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LES LIVRES DE MÉDECINE QUE LISAIENT NOS ROIS ET LEURS FAVORITES

L'amour des livres est-il une passion exclusive : n’estce pas plutôt un plaisir de dilettante, que sentent ceux-là seuls pour qui cette jouissance prime toutes les autres d'ordre moins relevé )

Dieu nous garde d’envier ces doux maniaques, qui se

mettent en quête de l’édition « originale », toute souillée

- demaculatures, imprimée sur vulgaire papier à chandelle,

de préférence aux livres, beaucoup plus modernes, dont le papier, à grandes marges, et le caractère, largement et

nettement gravé, reposent l’œil, en même temps qu'ils

flattent le gout,

Nous ne prendrions pas nes souci de ces ouvrages « habillés dans une belle robe de maroquin noir, couverte d’arabesques d’or », comme tel bibliophile

grand seigneur de notre connaissance se plaisait à les col-

lectionner. Nos visées sont moins ambitieuses, et nous nous trouvons pour satisfait, quand un livre évoque en

nous un souvenir, éclaire une physionomie, fixe un point

d'histoire, repaît, pour tout dire, notre curiosité toujours en éveil.

A cet égard, les livres qui ont figuré sur les. rayons d’une bibliothèque princière sont, pour qui sait les inter-

roger, pleins de confidences imprévues.

Voici, par exemple, un petit volume très utile, comme le titre l'annonce, « aux médecins et aux apothicaires ». Il traite à la fois de physique et de chimie et contient, en plus, maintes recettes de remèdes secrets (1). Une reine en fitsa lecture favorite; elle l’avait placé dans sa bibliothèque intime, une armoire à quatre vantaux, où elle renfermait ce qu'on pourrait appeler ses livres de chevet : la Consolation sur la mort du feu roy Henry, qui lui rappelait son époux défunt ; les Prophéties des Sibylles, dont se devait accommoder son esprit superstitieux.

Ce sont, en outre, des livres de géographie, de navigation, d'architecture, qui décèlent son appétit de savoir,

(1) Voici le titre exact du volume : THESAURUS EVONYMI Pur- LIATRE de remediis secretis Liber physicus, Medicus et partim etiam Chymicus, medicis et pharmacopolis præcipue necessarius. Lugduni apud Bad Arnolletum, 1555, in-16 (Nombreuses figures ; veau, mosaïque, tr. peinte, ciselée et dorée aux armes et chiffres de Catherine de Médicis.)

un traité manuscrit du jeu des échecs, qui délassent la reine du souci de la politique (x).

Catherine de Médicis aimait d'une façon générale Îles beaux livres (2) : c'était, du reste, un goût héréditaire (3). Elle était arrivée à réunir sur presque toutes les branches des connaïssances humaines ce qui avait paru à scn époque de plus intéressant. Cette collection célèbre, qui fait aujourd'hui partie de la Bibliothèque nationale com-. prenait sept cent soixante-seize numéros, inventoriés (4) sous des titres suivants : Théologie, Philosophie, Poésies, Rhétorique et Grammaire, Malhématiques, Histoire, Médecine (5), Droit, et subdivisés chacun en livres grecs, latins

(1) Cf. Inventaire de Catherine de Afédicis, par Edm. BONNAFFÉ.

(2) Sur quelques reliures de Catherine de Médicis, voir Gazetle des Beaux-Arts, XV, 128. |

(3) Lors de son mariage, en 1533, elle avait apporté en dot à Henri II les manuscrits de la célèbre bibliothèque de Laurent de Médicis. Elle ne s’en tint pas là : un Italien de sa famille, le maréchal Strozzi, qui possédait une très riche collection de divres, formée en partie de celle du cardinal Ridolphe, neveu de Léon X, étant passé au service de la France, elle attendit sa mort pour s'emparer de sa bibliothèque, qu’elle fit semblant d'acheter et qu’elle oublia de payer (Les femmes bibliophiles, par QUENTIN- BAUCHART.)

(4) L’inventaire, dressé en 1589 par les commissaires de la Chambre des comptes, peu de temps après la mort de Catherine, contenait 776 articles, estimés 16.200 livres ; les ouvrages de méde- . cine étaient répartis de la manière suivante :

LL MATTER FAI EPP NE de dure D OR LL ee 0 ds Aa

(5) La Bibliothèque Mazarine possède, aux armes de Catherine,

et hébreux. Elle avait acquis, en outre, plusieurs manuscrits, dont certains de la plus grande rareté.

Dans la librairie (lisez la bibliothèque) de Catherine de Médicis, on ne relevait pas moins de cinquante-huit ouvrages de médecine grecque, onze de médecinelatine. Deux d’entre eux sont venus jusqu'à nous ; nous citerons seulement le livre suivant, dont nous avons retrouvé mention sur un catalogue : Histoire des hommes illustres de la maison de Médicis, dédiée à Catherine de Médicis, mère du roi de France, par Jean Nestor, médecin, orné de curieuses et jolies figures allégoriques et de gracieuses lettres initiales gravées sur bois.

Catherine, désolée d’une situation qui se prolongeait, cherchait dans des breuvages mystérieux le remède à la stérilité à laquelle elle semblait condamnée : « La séré- « nissime dauphine, écrivait lé Vénitien Matteo Dandolo, « (vers 1540), est d’une bonne complexion, sauf pour ce « qui regarde les qualités physiques propres à en faire une « femme à enfants (sic). Non seulement elle n’en a point « fait encore, mais je doute qu’elle soit jamais pour en « avoir, bien qu’elle ne manque point d'avaler toutes les « médecines capables d’aider la génération. »

un ouvrage intitulé. Pharmaceultices Libri Duo... Parisiis, apud Ægidium Gorbinum, 1571, ainsi décrit par M. Quentin-Bauchart :

« Pet. in-8, mar., noir, fil, semis de larmes sur les plats et sur le dos, chiffre K couronné dans les angles, armes peintes au milieu d’un riche cartouche en vélin blanc couvert d’arabesques et appliqué au milieu des plats, tr. dor. »

ï ; . On devine avec quelle hâte fébrile elle dut parcourir d'ouvrage, relatif à la matière qui tant la préoccupait, de - Guillaume Chrestien, « médecin ordinaire du Royet de Messieurs ses enfants », et dont la première partie, dédiée au roi Henri II, était intitulée : Le Livre de la génération ; la seconde, au dauphin : le Livre d'Hippocrate ; la troisième, les Mois des Femmes, adressé « à très illustre et très prudente dame, Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. »

< Dans la dédicace de ce dernier livre se trouve exposée tout au long l'explication de l'intimité qui unissait la reine Catherine de Médicis à Diane de Poitiers. « Une autre plus expresse raison, Madame, écrivait — Chrestien, m'induit à vous adresser ce fructueux livre : c'est la grande sollicitude que vous avez toujours eue, et | avez de jour en jour plus grande, de conserver la santé et bonne disposition du Roy et de la Reyne, quand ils sont — sains, et de la leur faire diligemment restituer et recouvrer, quand ils tombent quelquefois en maladie, comme vous fistes dernièrement à la dite dame {la Reine) qui, devant la prise de Metz, fut si grièvement malade à Join- . ville, que sans votre diligence et bonté d'esprit, elle estoit presque désespérée... pareillement à Sedan, tôt après la prise‘d'Ivoy, le Roy estant malade d’un flux dysentérique, là où la Royne et vous n’aviez cessé jour et nuict de procurer sa guérison. et vous avez toujours exercé telamour et pitié tant en eux, commeenvers Messeigneurs et Dames leurs enfants ; car non seulement avez eu soin de la con-

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