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PAR PRIVILÈGE: DU ROY

L'antivénérien du médecin indien pour toutes: les maladies vénériennes.telles. qu’elles. (sic) puissent être, sans aucun retour et sans garder la chambre. Il est très commode et le. plus agréable du monde (1). »

Les spécifiques antivénériens étaient du reste connus dès le xvi® siècle (2). On savait, par exemple, que le copahu,. entre autres remèdes, après avoir passé pour une

. (1), Lister, Voyage à Paris, 1698 (édit. de la. Soc. des Bibliophiles, 1873, pp. 210 et suiv.).

… (2) N. Les: Contes: d’Eutrapel,. édit. de 1732, t. II, p. 132 ; cité par Edouard FourNIER, Le Vieux-neuf, t. IT.

panacée à tous les maux (1), était infaillible contre la gonorrhée. Les guérisseurs, dont le nom s'étale dans nos

modernes vespasiennes, n'ont décidément rien inventé.

On pourrait dire de certains médicaments ce que l’on a dit de certaines découvertes : qu’ils ne réussissent jamais si bien que quand ils viennent en leur temps. Songerait-

(1) « L'huile de copahu est un baume admirable, quand elle n’est pas falsifiée, lisons-nous dans le Fureteriana. On en trouve peu de bonne à Paris, son odeur approche de celle du cidre. J’en ai deux petites bouteilles que je conserve très précieusement, depuis que j’en ai fait des expériences presque incroyables. Il est ordinaire que cette huile guérit des plaies en moins de vingt-quatre heures, quand on y en met d’abord sans autre appareil. C’est ce que j'ai expérimenté sur plusieurs soldats blessés. C’est aussi ce qui a fait passer pour sorciers quelques fraters et quelques soldats qui en avaient et qui s’en sont servi dans les armées.

« J’ai éprouvé sur moi-même qu’elle est admirable pour les excoriations, pour les contusions. Une personne se coupa le doigt il y a quelque temps jusqu’à l’os et négligea sa blessure ; de manière que, me trouvant chez lui lorsqu'il ÿ regardoit, je vis qu’elle était en très mauvais état et que les suites en étoient fort à craindre. Je me hasardai de lui vouloir guérir son mal avec mon huile. Il avoit le doigt et la main enflés, la plaie ouverte, les chairs noirâtres ; jy mis de l’huile avec un peu d’onguent vert pour ne pas la laisser refermer tout d’un coup en l’état qu’elle étoit ; en moins de quatre jours son doigt fut guéri et les chairs revenues » (Vieux neu}, loc. cit.).

on à s'étonner que cerlaines préparations aïent joui de leur plus grande vogue précisément sous le règne du roi paillard entre tous, le bien-aimé Louis XV ? Jamais viton, plus qu’à cette époque, surgir des remèdes précieux, héroïques et sûrs contre « le mal français » ?

. À tous les coins de rue, se lisent des affiches dans ce genre : « Traitement populaire du mal vénérien pour les adultes, pour les enfants, administré gratuitement dans Paris par ordre du gouvernement. »

Ici, on vend les bains anlivénériens de Baumé, qui ne sont autre chose qu'une solution de sublimé ; là, on débite le chocolat antivénérien (1) ; un peu plus loin, se

(1) Ce chocolat était en vente chez un apothicaire du nom de Martin. « Martin, apothicaire de Monseigneur le comte d’Artois, « rue Croix-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle du Bouloi, vend des « pharmacies portatives garnies en or, argent, meublées en crys-

« taux, porcelaines, etc. Il vend aussi toutes sortes de chocolats : « le chocolat de santé, le chocolat purgatif ; on se purge agréable- « ment en en prenant une tablette, et le chocolat antivénérien, qu'il « tient de l’agrément de M. de Fébure, baron de S. Ie., docteur « en médecine et de plusieurs académies !… « M. Le Fébure était déjà avantageusement connu dans la répu- « blique des lettres et jouissait d’une réputation très méritée pour la « guérison des maladies vénériennes ; mais qui pourrait aujour- « d’hui balancer à se confier à ce docteur qui possède, comme nous « le voyons par son ouvrage immense, la pratique de tous les « auteurs qui se sont mélés de traiter cette affection et qui nous les « a rédigés avec tant d’art que nous pouvons dire que nous possé- « dons le traité des traités sur cette matière, puisqu'il a rassemhJé « ce que chacun a dit de meilleur. Ce livre est par conséquent « indispensable pour ceux qui guérissent et qui sont dans le cas « d’être guéris de ces maladies et utile enfin aux médecins de tous

délivre le remède antivénérien végétal du sieur Agi- FronY (1).

C'est dans le même temps qu’un grand seigneur, le duc de Bouillon, obtenait un privilège pour les sachets

destinés à détruire la vermine (pedicult pubis et autres

à parasites} ;

brevet (2).

sachets sans mercure, était:il dit dans le

Pendant tout le xvine siècle, les charlatans purent se donner libre carrière ; jamais temps. ne fut plus propice à leurs exploits.

« les ordres. » Cf. GouLin, Mémoires littéraires et critiques pour servir à l’histoire de la médecine, 1775, p. 255.

(1) Dans l'Etat de médecine pour 1776 (p. 214 et suiv.), nous relevons cette annonce :

Secrets autorisés par lettres patentes et privilège du Roi,

AGIRONY, botaniste, rue du Four-Saint-Honoré, vend son remède.

anti-vénérien végétal, et son baume sudorifique pour les fluxions.

de la tête, par Lettres patentes du 21 juin 1769, enregistrées au

Parlement, le 9 juillet 1770, pour quinze années consécutives. IL

dônne un petit livre avec ce titre : Des bons effets. du remède végétal, in-12, 41 p. S. d.

(2) Locke, Voyage & Paris.

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Deux d'entre eux surtout méritent plus qu’une brève mention, car leur nom se trouve lié À l’histoire même de la société galante de cette époque.

L'un est le sieur Keyser, dont Louis XV avait acheté le ‘secret, pouren faire profiter ses sujets (1). Le sieur Keyser vaut la peine.qu'on vous le présente.

« C'était, dit un mémorialiste (2), un empirique fameux par ses dragées antivénériennes. M. le le maréchal de Biron (3) l'avait mis fort en vogue, par d'expérience qu'il

(1) En 1786, le maréchal de Ségur avertit qu’on trouvera à l'avenir et par ordre du Roi, « des dragées antivénériennes du sieur Keyser, chez le sieur Yvrié, chargé d’en faire la distribution. » Dans une autre circonstance, le roi ordonne que la composition du remède de M. l’abbé Quiret « pour guérir la galle » et la manière de l’administrer, sera imprimée et envoyée au prieur de la Charité de Grenoble.

Enfin, en 1788, c’est M. le comte de Brienne lui-même qui avertit M. de Ia Bove, « que le sieur M1TTtIÉ, docteur régent de la Faculté de Paris, a découvert un remède antivénérien, uniquement composé de végétaux, et dont il a déjà fait l'expérience par ordre du gouverneur, en 1782, dans le dépôt de mendicité de Saint-Denis. Sa Majesté a ordonné qu’il fût fait une nouvelle épreuve du remède dans l’hôpital militaire de Grenoble sur les soldats vénériens de cette place ». Le Père Elisée était alors le chirurgien-major de l'hôpital de Grenoble (Cf. la Médecine à Grenoble, par le D' Bor- DIER, P. 146).

(2) Mémoires secrets de Bachaumont, t. III (édit. Ravenel), p. 382).

3) Le maréchal de Biron avait créé un hôpital spécial pour son régiment .des gardes françaises ; cet hôpital était situé rue des “Bourguigonons, au faubourg Saint-Marceau.

« Ce seigneur, voyant périr d’un mal funeste un grand nombre de soldats de son régiment, quoiqu’on les eût traités suivant la méthode des frictions mercurielles, a cru devoir, depuis cinq ans,

avait fait faire de son remède en faveur des soldats de son régiment, dont le grand nombre est souvent infecté des suite du libertinage et de la débauche.

« Il était devenu l’Esculape de cette troupe, etil y avait des hôpitaux établis, dont il avait l'administration et où il exerçait ses cures. La Faculté de Médecine, toujours opposée aux curations qui ne s’exercent pas suivant ses principes, avait beaucoup de ses membres adversaires du sieur Keyser ; en sorte que l'utilité de son remède n’était pas sans beaucoup de contradictions et devenait un problème très embarrassant pour ceux qui en auraient eu

besoin, malgré l'avantage apparent qu'il présentait et-les

facilités à s’en servir, ainsi que le coût très médiocre dont :

il était. »

Keyser (1) avait donné ses soins à des clients de marque ; ilen est au moins un sur lequel nous possédons,

par un heureux concours de circonstances (2), des informatiôns précises.

les confier aux soins du sieur Keyser, dont le spécifique antivénérien était dès lors fort accrédité. Les lumières, l’expérience et la probité du sieur Keyser paroissent avoir justifié la confiance dont M. le maréchal de Biron a bien voulu l’honorer. Le sieur Keyser demeure près le Pont Rouge, rue et isle Saint-Louis. » JÈzE, Etat ou tableau de la Ville de Paris, p. 8 (cité par Alf. FRANKLIN, Les médicaments ; Plon, éd.).

(1) Dans l’Etai de médecine, pour 1776, nous relevons : « Veuve

Keyser, Isle S. Louis, vend les dragées antivénériennes ; on sait que M. Richard a publié la recette par ordre du Roi, dans le second

- volume de ses observations, M. Thion de la Chaume d’après lui et M. Le Fébure de Saint-Ildephont, dans sa biographie. »

(2) Grâce à l’opportune publication du livre de M. Caron, les

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