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Défense fut faite aux recluses de sortir de ce qu’on appela dès lors, d’un terme pittoresque, leur « sérail », serraglio, excepté à certains jours et à certaines heures. Le châtiment réservé à celles qui auraient transgressé celte prescription n'était rien moins que la fustigation.
Et ce n’était pas là une vaine menace, comme sous les ponulificats précédents, lorsqu'il s'agissait d'empêcher tel ou tel excès. Plusieurs femmes, surprises dans les rues de la ville à des heures indues, en firent la cuisante expérience.
Telle était d’ailleurs, on l'a vu, l’habituelle punition infligée, pour tous leurs méfaits, aux femmes galantes et aussi, dans certains cas spéciaux, à celles que leur situation sociale, à défaut de leurs mœurs, faisait qualifier d'honnèêtes. |
La chose se passait, en général, sous la custode, en présence des autres prisonnières et même devant les prisonniers, dans la cour de la geôle. Il arrivait parfois, quand le délit avait eu un certain retentissement, qu'on châtiât la coupable en public, et comme on ne manquait pas, en la circonstance, d'annoncer l'exécution d'avance, elle attirait toujours un grand concours de peuple. Trois mille personnes, rapporte un chroniqueur, entouraient la courtisane Nina, quand on la conduisit au pont Saint- Ange, expier vertement quelques propos un peu vifs adressés à un prédicateur en chaire.
Un des soldats chargés d’exécuter la sentence prenait la coupable sur son dos, afin que, de toutes parts, on püt
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constater que justicé était faite consciencieusement, Si la faute avait été de-nature particulièrement scabreuse, les verges étaient d'orties.
L'avantage pécuniaire du bourreau était très minime : un, soldat qui avait fustigé deux courtisanes reçut deux écus et demi : un autre, qui en avait fustigé vaillamment sept desuite, eut:six.écus, pas même un écu par patiente: Mais, comme. sous un: pape aussi attentif: à, réprimer le. vice que Pie: V, les condamnations se succédaient rapidement, le métier ne devait pas laisser d’être lucratif.
Malgré toutes ces rigueurs, les filles. s'obstinaient à: sortir la. nuit: et le jour, maïs surtout. la nuit, de leur quartier. Le pape résolut done de l'entourer d’une mus raille, comme on l'avait fait naguère pour le ghetto: des: Juifs (r), au: temps de Paul TV.
Les trayaux: furent commencés sur-le-champ, (19: octobre 1569).et si activement poussés, qu'un. mois après que: l’on. fermait à la, nuit:tombante. Ainsi encagées, les filles ne pouvaient plus déshonorer les.rues, de la ville, si ce:n’est au su-etiau vu, del’autorité. Et, de:fait, force leur fut cette fois de.se résigner,. au-moins. temporairement,
Enhardi par ce premier. succès, le vigilant. pontife décréta que; pendant tout le carème, Les portes.du, sérail,
(1) À une époque, on fit enterrer les prostituées de nuit et on leur:assigna un’ emplacement spécial: dans les cimetières, à/côté des Juifs (V. RopoçanAcHr,, Courlisanes el bouffons, p, 171).
resteraient: closes, qu'aucun homme:n’y pourrait péné-: trer: et qu'aucune femme: n’en sortirait. C'était rendre læ mortification obligatoire, et: l'intention était louable; mais c'était aussi, par contre-coup, priver les filles de leur gagne-pain et les condamner à mourir de faim. Le: pape comprit, tout le: premier, qu'il ne pouvait exiger d'elles un pareil sacrifice, et il consentit à ce que; tant que: durerait la défense de communiquer, il fut alloué aux reeluses; par le: Saint-Siège; une pension alimentaire (8 février: 1570).
Si nous retournons.en.France, nous.verrons, jusqu'aux. approches de la Révolution, appliquer aux prostituées.les anciens règlements, qui. les assimilent.non à des malheureuses; mais à des coupables. Vers la fin du xvrrr' siècle, on: les assujeltit encore; dans certains: endroits, à. porter ‘un. costume distinctif ;: on les enferme dans les maisons
. de force ; on les chasse parfois hors des murs, avec défense derentrer en ville, sous peine d’être attachées au pilori, avec l’écriteau infamant de prostituée. publique... On: fait défense aux propriétaires, locataires et logeurs, de louer ou sous-louer des maisons, appartements ou chambres, à des filles ou des femmes de débauche ; une ordonnance de police de 1780 interdit même à tous marchands et
autres personnes de leur louer ou prêter des hardes, vête-
ments ou ajustements pour se parer, à peine de trois cents livres d'amende et de confiscation des dits objets. Cette même ordonnance, confirmée par une autre, postérieure de quatre années, faisait défense aux cabaretiers ct autres marchands de boissons de recevoir chez eux des femmes de débauche, à peine de cent livres d'amende : les cafés étant, dès cette époque, des repaires de prostitution.
Un inspecteur de police était spécialement chargé de la surveillance des filles ; il avait, comme on disait alors, dans ses attributions, le département des demoiselles (1). On devine les abus, les malversations, les marchandages dont il se rendait coupable. À défaut du tribut-en argent que chaque prostituée et chaque tenancière lui devait, il choisissait, au gré de son caprice, telle jolie fille qui lui agréait et s'en réservait la primeur.
De temps en temps, pour distraire l'attention de quelque grave événement, ou simplement pour amuser la badaüderie des Parisiens, l'inspecteur ordonnait un enlèvement. On enlevait ainsi trois à quatre cents femmes à la fois; celles qui avaient des ressources étaient relächées, moyennant finances ; celles qui étaient reconnues malades étaient dirigées sur l'hôpital ; quant aux autres, on les conduisait en prison. Au bout de quelques jours, elles devaient comparaître à l’audience du lieutenant de police.
Cette audience était publique ; c'était un sujet de
(1) SABATIER, 0p. cit.
récréalion pour les vieux libertins et les jeunes filles, qui s’y rendaient en nombre. On amenait les femmes dans une voiture ou.un chariot couvert, jusqu’au bas de l’escalier du Châtelet, et de là elles étaient conduites, sous bonne escorte, à la salle du tribunal.
On les entendait jurer, crier, se débattre, menacer ou
insulter les passants, protérer les paroles les plus lubriques, les provocations les moins déguisées ; tandis que d'autres se lamentaient, déchiraient leurs habits, imploraient la pitié des spectateurs.
Il y en avait qui se découvraient de la manière la plus indécente et bravaient en quelque sorte la colère ou l'indignation du magistrat par leurs postures, leurs grimaces ou leurs propos injurieux. Celui-ci, impassible, prononçait gravement sa sentence : À l'hôpital ! et distribuait selon son humeur ou l'inspiration du moment, trois, six ou douze mois, à l'aventure.
Ces prévenues n'avaient pas de défenseur ; elles devaient écouter leur sentence à genoux ; elles n’avaient, en aucun cas, de recours à une autorité suprême.
Outre les fillés qu'on enlevait la nuit, par ordre de police, il y en avait une catégorie qu’on ne pouvait arrêter chez elles que par ordre du roi : c'était le plus souvent à l'instigation de maris ou d’amants trompés, de parents scandalisés, que ces arrestations arbitraires étaient pratiquées. C'était la lettre de cachet mise à la disposition des particuliers assez fortunés ou assez puissants pour mettre en mouvement l'autorité.
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Ces: abus de pouvoir, ces atteintes -à la liberté individuelle, cette répression, livrée à l'arbitraire, d’un fléau qui trouvait «un ‘perpétuel aliment dans les excès de:la nature même, devaient produire un résultat inverse de celui que l’on recherchait.
L'exemple partait, d'ailleurs, de trop haut:pour ne: pas être suivi : pendant trop longtemps, nes rois ‘avaient “encouragé les désordreset:la licence par l'éclat-de leurs désordres-que, loin'de dissimuler, ils:se faisaient gloire -d'afficher.
Henri HI avait-il mis.de la vergogne à caresser. publiquement ses mignons) 4
Catherine.de Médicis n’invilait-elle.pas aux jeux —qui n'étaient. pas des jeux innocents — des honnesies dames et: damoiselles de :1a Cour ? Ne tolérait-elle :pas qu'on frappät des médailles en 1 honneur de:cette fière duchesse
de Valentinois, qui s'indignait d'être traitée de concu-
bine-et se'faisait honorer comme une reine ?
Æt le bon roi Henri, qui a pourtant une belle page dans l'histoire et dont on nous vante à tout propos des qualités si françaises, doit-il aussi être loué:d’avoir:pro-
duit dans.les-assemblées, ‘dans les cérémonies.officielles,
‘sa charmante Gabrielle, qu'il combla de dignités pendant -sa.vie.et dont ilportaile deuil comme d’une femme:légitime )
Les exemples de Louis XIV furent de plus dangereuse conséquence encore, parce qu'on devait d'autant plus
imiler ce monarque, qu'il rapportait tout à Jui, et ;pré-
1° ri k A à Lé Ja RSS VE be k k T4 + D
tendait tout modeler à son image, Quelle influence dut avoir sur là moralité publique le spectacle de cé roi, logeant ses maîtresses dans son propre palais, se faisant suivre d'elles dans ses carñipagnes, les faisant placer dans le mièmre carrosse que l'épouse, pour donnér au peuple l'agrément d’acclamer ensemble les #'ois reines !
La voie était désormaïs ouverte À tous les déportements ; ét nous assisterons tour à lour aux oïgies du Palais-Royal, aux bacchanales du Luxembourg, aux scandaleuses liaisons du roi Bien-Aïmé qui, abdiquart toute ihajesté, ifa chercher dans un bouge la fille Vaubérniér,
pour l’élever au rang de comtesse du Barry !
On comprend de quel faible secours pouvait être l’arsenal des lois pour lutter contre une peste qui, du haut en bas de l'échelle, avait tout pénétré, tout gangrené. Les variations d'une législation tour à tour prohibitive, protectrice ou tolérante, s’opposaient à l'effet même des règlements qu'on édictait. Les mesures de rigueur dépassaient le plus souvent le but ; quant aux pratiques de tolérance, elles ne furent appliquées qu’à de longs intérvalles dans des moments de lassitude ou d’impuissance,
ce qui fit mal interpréter l'esprit qui les avait dictées.
Er S As < NE . re: à NX OP CRE PE DIN san ur de ME ads Lt 125 + RS É > z ne : 4 : e NME,
Nous n’aurions garde d'aborder, à l’occasion d’une
revue historique, le délicat problème, toujours à l'étude :
la prostilution doit-elle être libre ou réglementée ? Nous estimons qu'il faut, avant tout, instruire et moraliser la jeunesse ; qu'il est nécessaire de la mettre en garde contre le danger, et se débarrasser avant toute chose de ce préjugé qu'il y a des maladies honteuses.
Il n’y a que des maladies, et des maladies d'autant plus curables qu’elles nous seront plus tôt dévoilées.
Le jour où on ne considérera plus, comme les lépreux de jadis, les infortunés, victimes d'une malchance, un progrès immense sera réalisé.
Plus de maisons closes, plus d'hôpitaux clos; pour tous et toutes, le droit commun ; voilà notre delenda Carthago.
Mais c'est une autre Bastille à conquérir !.…
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