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De l'Italie, l'usage de se blondir passa les monts et l’on revint à la mode, longtemps délaissée, de se teindre les cheveux.
Un poète bien connu du xvr° siècle, Joachim du Bellay y fait allusion, dans sa pièce La courtisane repentie, et les livres de Secrets (2) de l’époque nous révèlent plusieurs formules de teintures.
À la fin du règne de Henri IV, la mode en durait
encore. « On se laissoit croître la barbe (au temps de
(1) Les femmes blondes, etc. Cet ouvrage, dont nous avons donné plus haut le titre entier, contient de nombreuses recettes pour rendre les cheveux blonds ou dorés. (Cf. les pages 272 et suiv.)
(2) Notamment les Secrefs du sieur Alexis Piémontois (1561) in-8; 2° partie, p. 48.
Pi INR Ére
Malherbe) et bien des gens apportoient de l’artifice pour la faire devenir noire (1). »
Sous Louis XIII, on n’y avait pas renoncé, comme on le voit dans les affaires de Courval, publiées en 1627 et dédiées à Marie de Médicis (2).
« On se faisait les sourcils », non seulement avec des crayons, mais au moyen de véritables teintures ; la teinture, d’ailleurs, était employée pour la barbe et pour les cheveux. M. de La Rochefoucauld, M. d’Aumont s’en
dont il fit teindre en noir les cheveux roux (3).
I ne fallut rien moins que l'usage des perruques pour faire reléguer les teintures dans les boutiques des SRE - caires ou les laboratoires des alchimistes.
Ce n'est guère que sous le second Empire (4) que nous verrons reparaître la mode de se teindre la chevelure,
. C’est la couleur blond hardi, comme on disait à l'hôtel Ta Rambouillet ; ou, comme on l'a dit depuis l'héroïne
(1) Segraisiana, p. 215.
(2) V. Le Livre des Parfums, par RimmeL p. 339.
(3) D’Avenez, Richelieu el la Monarchie absolue.
(4) Dans les divers ordres du jour de l’époque du premier . Empire, on voit que les généraux, pour se débarrasser du grand .” nombre de femmes qui suivaient les armées, leur faisaient raser : …— les cheveux et peindre en noir le visage, au moyen d’une tein- : ture mordante et durable ; « puis, au son de la musique, elles défilaient à la parade devant les troupes. » De même on tondait les cantinières coupables de larcin ou on les baignait dans des dépo- | toires infects. M. Nicolay cite, à l’appui de cette assertion, les # Décisions du 27 nivôse, an II, à Mâcon, et du 8 germinal an VI, au quartier général de Villach, (Hist. des Croyances, t. II, p. 290, par F. DR! |
2 Aer: f- LOS A DE REY L C0 ERP TAN OR APTE OT NE, LUN PNA AT" Lt DA dl 2 F : AY ANA Ê ’ NA f LA qe WE “à <# A] Re PES
servaient, M. d'Humières y eut recours pour son fils,
d'Eugène Sue, la couleur Cardoville, qui revint en vogue, C'était à qui étalerait les cheveux du plus beau roux, à qui s'ingénierait à obtenir la nuance la plus dorée.
Deux pérsonnages, célèbres chacun dans leur genre, ont été les victimes de cette manie, pas tant innoffensive
qu'on le croit généralement. D'abord, M°° Mars, qui se
teigrait les cheveux dans l'espoir de conserver l’éternelle jeunesse et qui succomba, en une nuit, à la suite. d’ accidents cérébraux que détermina une application de teinture.
La eeoite victime, — mais ceci est moins prouvé, ave serait le duc de Morny, qui aurait cruellement expié la
coquetterie de paraître toujours, en dépit des ans, le cavalier le plus accompli, le mondain de la plus haute distinction, qui donnait le ton à la Cour et à la Ville.
En ces dernières années, l’art de se teindre a fait des progrès considérables ; malheureusement, il faut le reconnaître, au détriment de l'hygiène et de la santé publiques.
S'il est des personnes qui n’en éprouvent aucun dommage, elles n’en courent pas moins les risques d’une Yéritable intoxication, d’éruptions, d’affections de diverse nature, que les annalistes scientifiques ont pris soin de relever et qu’il nous a semblé intéressant et utile de faire connaître. VERS |
LES TEINTURES j MERE
D'une façon générale, tous les liquides employés en France pour teindre les cheveux, sont à base de sels de plomb, de euivre ou d'argent.
Pour fixer la couleur ou pour la produire, on emploie soit des solutions de sulfures acalins, soit des solutions de tanin, d'acide gallique ou d'acide pyrogallique.
La réaction qui se passe est facile À saisir : se sert-on, Par exemple, d’un peigne en plomb, le métal se combine, à la longue, avec le soufre qui s'exhale naturellement du euir chevelu, soit à l'état de vapeur sulfureuse, soit mêlé à la sécrétion sébacée. Ce soufre, arrivant en contact avec le plomb, il se produit un sulfure de plomb,
qui est noir; on doft seulement s'abstenir de dégraisser la tête, comme on le fait avant l'application de certaines teintures, le décapage pouvant enlever le soufre, indispensable pour produire la réaetion désirée.
Le peigne en plomb a causé des accidents qui doivent définitivement en faire rejeter l'emploi.
- On fait plus communément usage d'un sel de tot en dissolution, le plus souvent du sous-acétate ou extrait de Saturne. La mixture dont on se sert, renferme presque toujours du soufre précipité, destiné à ajouter son 1 action’
à celle du soufre naturel des cheveux.
On emploie également des solutions de litharge La plombique) dans l’eau de chaux, pour arriver au même résultat : certaine teinture, qui a joui jadis d'une grande Vogue, contiendrait, d'après les analyses du Laboratoire
municipal, de l'oxyde de plomb, mélangé à de l’hyposul-
fite de soude et de l’'ammoniaque.
D'apres Piesse, les sels de plomb exercent deux sortes
‘d'action : une locale, l’autre générale. Localement, ils dessèchent, rident, flétrissent la peau.
. Les effets généraux sont ceux de l’intoxication saturnine : tremblements, paralysies, etc.
Les sels de cuivre ont peut-être moins d’action que les sels de plomb sur l'économie, mais ils sont plus irritants, plus caustiques, Il se produit plus souvent, sous leur influence, des éruptions, des dermites ou inflammations de la peau.
Les sels d’étain, les sels de bismuth, qui colorent les cheveux plutôt en marron foncé qu'en noir, sont peu employés. |
Par contre, on fait un emploi fréquent des teintures à base de sels d'argent, mêlés ou non à des sels de cuivre. :
Le mode d'application de ces teintures est des plus simples ; on a deux fioles, l'une contenant une solution alcaline, avec laquelle on dégraisse le cuir chevelu, la seconde, une solution de nitrate d'argent ammoniacal, dont on imbibe, mèche par mèche, les cheveux préalablement desséchés. Si le liquide vient, par mégarde, en contact avec la peau, il se produit, à ce niveau, un point
ou une tache noire, qu’on enlève soit avec de l’iodure de
potassium, soit à l’aide d'une substance à base de cyanure alcalin; mais cette dernière solution est éminemment toxique et on ne doit jamais y avoir recours.
Pour éviter de se noircir les mains, on recommande de les enduire de glycérine, celle-ci ayant la propriété
de décomposer les sels d'argent et de les ramener à l'état de métal. On termine généralement l'opération par un
grand lessivage de la chevelure avec l'acide pyrogallique,
lequel, en même temps qu'il nettoie, fixe mieux la coucouleur. C'est ainsi, du reste, que procèdent les photographes pour leurs plaques ; seulement, comme l’a spirituellement fait remarquer le D° C. James, on n’est pas encore parvenu à Gbtenir sur la chevelure des « épreuves » aussi réussies que celles obtenues par Nadar.
É Cette manière de teindre les cheveux, avec des prépa-
Le rations d'argent, donnant des résultats immédiats, on a
appelé ces teintures : teintures instantanées, par opposition aux teintures progressives obtenues avec les sels de plomb.
Nous ne citerëns que pour être complet les pommades noires, les cires à moustaches, les bâtons de cosmétique noir, qui doivent leur couleur au charbon de liège ou noir de fumée, etc. Ces préparations noircissent bien le poil, mais la couleur n’est pas durable : le simple frottement avec du linge ou du papier suffit à la faire disparaître.
Un remède populaire, tout aussi inoffensif, consiste à enduire les cheveux avec de l'huile de jaune d'œufs, dans laquelle on a battu du soufre. On les lave ensuite avec une solution vinaigrée.
Du même ordre est la médication suivante, duree à obtenir une nuance châtain : les cheveux sont lavés avec
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314 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE is
une solution de carbonate de potasse au dixième, puis on les frietionne avec un mélange de 10 grammes de suc exprimé d’écorce verte de noix et 90 grammes d'alcool à 60° ; ou bien avec une décoction d’écorce de chêne.
Plus encore que les teintures brunes, les teintures blondes ont des partisans.
Les teintures dites américaines, dont on ne fait guère plus usage aujourd’hui, sont à base de sulfate de cadmium et de sulfhydrate d'ammoniaque, contenus dans deux fioles différentes. C’est la combinaison des deux sels qui produit la couleur blonde. L'action en serait instantanée (Constantin James).
La base des teintures dites teintures anglaises, et l’on peut ajouter françaises, est l’eau oxygénée : cette eau a la propriété de décolorer les matières animales avec lesquelles on la met en contact, puis de les colorer d’une autre manière par l'absorption de l'oxygène de l’atmosphère. C’est cette double propriété qu'on a très ingénieusement utilisée pour la teinture des cheveux en blond.
Il y a encore la teinture blonde momentanée, ainsi pommée parce qu'elle peut être enlevée à volonté : c’est de la teinture de cureuma, qu’on trouve dans toutes les pharmacies. |
Elle communique aux cheveux une couleur j jaune pain d'épice.
Elle est très employée en terne de carnaval Dhs les travestissements.
Elle est aussi d'une grande ressource au théâtre, parce’ que, vue de loin et aux lumières, elle prête plus à l'illusion que les perruques. Mais elle sert aussi à ceux qui
LES TEINTURES SSL:
ont un intérêt à se déguiser, aux assassins et aux voleurs qui veulent dépister les recherches de la police.
Il y a enfin les teintures blanches, Parfaitement, les teintures blanches !
Pour les obtenir, on lave la portion de cheveux que |
l’on veut décolorèr avec une solution de permanganate
de potasse ; on laisse sécher; puis on fait tremper les mêmes cheveux dans une solution concentrée d'acide oxa- | lique, plutôt chaude que froide, afin d’ activer ses prO- | priétés dissolvantes.
De toutes lès teintures que nous venons de passer en revue, nous pouvons dire que la meilleure ne vaut pas cher au point de vue des effets sur l'organisme.
« Les teintures pour les cheveux, écrit le savant directeur du Laboratoire municipal, dans un rapport officiel, contiennént toutes des toxiques minéraux violents... Elles renferment toutes des substances telles que le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, l’acétate de plomb, le bichlorure de mercure... Il est inutile de continuer cette énumération : elle monts à quels dangers s'expose le public, en ayant confiance dans tous les produits qui ont la prétention d’ être de véritables remèdes. »
La même note nous est donnée par un des membres les plus autorisés du Conseil d'hygiène. M. le D' Dubrisay : |
« Les teintures, dit M. Dubrisay, si elles sont bonnes
‘pour teindre les cheveux, renferment des poisons violents. »
Aujourd'hui, écrit de son côté le D' Fournier, «on veut obtenir instantanément des résultats et, sur la foi d’un mauvais prospectus, on emploie, sans réfléchir, les produits les plus pernicieux. C'est ainsi qu’une teinture dite « sans sels métalliques » a été récemment signalée comme susceptible de produire de sérieux accidents locaux. »
Cette teinture contenait une substance dérivée de la houille (solution de chlorhydrate de paraphénylène diamine), dont on faisait suivre l'application sur la peau d'un lavage avec de l'eau oxygénée.
Cette teinture était si peu inoffensive, que plusieurs personnes qui en ont fait usage, au dire du Docteur Cathelineau (1), ont vu apparaître des démangeaisons intenses, du gonflement des paupières et des plaques éruptives en différents endroits : au front, dans le cuir chevelu, aux joues, au menton, au cou, aux oreilles, etc. : ‘ en un mot, une véritable dermite, s'accompagnant d’une réaction générale très intense.
D'autres médecins ont fait les mêmes constatations : ; MM. les Docteurs Brocq, du Castel, etc., ont eu à soigner ? des eczémas, consécutifs à l'emploi de certaines teintures. 1
Il est bien vrai qu'étant donné le grand nombre de | personnes qui se teignent, les accidents sont relativement rares. | | ‘4
(1) Voir, pour les détails, le Bulletin de la Société de Dermatologie, de 1898.
LES TEINTURES HAENAlT
Il est non moins exact que les éruptions de la peau, les dermites, surviennent de préférence chez des prédisposés.
4 Maïs un malheureux hasard peut vous ranger dans ,
cette catégorie et il est souvent trop tard pour conjurer la catastrophe.
Si ce n'est le souci de votre propre conversation qui vous retient aux bords de l’abîme, songez au moins À cette arme terrible, la seule qui tue en France, a-t-on dit : le ridicule.
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À ce propos, laissez-nous vous conter, en terminant, | deux ou trois anecdotes, qui nous feront peut-être pardonner le fatras scientifique dont ce chapitre est alourdi.
Un ambassadeur, du nom de Cœus, se présente un ; jour devant Archidamus avec des cheveux teints. — « Que 3 peux-tu dire de vrai, lui décocha celui-ci, toi qui portes le mensonge sur la tête! » On devine si le diplomate fut À couvert de confusion.
: Le sculpteur Miron s'était avisé, à soixante et onze ans, de s’éprendre follement de la belle Laïs. Voyant ses hommages repoussés, il eut l'étrange idée de se teindre les cheveux en noir et de se présenter chez Laïs sous ce nouvel aspect. — « Comment veux-tu, dit-elle en l’apercevant, que j'accorde aujourd’hui au fils ce que j’ai refusé hier au père ? »
Mais le mot de la fin appartient au plus enjoué, au
plus spirituel dé nos médecins ; comme il est Les les autres ne réclämeront pas.
Un de ses confrères, qui avait la manie de se peinturlurér, étant un jour en consultation aÿec le maître, le complimentait sur son éternelle jéunésse. FD
— Décidément les années glissent sur vous sâns vous atteindre. | at Et sur vous, lui répliqua le maître, sans vous déteindre.
Le mot était cruel, mais celui qui se At attiré, franchement, ne l'avait pas volé,
LA Poübhë À Poübner
On conte que des religieuses, remplaçant, un jour, sur leurs têtes, les cendres de la pénitence par de la poudre blanche et s'étant montrées de la sorte en public (r), furent ainsi et comme à leur insu, les initiatrices d’ une mode nouvelle (2). ù
D'autres, contrarieurs de légendes, nous voudraient persuader qu'originaire d'Italie, la poudre fut apportée en France par une troupe de comédiens, et qu'on ne s’en
(1) Cest le chroniqueur L’Estoile qui a rapporté le fait dans son curieux journal. On y fait souvent allusion, mais sans jamais Citér lé texté que voici :
& Le mercredi 8 de ce mois (8 décembre 1598, dotiholst préscha
les religieuses que les gentilshommes proumenoient par dessous les bras tous les jours à Paris. Comme à la vérité on ne voyait
autre chose à Paris et partout qué gentiishommés ét réligieusés accouplés, et se faisoient l'amour et se lichoient le morveau, portant les dites religieuses, sous le voile qui seulement, les distinguoit, vrais habits et façon de courtisannes, estant fardées,
musquées et poulürées, aussi vilaines et débordées en paroles comme en tout lé réste. »
(2) FEUILLET DE ConGurs, Causeries d'en curieux, t. IL,
servait pas chez nous avant l'avènement d'Henri IV. À:
les entendre nos aïeux n'auraient connu ni l'existence, ni l'usage de la poudre à poudrer.
Pas plus les Pères de l’Église que les romanciers, qui ont parlé, ceux-ci avec admiration, de la parure, ceux-là avec colère, de la coquetterie des femmes, n'auraient fait mention de la poudre.
Enfin, suprême argument, on n'en verrait point trace dans les vieux portraits, bien que les peintres d'alors représentassent toujours les femmes ‘telles qu'elles étaient coiffées (1).
Outre que ce dernier argument n’est pas péremptoire, les assertions qui précèdent sont contredites par l'histoire (2).
Il est au moins un Père de l’Église qui a fulminé contre la poudre. Tertullien s’est élevé avec véhémence contre les chrétiennes qui ne craignaient pas de se charger de perles et de bijoux, de se mettre du noir
pour faire paraître les yeux plus grands, de se poudrer les cheveux de safran, afin de ressembler aux filles des
Gaules et de la Germanie.
C'est un fait bien connu que les dames romaines se poudraient les cheveux. On cite, à l'appui des reproches que leur adressait Caton de se rendre la tête rutilante « à l’aide d’un mélange pulvérulent. »
(r) Essai sur les modes, t. Il; Paris, 1824. ‘
(2) L’historien Josèplie rapporte que lorsque le roi Salomon sortait en grande cérémonie, il était accompagé de quatre cents
jeunes gens de familles nobles, dont les cheveux,semés de poudre d’or, étincelaient au soleil,
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Les Romains attachaient un prix extrême à l'éclat et à la netteté de la chevelure, et la souiller par de la cendre ou de la poussière était, pour eux, le grand signe de deuil et comme la manifestation du plus profond désespoir. Il est à supposer qu'ils n’auraient pas employé la poudre dans un but de coquetterie (x). |
Vous voilà, sans doute, peu renseignés sur l’histoire de la poudre à poudrer chez les anciens, et cela faute de documents précis. Heureusement nous sommes mieux informés pour les époques plus rapprochées de la nôtre.
À la Cour de France, la poudre fait son apparition sous le règne de Charles VIII (2): au moins avons-nous
(1) Toilette d’une Romaine au temps dAuguste, par le Docteur C. JAMES,
(2) La poudre de riz était déjà recommandée dés le xrve siècle,
, Par Guy de Chauliac et le talc est cité par Porta, vers la fin du
Xvi* siècle, comme d’un usage courant (Cf, Revue des Deux- Mondes, 15 mars 1902.)
Il est à présumer que les souverains faisaient usage de la poudre dès cette époque car on trouve dans l’Inventaire de Charles V, au xiv+ siècle :
‘« Une boiste d’or à façon de poire pour mectre pouldre, audessus est ung petit lys ou fruitelet.
« Une boiste de cristal garnye d'argent, dorée et grenelée, à troys piez de troys lyons et troys oiseaulx dessus le couvercle. » Inventaire de Charle V, 1380; et dans celui de Marguerite d’Autriche : ,
« Une boiste d'argent toute blanche, gouderonnée avec sa
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lieu de le supposer, car ce roi avait déjà un parfumeur én titre.
Au temps dé François [*, on connaissait là poudre de violette et la poudre de Chypre, et pour les soins de la toilette, on se servait de savon muscat ét d’une poudre dite de fleur de fèvé, qui avait Le réputation de rafraîchir le teint.
Henri III fut probablement le premier 4 8e couvrir les chevéux dé poudre de violette musquée; et les iighôns d'imiter aussitôt leur maître. « Un valet, ayant en ses mains une boiste pleine de poudre semblable à celle de Chipre, avec une grosse houppe de soye, laquelle il plongeait dans cette boiste, en saupoudrait la tête du patient (1). » |
La poudre de Chypre était un parfum fort recherché. fille se composait, suivant Richelet, de racine d'iris, de civette et de musc.
La recette exacte de cette poudre nous est, au surplus, donnée par lé parfumeur François, qui enseigne loules les manières de tirer des odeurs des te el à faire toutes sortes de Parfums.
Dans ce curieux traité, publié en 1693 par Simon Barbe (1 vol. in-12), se trouve « la manière de parfumer la poudre dé Chypre comme à Montpellier ». Celle qu'on
couverte, en laquelle se met la pouldre cordiale que Madame prend a l’yssue de ses digné (sic) et souppéz » Znventaire de Marguerite d'Autriche, 1524.
Dans les deux cas précités, on peut se demander s’il nés "agit pas plutôt d’une poudre réconfortante que de poudre à poudrer.
(1) Description de l'Isle des Hermaphrodites.
fabriquait à Montpellier passait, en effet, pour la meil- léure.
Au xve et au xvre siècle, ce parfum était très à la > mode (1). : |
Sous Henri IV, la mode de la poudre était déjà si : répandue que les femmes de basse condition, n’osant
montrer leur cheveux dans leur état naturel, «les saupou-
draient de poudre de bois Pourri, qu’on trouve parmy les vieux bâtiments. »
On cite encore dés filles de.village, qui devançant leur D Siècle, sé poudraient de farine, fnats sans entraîner la … ville à leur exémple.
# C'est sous le méme règne qu on a éomimencé à répandre … sur les cheveux une Poudre parfurnée qu’on appelait | grisérie. 1 | D La poudre, en ce temps-là, n'était pas inise à sec sur
- (i) M. Havard a reyèvé, dans l’Znventaire du prince de Gondé » (1588): «une petite boiste de verre; pleine de pouldrés de Chippre. > — Jleïñ, quatre petis vases de verre, en trois desquels y 4 dé là - pouldre dé Chippre, ete. » ;
- Dans l’Anvéntaire de Catherine de Médicis (1589) figurent : 4 deux petitz vases de verre peintz de Montpellier, esquelz il Ya dé la pouldre. »
- Ii faut croire qu'au xvir sièclé cette Poudre, jadis si vantée, avait cessé de plaire ; car, dans une comédie de Dancourt, l'£té » des coquetles (1690), nous voyons «an abbé galant chassé parce Qu'il à sur lui de cé parfum (Cf. Dictionnaire de l'Ameublement, = par H, Havard, {. L. fo 820).
Angélique s'adresse, en ces termes, à l'abbé poudré :
D — « Éloignez-vous de moi, monsieur, vous avez des odéurs. » net le petit abbé de répondre :
? — @C6 n’est pas dé-la poudre de Chyppre, madamé. »
les cheveux : on la faisait tenir au moyen d'un mélange ; on. imagine combien de lavages il fallait pour remettre au net ces têtes empoissées.
Louis XIII ne portait pas de poudre, malgré ou peutêtre à cause des cheveux blancs qu'il eut de bonne heure.
A l'époque de Richelieu, les gentilshommes avaient des portions de perruques, ou coins, qui se fixaient dans les cheveux, pour produire des chutes plus fournies, et il fut un moment où on se mit à poudrer ces faux cheveux avec de la fine fleur de farine ; mais les pourpoints et les manteaux s’en trouvèrent si mal ; il plut tant de brocards contre les meuniers et les enfarinés, que la mode ne tint pas.
Plus tard on devait se montrer plus précautionneux : quand on se remit à poudrer les perruques, pour que l'habit n’en fût pas sali, on poudra également l'habit.
Il est plusieurs fois question de la poudre dans les Mémoires du règne de Louis XIII. Toutefois la mode. ne prit quelque consistance que sous le règne d'Anne d'Autriche. Parmi ceux qui la lancerent, on cite surtout » le marquis de Jauzey, un des nombreux amis de Ninon,
Le journal de Dubuisson-Aubernay nous le montre, se présentant au Palais-Royal, le 26 décembre 1649. « peigné, poudré et vêtu à l'avantage. »
Une «estampe, sans date, qui paraît se rapporier aux,
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environs de 1650, d’après le costume des personnages, est comme l'illustration d’une mode dont on se moquait, mais qui avait cours tout de même : au milieu d’une foule de peuple qui les raille, deux courtisans, assis et enveloppés de peignoir, sont «accommodés à la farine ». l'un par Jodelet (qui jouait le rôle de notre Pierrot moderne), l’autre par un meunier (1).
Louis XIV ne favorisa guére cet engouement : tout ce qui lui rappelait qu’il prenait de l’âge lui était odieux # et le frimas artificiel ressemblait trop à l'image de la
al (1) L’estampe porte pour titre : Le Capitaine des Enfarinés. Plus bas, sur une Panderole, ces trois quatrains se détachent : JODELET
Je vous rendrai si blanc que tous les courtisans,
Voyant sur votre chef tant de farine éparse,
Au lieu de vous nommer la fleur des courtisans,
Vous prendront comme moi pour valet de la farce.