‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 13 sur 61 · ET · texte numérisé non relu

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royaume, de la ville ou seulement de la rue qu’elle habi- ÉLUS

Le parlement de Toulouse se distinguait par l'application d’une peine vraiment singulière. La patiente, les mains liées derrière le dos, coiffée d'un casque en pain de sucre, qui était garni-de plumes, de grelots et d’un écriteau, portant les mots maquerelle publique, était conduite à pied par l’exécuteur de la haute justice, de l'hôtel de ville au pont de la Garonne, et de là tout le long du quai, d'où un bateau transportait le digne couple à un rocher, au milieu de la rivière. L’exécuteur faisait entrer sa compagne de navigation dans une cage de fer, la trempait trois fois dans l’eau, en ayant soin de la retirer assez à temps pour qu'elle ne fût pas étouflée ; après quoi, il la menait {oute fraiche à l'hôpital de la Grave, où elle était condamnée à demeurer le reste de ses jours, dans le quartier de la Force.

Ce spectacle, que les Gascons trouvaient très plaisant attirait presque tous les habitants de la ville, et le Parle- . ment n’abandonna cet usage, que lorsqu'il dut se confor-

mer à la jurisprudence du Parlement de Paris, qui devint

générale dans le Royaume. |

À Agen, les vagabonds et les prostituées étaient chassés de la ville ; maïs avant de les bannir, on leur infligeait le … plus souvent des peines infamantes, telles que le fouet, le collier {carcan ow piloriy, etc. Parfois le jugement portait que la condamnée devait traîner une charrette par la ville : la femme attelée à un chariot grotesque, sur lequel

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on entassait des ordures et des immondices, parcourait les rues de la ville, en suivant un itinéraire désigné, et poursuivie des huées de la foule (1). |

Mais le plus singulier de tous les châtiments était la baignade ou immersion dans une cage de fer. Ce mode de correction ne paraît guère remonter qu'à la seconde moitié du Moyen Age. En Italie, en Angleterre, et dans bon nombre de villes de France, il était appliqué aux blasphémateurs (2), avant de l’être aux femmes libertines.

L'immersion en cage était très répandue au xvr® siècle. À Agen, elle attirait, comme ailleurs (3), un grand concours de monde. L’immersion avait lieu soit en Garonne, soit dans les fossés de la ville; on en voit la relation dans le livre-journal des consuls de la ville, jusqu'à la veille du xvrr° siècle.

Le spectacle était-il moralisateur ? Il est permis d'en douter: « c'était plutôt un divertissement pour les spec-

(14) Un châtiment singulier, par J. ANDRIEU, Agen, 1885. (2) Dict. de Du Cange, verbo Blasphemare.

(3) À Pamiers, avant 1420, et à Montauban, en 1581 et en 1607, cette peine visait les blasphémateurs. A Toulouse, on l’appliquait, en outre, aux prostituées et aux proxénètes, mais elle fut réservée dans la suite aux femmes de mauvaise vie (dès 1623). A Marseille, on punissait de la sorte quiconque jurait en jouant et ne pouvait: pas payer l’amende. À Cahors, on fit des immersions fréquentes, dans le Lot, et l’appareil dont on faisait usage doit figurer au musée de la ville. À Angoulême, on plongeait directement dans l’eau,-en la suspendant par une corde passée sous les bras, toute femme convaincue d’être « chicaneuse et médisante ». Les exécuteurs devaient avoir une rude besogne !

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tateurs qu'une peine pour les coupables (1). » Ces châtiments d'un autre âge devaient peu à peu tomber de l'odieux dans le ridicule, puis finalement disparaître (2).

Sous Louis XIIT, puis sous Louis XIV, des mesures sévères furent prises contre les filles de mauvaise vie. On créa des refuges et des maisons de retraite pour les enfermer et les convertir ; on les expulsa de la ville; on les fustigea publiquement. Le conseil de ville de Nimes fit chasser, en 1649, toutes celles qui étaient étrangères, après leur avoir rasé la tête et les avoir chargées de plumes de coq, « suivant la coutume, usage et privilège desquels cette ville est en possession DA

A Boulogne, on les bannissait au son des cloches, en les menaçant d’être flétries à la face de la main du bourreau si elles rentraient.

À Bayonne, on alla jusqu’à couper le nez à des servantes libertines (3). On rétablit même dans cette ville,

(1) Réflexions singulières sur l’ancienne coutume de la ville d'Agen (Agen, 1666) ; 7° réflexion, p. 136-137.

: (2) Sur la baignade des prostituées, cf. Durour, Histoire de la prostitution, IV, pp. 189-191, et sur d’autres coutumes singulières, même ouvrage, ©. xv ; DULAURE, Histoire physique, civile, elc., de . Paris ; et du même, Singularités historiques.

(3) Voir aussi MiLFAUT, De quelques anciens usages mâconnais :

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sous Louis XV, le singulier usage du Moyen Age dont nous venons de parler : les filles de mauvaise vie étaient enfermées dans une cage de fer, que l'on fixait avec des cordes au parapet d’un des ponts et plongées à plusieurs reprises dans l’eau, au milieu des huées des assistants.

À Bordeaux, en 1759, on sévit contre ceux qui les logeaient, en murant les portes de leurs maisons (1).

En 1691, le seigneur de Saint-Mirel avait le pouvoir « de prendre et lever en l'endroit des filles de joye qui se trouvent en ladite ville de Moncontour, de chacune des dites filles lorsqu'elle fait son entrée en la dite ville, soit à la porte-neuve ou ailleurs, 5 sols, un pot de vin et un chapeau de fleurs au dit jour et feste de Pentecôte (2). »

Célestin Port, dans son Dictionnaire historique, etc., de Maine-et-Loire, cite, à l’article Somdoire, un droit féodal assez Curieux.

Entre autres privilèges singuliers, le seigneur (de Somloire) jouissait du droit de faire prendre, par son sergent, de chaque « femme jolie » ou de mœurs légères, passant sur sa chaussée, deux deniers, ou de couper la manche du bras droit, ou de disposer d’elle une fois à son choix. Un arrêt du présidial d'Angers, du 4?mars 1600, supprima

sur les femmes de mauvais gouvernement (Mém. Soc. Eduenne, 1880, pp. 356-362). es

(1) La Ville sous l’ancien régime, par Alb. BABEAU, t. I, p. 335

(2) Documents de criminologie rétrospective, par les Drs A. CORRE et P. AUBRY.

cette pratique malhonnèête et fut confirmé par un second arrêt du Parlement du 6 mars 1601, qui maintint en même temps, malgré l'arrêt antérieur du Présidial, son autre droit qui lui était contesté (1).

Mais ceci n’est rien à côté de l'usage qui s’observait à Montluçon à l'égard des prostituées. Celles qui arrivaient nouvellement dans cette ville, étaient tenues de payer, pour traverser le pont, un droit de péage, dont elles se rachetaient par une incongruité. Je ne dirai pas en quoi elle consistait; on n'a qu'à lire l'extrait suivant de la Chambre des Comptes, de l’aveu. de la terre du Breuil, rendu par Marguerite de Montluçon) le 27 septembre 1498 : tem in el super filiàä communi, sexus videlicet viriles quoscumque cognoscente de novo in villä Montislucii eveniente, quatuor denarios semel aut unum bombum, sive vulgariter un pet, super pontem de castro Montislucu solvendum (2). Le latin dans les mots brave l'honnêteté !

À Rome (3), à la Cour pontificale, on avait imaginé d'autres moyens, plus efficaces, de combler le déficit du

(1) Intermédiaire, 1889, p. 537.

(2) DE LAMARE, t. I, livre III, p. 493, rapporté par SABATIER, Histoire de la législation, etc.

(3) Cf. RopocANACHI, loc. cit.

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budget papal, et on ne se faisait pas scrupule d'y recourir.

Les courtisanes avaient coutume d'aller en carrosse, tout comme les dames de qualité, alors que les prélats et les Juifs devaient s'en abstenir. Il leur fut interdit, sous peine d’amendes, qui pouvaient atteindre jusqu’à cent et cent cinquante écus, de s’en servir désormais.

Tout cela n’était encore que vexatoire. Mais voici qu’on renouvela, à leur intention, une coutume des vieux âges, ou qu'à tout le moins on en aggrava la rigueur : un droit de patente assez élevé leur fut imposé. Le droit de patente devint cette fois proportionnel et fut fixé au dixième du loyer annuel de chaque courtisane. Dans ces conditions, l'impôt rapportait plus de mille écus par an. Comme il y avait alors à Rome quatre cents filles, exerçant publiquement et enregistrées, chacune était donc taxée, en moyenne, à raison d’un peu plus de deux écus.

Sous le successeur de Paul IV, l’affable et bienveillant Pie IV, se place un incident, qui eut pour cause ou pour prétexte les courtisanes, et qui peint au vif la cour romaine à cette époque. Le gouverneur de Rome, inspiré par le cardinal Borromée, auxquels-s’étaient joints le cardinal Svileto et le cardinal Alessandrino, c'est-à-dire les chefs du parti rigoriste, publia, sans même consulter le pape, une ordonnance défendant aux femmes de mauvaise vie d’habiter près des églises et aux filles âgées de moins de sept ans de vendre dans la rue de la chicorée. Il paraît que la chicorée remplaça, à Rome, en ce temps-là, le bouquet de fleurs actuel.

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