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132 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE ception et nativité d’iceulx, mais aussi à les faire duement nourrir par femmes nourrices vigoureuses.. et semblablement à les faire instruire et enseigner par bons et doctes précepteurs, tant en vertu comme en l'amour de Dieu. »
Les mœurs bourgeoises de notre siècle s’accommoderaient mal de cette alliance des deux souveraines, celle de la main droite, et celle non moïns puissante de la main gauche, unissant leurs efforts pour assurer le bonheur de leur Roï. Mais en ce temps on ne songeait pas à trop s'en étonner : la belle Agnès Sorel n’avait-elle pas été pracurée à Charles VII par la reine Marie d'Anjou?
Ce n’est plus aujourd'hui un mystère que l'épouse de
Henri IT entretenait avec Diane de Poitiers les plus affectueuses relations. L'ancienne maîtresse de Henri If, en abdiquant les privilèges de la jeunesse, avait bravement accepté ceux de la femme qui se sent vieillir. Sur la fin de sa vie, elle était devenue à la fois garde-malade, pourvoyeuse de médecins et de nourrices, et cela chez la reine (la légitime épouse n'’alla-t-elle pas faire ses relevailles chez la concubine ?), qui ne refusait ses soins ni à ellemême, ni à ses enfants,
Diane a pénétré si avant dans l'intimité de l’auguste couple qu’elle forme en quelque sorte le sommet du triangle conjugal et vient en compléter l'harmonie. Son action s'étend jusqu'à l’alcôve, dont elle s’est peu à peu constituée l'arbitre souveraine ; c’est par elle que le roi aime la reine ; c’est par elle qu'ilest tenu d'accomplir ses
LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE Frara
devoirs d’époux. Le soir elle le poussera vers cette couche où nul désir ne l’attire {1}. Obséquieuse jusqu’à la domesticité, la courtisane prodiguera à la reine ses services, en toute occasion, avec une sollicitude sans bornes.
La favorite assiste la reine dans ses accouchements : elle dicte le choix des nourrices ; elle prononce sur leur complexion et juge de la qualité de leur lait ; elle fixe l'époque du sevrage, remplace la nourrice devenue incapable de remplir son office. Elle est encore consultée, quand se déclare une épidémie contagieuse et que les enfants royaux peuvent courir quelque risque ; alors elle indique une résidence plus salubre, plus favorable pour la santé des jeunes princes. Elle ne se contente pas de prévenir les médecins, elle envoie elle-même chercher les
médicaments.
Comme la reine, la duchesse de Valentinois, dont Brantôme nous a laissé un si joli crayon, était une des grandes dames bibliophiles de son temps : elle faisait, par exemple, un choix singulier d'ouvrages (2) : il y a tel opuscule de notre ancêtre Thierry de Héry, qu'elle devait
(1) Lettres inédites de Diane de Poitiers, publiées par G. Guïrr- FREY, {ntroduction.
(2) Aïnsi le suivant : PALFYN Jean, Descriptions anatomiques des parties de la femme qui servent à la génération, avec un traîté des monstres. Aux armes du duc de Valentinois.
feuilleter sans témoins, car le titre, tout aû moins, en était quelque peu compromettant. C'est un exemplaire que possède la Bibliothèque nationale, sur peau vélin, avec les initiales peintes, le chiffre et les emblèmes de. Diane de Poitiers. Et le titre ! La méthode curatoire de la
maladie vénérienne, vulgairement appelée grosse vairolle,
et de la diversité de ses symptômes. Les « belles et hon-
: nestes dames » de notre temps mettraient quelque hésitation à accepter un pareil cadeau, mais la peu chaste Diane l’accueillit gracieusement et le mit en belle place
dans sa bibliothèque (1).
Elle devait, au reste, beaucoup s'intéresser à la méde-
cine, à en juger par le nombre d'ouvrages médicaux qu’on a retrouvés à son chiffre. Ainsi, la belle maîtresse de Henri II avait orné de ses croissants l’ouvrage technique dont suit le titre : La dissection des parties du corps humain, divisé en trois livres, avec les figures et déclaralions des incisions, composées par Estienne de la Rivière, chirurgien ; Paris, Simon de Colines, 1546, in-8. Ce magnifique ouvrage, relié en maroquin blanc, avec volutes et rinceaux en noir bordé d'argent, tranché d’or, présentait, dans les ornements de la reliure, le chiffre, les croissants entrelacés, les flèches, les carquois et les fleurs de lis, qui constituaient l'emblème de la célèbre favorite.
(1) Le volume, relié aux armes royales, a fait partie, cela n’est point douteux, de la Bibliothèque de Henri II, mais rien ne prouverait, au dire d’un bibliophile expert en ces matières, que ce prince en ait fait hommage à sa maîtresse.
La belle maîtresse de Henri IT avait également orné de ses croissants : La manière de traicter les playes faites tant par harquebuses que par flèches, d'Amb. Paré (1551), avec dédicace à Henri II. Le chiffre du roi, entrelacé à celui de Diane, orne le frontispice, peint en or et en cou-
leurs, surmonté de trois croissants.
À cette époque, une dame, même du meilleur ton, ne se formalisait pas de recevoir l'hommage d’un livre un peu... scabreux. Laurent Joubert, médecin de Henri I, chancelier de l'Université de Montpellier, etc., ne dédiaitil pas son Traité des Erreurs populaires, « traitant la médecine et le régime de santé », à « très haute, très excellente et studieuse princesse Marguerite de France, très illustre Royne de Navarre, fille, sœur et femme de Roys » ? Le médecin, pour se justifier de sa hardiesse, écrit (1) que, s'il s'adresse à la princesse, c’est qu’elle a « le jugement exquis, l’honneste curiosité, le désir studieux de savoir toutes choses » ; et aussi le loisir « de
« vaquer à un tel passe-temps qui lui servira de grande
récréation quelques heures du jour ».
(1) Cette épître ne se trouve pas, il est vrai, dans toutes les éditions ; elle figure, en tout cas, dans l’édition de Rouen (1604).
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