, dit-on, la pre-

“ mière qui eût l’idée de se voiler le visage, soit dans le but de se ménager le teint, soit avec l'intention d'irriter le désir de ceux

l'épouse de Néron. Cet enduit s'étant desséché pendant la nuit, la femme, quand elle se réveille, semble avoir une tête de plâtre, sillonnée de gerçures et de crevasses (1).

Vient le moment de se parer. Tout le personnel — et il est nombreux — est sous les armes;, pour chaque partie du corps, il y a une esclave.

Voici les suivantes qui portent les fards, celles qui sont chargées d'appliquer le rouge et le blanc sur le visage de leur maîtresse, qui peignent les sourcils, qui nettoient et posent les dents ; toutes comprises sous la dénomination de Cosmétiques (2), les dames romaines affectant de donner des noms grecs à tout ce qui servait à leur usage.

Une pommade n'aurait pas été adoptée par une dame

qui ne voyaient qu’une partie de ses charmes. Mais il est certain que le voile remonte à la plus haute antiquité : les Juives en portaient un. Nous croyons donc devoir attribuer seulement à Poppée l'emploi d’une forme de voile inusité avant elle. Ce qui lui appar- ; tiendrait plutôt, ce serait un fard onctueux, composé de seigle bouilli avec de l’huile, et formant une pâte épaisse, dont elle se couvrait le visage dans la matinée pour l’avoir frais le soir. Elle détachait ce fard au moyen d’un lavage au lait. Cette sorte de masque, appelé du nom de Poppée, Poppæana pinguia, fut aussi nommé masque au mari, parce que lui seul en était victime. il resta longtemps en crédit parmi les grandes coquettes de Rome. »

(1) Chez les Scythes, c’est Hérodote qui nous l’apprend (elpomène, CLXXV), les femmes employaient, pour conserver leur visage, leurs épaules et leurs maïns dans toute leur fraicheur, une pâte composée d’encens, de bois de cèdre et de cyprès broyés ensemble entre deux pierres et arrosés d'huile; tous les soirs, elles s’en couvraient le visage. On voit que, bien avant Poppée, avait été trouvé le masque au mari.

(2) V. Sabine ou matinée d’une dame romaine à sa toilette, par BŒTTIGER.

à la mode, si elle n'avait été présentée dans un vase d’origine grecque et pourvu d’une étiquette de même provenance.

Les esclaves chargées de la cosmétique ou Cosmèles, formaient bande à part et n’étaient pas confondues avec celles qui teignaient les cheveux ou peignaient les sourcils.

L'une des Cosmèles, tenant un bassin plein de lait d'ânesse encore chaud — certaines femmes se bassinaient et se lavaient jusqu’à soixante-dix fois par jour avec le lait, parce que ce nombre, d’après les idées des pythagoriciens, passait pour très favorable — l’une des esclaves, disons-nous, enlevait doucement avec une éponge le cataplasme adhérent (1) qui incrustait le visage de sa maitresse; et lorsque celui-ci était bien nettoyé, une autre Cosmèle s'avançait pour appliquer le fard.

Mais, avant de se livrer à cette opération, l’esclave devait Soufler sur un miroir de métal, qu’elle tendait ensuite À sa maîtresse. Celle-ci sentait et reconnaissait à l'odeur si la salive de l’esclave était saine et parfumée à son goût ; si elle avait mastiqué les pastilles qui lui avaient été données dans ce but.

La précaution n'était pas superflué : c'était, en effet,

(1) Les marchands d'esclaves laissaient à demeure, sur le visage des jeunes filles qu’ils voulaient mettre en vente, un masque fait de terre cimolée. Ils prétendaient ainsi rendre le teint de leurs esclaves plus frais et plus beau, en le dérobant à l’action de l'air et de la lumière.

La terre cimolée est une espèce de bourbe qu’on trouve au fond des cuvettes des rémouleurs, qui repassent les instruments de fer et d'acier (Essai de Calliplastie, ou l’art d'embellir Le visage).

avec la salive (r) que l'on broyait le fard avant de Fappliquer. Nous devons, entre parenthèses, faire remarquer que le mot français fard vient du mot italien farda, qui signifie précisément salive.

Avec la salive et du mercure, ou un de ses composés, on fabriquait une mixture qui tenait lieu de rouge.

On connaissait aussi, en ce temps-là, le blanc de plomb ou céruse (2), la craie (3), mais on préférait se servir, comme étant beaucoup moins nuisibles à la santé, de rouges végétaux: de l'oseille, de l'orcannette; ou des rouges tirés des animaux, ces derniers un peu plus fastidieux : des ordures de brebis (4) de l’Attiqne (plus spécia-

(1) Les anciens avaient de nombreuses recettes dans lesquelles entrait la salive, notamment la salive d’une femme à jeun (V. Pine, XXX VIIL, 7, etc.

(2) C’est à la céruse, dit Ovide, que vous empruntez la paleur de votre teint.

Martial parle, lui aussi, des femmes qui abusent de la céruse :

« Lycoris, qui est plus noire qu’une mûre qui tombe de l'arbre, se trouve belle quand elle s’est blanchie avec ia céruse, »

(3) Martial observe malignement que « la craie dont se sert Fa bulla craint la pluie; etla céruse dont use Sabella, le Soleil. »

Pétrone, dans son Satyricon, XXI, exprime à peu près là même idée: « Sur son front baigné par la sueur, coulaient des ruisseaux de fard, et dans les rides de ses joues il y avait une telle quantité de craie, qu’on eût dit un vieux mur décrépit sillonné par la pluie. » |

(4) On retirait de la toison des brebis un suc huileux dont ot dissimulait odeur avec des parfums, et qui servait à donner plus d'éclat au teint : on le nommait æsype d'Athènes.

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