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| L'ASPIG DE GuÉoPATRE |
et lui na de boire la coupe d'Antoine; le malheureux avalait la liqueur fatale et expirait sur-lechamp (1).
Ce trait est au moins une preuve que la reine d'Égypte savait manier les poisons et les venins (2), et qu'elle se préparait déjà à recourir à ce mode de suicide,
N’avait-elle pas, d'ailleurs, institué des expériences pour chercher à découvrir le secret de mourir sans douleur? Il faut croire que les criminels étaient bien nombreux à cette époque sur les bords du Nil, car chaque
jour avaient lieu des essais nouveaux, dirigés avec la.
plus scrupuleuse méthode. par le propre médecin de Cléopâtre, qui se vantera plus tard d’avoir procuré à la reine le moyen d’échäpper au supplice.
Cléopâtre put constater que les poisons dont l’effet était le plus prompt causaient de cruelles douleurs et une horrible défiguration; tandis que les plus doux, ceux qui ne tuaient qu’à longue échéance, produisaient moins d’altération.
Elle passa ensuite à l'étude des venins et en fit inoculer sous ses yeux de plusieurs espèces à divers sujets. « Elle acquit la certitude que la morsure de l’aspic est la seule qui, sans causer ni convulsions ni déchire-
(1) Du luxe de Cléopâtre, par PrIGNoT.
(2) « Cléopâtre était une femme savante, écrit M. ViAuD GRAND Marais (Étude sur la mort de Cléopâtre). Elle s’occupa de belles lettres et même de médecine, et nous citerons, à côté de ses Épistolæ Erolicæ, un travail sur les remèdes à employer pour conserver la beauté du visage, De medicamine faciei, et un * traité des maladies des femmes, De morbis mulierum.
DRCRE ENS NO AENT NE SET ER A NE De CT Me E 12 AA d sr AR ER F ; = à LE RS JR "re SA — 3 bus 2 2 A
ments (1), jette dans un engourdissement, accompagné d'une légère moiteur au visage, et, par un affaiblissement successif de tous les sens, conduit à une mort si douce, que ceux qui sont dans cet état ressemblent à des personnes profondément endormies, et se fâchent si on les réveille et si on les force à se lever. »
La résolution de Cléopâtre fut bientôt prise : elle ne mourrait ni par le fer, souvent infidèle, ni par le poison qui altérait ses traits ; elle aurait recours au venin de l’aspic (2).
(1) Un personnage, célèbre dans l’histoire de la dynastie macédonienne de l'Égypte, Démétrius de Phalères, fut condamné à mourir d’une piqûre d’aspic, et cette dernière grâce lui fut accordée en raison des services qu’il avait rendus, la mort par laspic passant pour une des plus douces connues (VrAUD-GRAND MARAIS).
(2) Nous sera-t-il permis, dans un sujet aussi grave, d’introduire une note moins sévère? Nous empruntons l’anecdote qui va suivre à la Correspondance inédite de Buffon (t. I), publiée par M. NADAULT DE BUFFON : « Cléopâtre, jouée pour la première fois sur le Théâtre-Français, en avril 1750, fut favorablement accueillie. Un bon mot du marquis de Louvois faillit en compromettre le succès. La pièce avait été montée avec un grand soin. Vaucanson avait fabriqué l’aspic, qui tournait la tête, sifflait, remuait les yeux : ce fut un chef-d'œuvre. Le rideau tombé, et alors que l’on discutait au foyer le mérite de la pièce nouvelle : « Pour moi, dit tout à coup le marquis, je suis de l’avis de l’aspic. »
Après trente-quatre ans d’oubli, au mois de novembre 1784, Cléopâtre Téparut sur le théâtre de la cour. Marmontel, qui n’avait point oublié le bon mot du marquis de Louvois, avait changé le dénoûment : l’aspic de Vaucanson avait disparu: Cléopàtre mourait dans la coulisse. Cette fois, tant à la cour qu’à la ville, la pièce fut froidement accueillie, et Marmontel, qui dut avouer son échec, attribua son peu de succès à la simplicité classique de laction. Il suffit de la lire pour comprendre combien la raison est mal choisie.
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Narrons d’abord les circonstances du drame, en suivant la version la plus répandue, le récit de Plutarque, que nous n'acceptons, hâtons-nous de le dire, que sous bénéfice d'inventaire.
« Après le diner, Cléopâtre prit ses tablettes, sur lesquelles elle avait écrit une lettre pour César : et, les ayant cachetées, elle les lui envoya, Ensuite, elle fit sortir tous ceux qui étaient dans son appartement, excepté ses deux femmes, et ferma la porte sur elles.
« Lorsque César eut ouvert la lettre, les prières vives et touchantes par lesquelles la princesse lui demandait d’être enterrée auprès d'Antoine, lui révélèrent ce qu'elle avait fait. »
Ainsi nul n'a su, n’a pu savoir ce qui avait eu lieu. Trois personnes seulement se trouvaient en présence, et toutes trois, succombant dans un court intervalle, ont emporté avec elles le secret de leur fin tragique.
Mais poursuivons. |
« Après le bain, elle se mit à table, où on lüi servit un repas magnifique, pendant lequel vint un homme de la campagne ayant un panier. Les gardes lui demandèrent ce qu'il portait. Le paysan ouvrit le panier, écarta les feuilles et leur fit voir qu'il était plein de figues. Les gardes ayant admiré leur grosseur.et leur beauté, cet homme, en souriant, les invita à en prendre. Son air de franchise écarta tout soupçon ; et on le laissa entrer. »
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RE Nes CNE ant + on. BE LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE |
Quand César attachait tant d'importance à ce que
Cléopâtre devint le principal ornement de son triomphe, on conçoit que les ordres les plus sévères aient été donnés pour que la plus grande surveillance fût exercée. Comment, dès lors (1), supposer que Cléopâtre ait eu des intelligences au dehors; qu'un paysan se soit pré-
-. senté, parce qu'elle l'avait ordonné ainsi; et que, pour être admis, il ait suffi à ce paysan de découvrir le panier qu'il avait au bras?
Parmi les historiens, les uns prétendent que l’aspic fut apporté sous ‘des fiques, les autres, sous des fiques couvertes de feuilles; ceux-ci sous des fleurs, ceux-là sous des figues et des ‘raisins. Quelques-uns disent que Cléo- -pâtre gardait cet aspic enfermé dans un vase. Ajoutons
(1) Rivn ne prouve, il est vrai, et c’est l’avis de VELLEIUS Ts PATERCULUS, cité par Goulin (Mém., 1776, p. 200), qu’elle n’ait pas
réussi à se faire apporter un aspic. C’est, du reste, ce que con- :
firme FLorus (lib. IV, c. 1) : « Lorsqu'elle sentit qu’elle n'avait plus rien à espérer du vainqueur, et qu’elle comprit qu’elle devait Servir à orner son triomphe, elle profila de la négligence de ses gardes, et se retira dans le sépulcre des rois.
« Là, revêtue de ses habits les plus magnifiques, elle se plaça près d'Antoine, sur un siège parfumé d’aromates les plus suaves, et approchant auprès des veines les serpents qu’elle irritait, elle y fit passer leur poison qui lui ôta la vie, en la jetant dans un assoupisserent léthargique. »
qu AU OU hui méme (r), on n’est pas encore fixé sur la partie du corps offerte à la morsure.
Shakespeare fait placer le serpent sur les lèvres de la reine.
Moréri et de Ségur la font piquer au sein. Les auteurs du Dictionnaire d'Histoire Naturelle, visant à plus de précision, écrivent qu'elle se fit mordre « au-dessus de la mamelle gauche ».
D'autres affirment que le dessein de Cléopâtre pu de prendre des figues et d’être piquée par l’aspic, sans le voir; mais que. l'ayant aperçu, en découvrant les figues, elle présenta son bras nu à la piqûre.
Enfin, selon certains, elle fut obligée de provoquer le serpent avec un fuseau d’or; l'animal irrité se serait alors élancé sur elle et l'aurait saisie au bras (2).
IL est à remarquer que, quelques heures seulement
(:) Nous empruntons les éléments de cette argumentation à une excellente étude parue dans Mémoires de la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'Orléans, 1846.
(2) Voici comment MorGAGntI (Goulin, 0p. cit., p. 201) décrit un morceau antique, exécuté avec beaucoup d'art, représentant Cléopâtre mourante :
« L’aspic n’est point appliqué, dit-il, contre la poitrine (position que lui donnent nos peintres contre l’exactitude historique, mais il est tellement attaché au bras, qu’il semble, par l’effet du lien qui le serre, être irrité et excité à mordre. L’attitude où est la reine d'Égypte n’est point celle d’une personne mourante mais d’une personne qui dort tranquillement. » Cest ainsi, remarque Grüner, en rapportant les réflexions de Morgagni, qu'Épicure meurt paisiblement dans un bain d’eau tiède, après avoir bu un verre de vin, et que l’empereur Antonin, selon tous les historiens, semble moins mourir que s'endormir.
L'ASPIG DE cuéorare HARAS MOTS)
17 ° QE Ep 7
28 | à LES INDISCRÉTIONS DE L'IISTOIRE
s'étaient écoulées, depuis que César était allé la voir pour : la consoler : (Il la trouva couchée sur un petit lit, dans un extérieur fort négligé. Quand il entra, quoiqu’elle n'eût qu'une simple tunique, elle sauta promptement au bas de son lit et courut se jeter à ses genoux, le visage horriblement défiguré, les cheveux épars, les traits altérés, la voix tremblante, les yeux presque éteints, à force d'avoir versé des larmes et le sein meurtri des coups qu'elle s'était donnés; tout son corps enfin n'était pas en meilleur état que son esprit. »
Après ces détails, empruntés à Plutarque (1), qui devons-nous croire? Ceux qui ont écrit qu'il n’apparaissait aucune marque de piqûre; ou bien ceux qui ont
prétendu que Dolabella, la suivante, fit voir à César, sur
le bras et sur le sein de sa maîtresse, une légère tache de sang et une petite enflure à peine sensible ?
Personne n'avait pu dissimuler le serpent apporté; or, tout le monde est d'accord sur ce point, du moins, que, malgré les perquisitions les plus minutieuses, on ne le retrouva ni dans la chambre, ni dans le sépulcre (2), TH ailleurs.
(1) La version de Dion Cassius diffère peu de celle de Plutarque, rédigée, comme on sait, d’après le témoignage d'Olympus, médecin de la reine. Quelques légères piqûres au bras furent ce qu’on trouva sur le cadavre. Les uns racontaient qu'elle fit servir à son dessein un aspic apporté dans une fiole de verre ou dans une corbeille de fleurs; d’autres parlent d’une aiguille empoisonnée.
(2) Voir sur le {ombeau de Cléopâtre la brochure de M. de Zogheb, dont nous avons donné plus haut le titre. Ce tombeau était construit dans le palais même de la reine. (Cf. Dion Cas- SIUS, Histoire romaine, II, 8).
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Ce n’est pas sérieusement que” d'aucuns ont conté qu'orr avait aperçu les traces de l’aspic près de la mer, du côté où donnaieut les fenêtres du tombeau (1). Il y a trois choses, dit l'Écriture, au Livre des Proverbes, qui ne laissent pas de traces : la voie d’un aigle dans l'air, la voie d’un serpent sur la pierre, la voie d'un vaisseau sur
“la mer.
Le problème est, comme on le voit, loin d’être résolu. La mort de Cléopâtre ne serait-elle donc pas, comme l'antiquité l'a cru, le résultat de la piqûre d’un aspic? N'y aurait-il là qu’une fable, qui se serait propagée jusqu’à nous et que nous aurions accueillie trop légère-
ment? C’est ce que nous allons examiner, en nous aidant
de recherches relativement récentes (2), qui n’ont pro-
(1) « On ne vit pas même de serpent dans sa chambre, mais on disait en avoir aperçu quelques traces près de la mer, près du côté où donnaient les fenêtres du tombeau. » PLUTARQUE, Vie d’Antoine, ch. xCIv.
(2) Nous citerons notamment un travail de M. Georges, juge de paix du canton de Châteaurenard ; ce travail n’a jamais été publié (lettre à nous adressée par M. Cuissard, bibliothécaire de la ville d'Orléans, le 2 janvier 1898), mais nous en avons trouvé une très bonne analyse dans les Mémoires de la Société de cette ville. Nous avons également tiré parti d’une étude très savante d’un professeur de l’école de médecine de Nantes, le D' Viaud- Grand-Marais.
jeté, il faut bien 1e ie qu: ‘une faible te sur ce. débat obscur à souhait.
Cléopâtre mourut le 15 août de l’an de Rome ae Properce affirme la mort de cette reine par le serpent, quoiqu'il n’ait rien vu par lui-même. Après avoir chargé la mémoire de Cléopâtre d'infamies. dont les historiens * ne soufflent mot, il ajoute : NAT ce
« Brachia spectavi sacris ad morsa colubris Et trahere occultum, membra, soporis iter, »
J'ai vu ses bras mordus par d'horribles serpents, et le lieu où le sommeil mortel se glissa sourdement dans ses membres. ,
Nombre de sculpteurs et de peintres ont reproduit la scène de la mort de Cléopâtre. ie
Le Guide, Le Guerchin, Véronèse s’en sont tenus à la tradition. | | DRE
Le Musée de Nantes possède un marbre admirable, signé Ducommun du Locle, qui reproduit la-scène classique de la piqüre par F aspic. |
Quant aux poètes contemporains, étant tous à la solde. d'Auguste, ils auraient couru quelque risque à commenter, d’ une autre façon que le maitre, ses bulletins de victoire. | | as Au dire de Suétone, Auguste lui-même hésitait à se prononcer sur le genre de mort auquel avait succombé sa captive. Il se rendit sur les lieux, il essaya des contre- __ poisons : c’est donc qu'il soupeonnait qu'elle s'était empoisonnée. |
Voyant l’inutilité de ses efforts, il fit venir des psyl-
les (1) et leur commanda de sucer les petites plaies qu’on crut remarquer ça et là sur le corps : son esprit était donc dans le doute.
Ultérieurement, s’il adopta la réalité de l’aspic, c'est que cette version lui parut de nature à produire une impression plus vive sur la foule et à donner à son triomphe, par l'attrait de l'imprévu, un plus brillant . éclat.
(1) « S’il fit appeler des psylles, ul venenum exsugerent, pour qu’ils suçassent le poison, c'était afin de créer une fable dont il espérait tirer profit pour sa propre renommée. » ViAUD GRAND- Marais. >
L’art de sucer les plaies empoisonnées n’était pas spécial aux psylles. 2
Celse (Lib. de Med., V, 27, n° 3, p. 309, édit. Kraus) dit, en éifet :
« Ceux qu’on nomme psylles, ne possèdent point une science particulière, mais ils ont cette hardiesse que donnent l’habitude et l'usage. Car le venin des serpents, ainsi que certains poisons dans lesquels les Gaulois surtout trempent les flèches, dont ils se servent à la chasse, ne nuisent point lorsqu'on les avale, mais seulement lorsqu'ils sont portés dans le sang ; ainsi l’on mange sans danger la vipère, tandis que sa morsure donne la mort.
« Par conséquent, quiconque, à l’exemple des psylles, sucera une plaie infectée de cette espèce de- poison, ne courra aucun danger, et sauvera la vie à un infortuné. Mais, pour faire cette succion avec sécurité, il faut qu’il n’y ait point de plaie ou d’excoriation aux gencives, au palais ou à d’autres parties de la bouche. » |
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M. Georges, de Château-Renard, qui a étudié la question avec beaucoup de soin, a fait ressortir différentes contradictions. :
On est, dit-il, si peu d'accord sur le genre de mort de la reine, que, suivant les uns, elle se fit piquer par un aspic ; selon les autres, les figues déposées dans le panier étaient empoisonnées.
Ceux-ci veulent qu'une aiguille à cheveux creuse. qu’elle avait toujours dans sa coiffure, contint le poison, jeté plus tard dans un breuvage, ou appliquésur la peau, ceux-là parlent d’une aiguille de tête, avec laquelle elle se serait piquée, après l'avoir trempée dans un poison subtil.
Il est assez singulier qu'un fait qui, par son étrangeté, aurait dû éveiller l'attention des critiques, un fait qui, dès l'origine semblait déjà susceptible de controverse, ne soit devenu l’objet d'aucun examen de la part des contemporains et ait été accepté sans discussion par leurs successeurs.
Ainsi, la crédulité habituelle et aussi la bonne foi de Plutarque se révèlent par ces mots ; « on ne sait pas avec certitude comment elle est morte ». |
Strabon laisse le lecteur opter entre les trois genres de mort qu'il indique.
Appion regarde l'histoire de l’aspic comme fort douteuse.
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- = L'ASPIO DE CLÉOPATRE 33
Suétone dit : « Periisse morsu aspidis pulabuntur » : on présumait, On soupçonnait.
Rollin, après avoir résumé ses devanciers, ajoute : «IL est clair, par tout ce récit, que personne ne peut savoir avec certitude de quel moyen Cléopâtre se servit pour se donner la mort... »
Lacépède ayant signalé les résultats de la piqûre produite par la vipère d'Égypte, conclut : « Voilà pourquoi on a cru que Cléopâtre, ne pouvant plus supporter la vie après la mort d'Antoine et la victoire d'Auguste, : aurait préféré mourir par l'effet du venin de celte vipère ! »
« On se persuade, écrit Chateaubriand (1), qu'elle s'était fait piquer par un aspic, parce que, de tous les genres de mort essayés sur des criminels, elle avait jugé celui-là le plus doux et Le plus tranquille. »
Les anciens n'ignoraient pas que le venin de l’aspic, qnoique inévitablement mortel, ne déterminait aucune douleur et entraînait seulement la perte progressive des forces, que suivait, sans espoir de réveil, un sommeil léthargique et paisible.
Mais existe-t-il en Égypte un serpent dont la morsure. produisait les effets signalés? Si oui, on pourrait dire voilà le véritable aspic de Cléopâtre !
Chose étonnante, aucun des savants qui ont fait partie de l'expédition d'Égypte, n’a profité de sa présence sur les lieux pour s'assurer, par des expériences directes, quel était le reptile dont le venin produisait précisément les
(1) Etudes historiques.
Il de
effets que signale l’histoire, quand elle s’est occupée de ; Cléopatre. | Des renseignements ont été demandés à Alexandrie ; les médecins de ce pays ont fourni les informations les plus contradictoires ; les uns niant qu'il y eût en Egypte des serpents, aspics ou vipères, dont la piqûre fût mortelle ; les autres affirmant, au contraire, avoir vu, dans les hôpitaux, des Arabes blessés par ces reptiles, et qui avaient succombé dans un délai plus ou moins long. Tous, quand on leur a parlé du fameux aspic de Cléopâtre, ont répondu que, probablement, le changement de température l'avait fait définitivement disparaître l:
FAR ES Un professeur de l’école de médecine de Nantes, le # | | D' Viaud-Grand-Marais, a repris la question, sans arriver
à l’élucider complètement. | RE " « Si, écrit notre confrère, la fille des Ptolémées s’est . ; : servie du venin d’un serpent, pour mettre fin à sa vie, ; 2e, ce ne peul étre que le venin de l’aspic, c’est-à-dire 4 a l'hajé (nr). |
| (1) Ce qui nous ferait pencher en faveur de l’hajé, c’est l’argu- : ment même, produit à l’encontre de son opinion, par M. Georges, %
Si, en Egypte, il y a plusieurs milliers d’années, l’aspic seul avait le col extensible et si maintenant on n’y rencontre que la vipère hajé jouissant de la même faculté, il faut bien concluré que l’aspic et la vipère hajé ne font qu’un même reptiles
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| L'ASPIC DE GLÉOPATRE ; an
Sa blessure est à peine douloureuse ; celle du céraste, au contraire, provoque de la douleur et des convulsions.
«Puis, le céraste est: une vilaine bête, d’une couleur
sale et à la tête ignoble, rendue plus hideuse encore par
les cornes de ses arcades sourCilières. Nous avons donc
du nous tromper en attribuant à sa morsure. la mort de la reine d'Egyple. » Dans une étude antérieure, le D' Viaud-Grand-Marais (1) avait, en effet, cru devoir
conclure que le serpent auquel Cléopâtre avait demandé la mort était le céraste (2). Des recherches plus com-
plètes lui ayant inspiré des doutes, il arriva à des conclusions toutes différentes de celles qu'il avait primiti-
vement adoptées.
Un grand nombre de naturalistes et non des moins
3 qualifiés, à l'exemple du D' Viaud-Grand-Marais, n’ont
pas hésité à identifier l'aspic de Cléopâtre avec le reptile
- Ajoutons que l’usage était d’enfouir dans les Pyramides, avec les cadavres humains, des paquets momifiés de divers serpents
- existant dans le pays. Ils ont été retrouvés en grand nombre, et . parmi eux on a reconnu, à l’extension de la membrane du col,
laspic de Lucain et de Pline, devenu la vipère hajé de: Forskol et de Daudin.
L’habitude de se redresser lorsqu'on en approche avait per-
Ë - suadé aux habitants des terres qui arrosent le Nil, que ce serpent
- gardait les champs fréquentés par lui. Ils en faisaient, en consé-
quence, l'emblème de la divinité protectrice du monde: ils le sculptaient aux deux côtés d’un globe, sur le portail de tous leurs temples.
(1) Dans ses Etudes médicales sur les serpents de la Vendée et
de la Loire-Inférieure. -
(2) Cette opinion avait été déjà soutenue par James Brice, dans
son Voyage de Nubie,
connu sous le nom de naja hajé. Plus curieux que les membres de l’Institut du Caire, Forskol a voulu connaître expérimentalement, la force du venin de cette vipère.
« J'ai vu, dit-il, répéter sur un pigeon l'effet du funeste poison de l’hajé. Un bateleur, en pressant la vésicule à venin, en fit sortir un suc jaunâtre, et une gouttelette ayant été introduite, par une légère piqûre, dans la cuisse du pigeon, celui-ci n’en témoigna d’abord aucune douleur. Mais, au bout d’un quart d'heure, il tomba sur la poitrine, éprouva de fortes convulsions à la tête, vomit beaucoup de sang et mourut, » :
Sans aucun doute, l'épreuve tentée sur de grands animaux eût été autrement concluante.
« Supposons, écrit M. Georges, de Château-Renard, l’ancien aspic ou le serpent hajé aussi terrible que le serpent noir ou le serpent à sonnettes ; supposons que sa morsure ne laissât pas de traces, l'événement, tel que l'ont écrit et répété ensuite tant d'auteurs, pourrait encore ne pas être accepté comme exact. Cet aspic apporté, il avait fallu le saisir, le placer au fond du panier, l'y maintenir et disposer les figues assez près les unes des autres pour le soustraire aux regards. Ne suffisait-il pas qu'elles pesassent sur lui et qu’elles gênassent ses mouvements pour l'irriter ?
« I avait dû mordre soit les parois du panier, soit les figues qu'il contenait (1). Alors son venin n'était plus
(1) Un aspic ou naja hajé, fait oberver le D' Viaud Grand-Marais, est un animal trop grand et surtout trop agile pour être
L'ASPIC DE CLÉOPATRE vi
capable de faire périr, non pas une, non pas deux, mais trois personnes ; car, on se souvient qu'Iras, Cléopâtre et Charmion ont succombé de la même manière, dans un court délai. Les premières secousses de la colère, dit
. Sénèque, sont cruelles et dangereuses. Ainsi le venin des
serpents est plus dommageable quand ils sortent de leur gite. Mais leurs dents ne font aucun mal, quand, à force de mordre, ils ont perdu leur venin. »
L'opinion de Sénèque a été reprise par un des plus notoires savants contemporains,
«Il a été difficile, écrit Arago, de constater avec précision si le serpent à sonnettes, après avoir mordu une fois, pouvait donner la mort par une seconde piqüre. Il semble démontré aujourd’hui que la seconde blessure du reptile est beaucoup moins dangereuse que la première : et que la troisième, faite une heure après, ne présenterait pas de grands risques à celui qui en serait atteint. »
Plus loin, Arago ajoute :
« Le serpent à sonnettes n'accepte pas une seconde lutte avec la même ardeur que la première; car il sait qu'il a moins de venin à présent et que. son venin est aussi moins actif. » :
Le venin du rt serait donc épuisé en rire) à la première morsure ; à la seconde, il le serait tout. à fait ; et pour que la troisième fût tant soit peu dangereuse, il faudrait le temps d'une nouvelle sécrétion.
renfermé dans un panier de figues. Un céraste eût pu être
transporté ainsi, mais sa piqüre est douloureuse et laisse des taches ecchymotiques manifestes.
ur RAS TE ES re : à LEs INDISGRÈTIONS : DE LÉHISTOIRE Er ee FT
De ces one He à des ner Copete nt 3 il résulterait que la reine et ses femmes, en se faisant mordre par un seul aspic, n'auraient pas atteint le but 7. qu'elles se proposaient : [ras aurait bien pu succomber: quant à Cléopâtre et à Charmion, loin d'échapper à l’ignominie par une mort volontaire, tout se serait borné pour elles à des souffrances inutiles.
Nous ne nions pas que ces objections aient leur valeur, mais les autres versions satisfont encore moins l’esprit.