LA FLAGELLATION ÀA'LA COUR ET A LA VILLE
. Un volume entier ne suffirait pas si l’on voulait rédiger ‘4 l’histoire complète de la flagellation. C’est une contribution à l'étude de cette manie singulière, plutôt qu’une * monographie du « Fouet et de ses applications », que - nous allons tenter d'écrire; ce nous sera un prétexte à | maintes anecdotes, maints détails pittoresques, dont nous 4 agrémenterons un récit qui risquerait, sans cet assaison- 27 nement, d’être dépourvu de sel.
4 - Les flagellations volontaires (1) étaient en usage à …. Rome, avant que la République y fût établie. Les maîtres 3 Qui enseiguaient dans les écoles romaines recouraient sou- ” ventà ce châtiment, et Horace conte quelque part qu’étant $ petit garçon, il avait reçu des coups de verge de son Ë . maître Orbilius, qui, dit-il, « aimait fort à battre » (on
Fi Ée (1) On trouve, dès l’an 508, dans une règle établie par saint À . Césaire, d’Arles, la flagellation édictée comme peine contre les reli- % gieux indociles. Plusieurs fondateurs en usèrent dans la suite, . mais il ne paraît pas qu’il y ait eu de flagellation volontaire avant : 1 le 11° siècle (Dictionnaire de la Conversalion).
à (2) Un savant membre de l’Institut, professeur au Collège de 4 France, M. Rossignol, a publié, en 1888, un livre intitulé : De l’édu-
Le premier exemple de flagellation publique que nous ayons vu rapporter par les auteurs, est celui dont parle Tertullien dans un de ses ouvrages. Il y avait à Lacédémone une fête fameuse, nommée le Jour des flagellations ; ce jour-là, tous les «jeunes garçons de qualité » étaient battus à coups de fouet, en présence de leurs parents et de leurs proches, qui les exhortaient à soutenir le plus qu'ils pouvaient « cette rude fatigue. » Les enfants, écrit à ce propos Plutarque, « sont fouettés une journée entière devant l'autel de Diane Orthie, souvent même jusqu’à la mort et ils l’'endurent avec joie ; ils disputent même entre eux de la victoire et celui qui souffre plus longtemps et
qui reçoit le plus de coups la remporte et acquiert ainsi
beaucoup d'honneur ».
Lucien, dans son dialogue des Exercices du corps, ajoute que les pères spartiates élevaient des statues à la mémoire de ceux de leurs enfants qui avaient expiré à la suite des coups qu'ils avaient reçus. C’est le même Lucien qui, dans l’histoire de la mort de Peregrinus, raconte que ce philosophe cynique « porté de son naturel aux plaisirs de l'amour », se fouettait et se faisait fouetter en public, au temps de l'empereur Trajan (1). « Environné, cation et de l'instruction des hommes et des femmes chez les anciens. I1 y rappelle que Platon constate l’usage fréquent des coups pour le redressement de la jeunesse et qu’Aristote enjoint de donner le fouet aux élèves dans certaines circonstances. I1 ajoute que cette
punition n’était pas infligée que jusqu’à l’adolescence et qu’elle se prolongeait bien au delà (Intermédiaire, 1889).
(4) L'abbé BorcrAw, Histoire des Flagellans, p: 60.
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écrit-il, d’une foule de peuple, il faisait un geste indécent, prétendant que c'était une action indifférente où il n'y avait point de mal. Il se donnait ensuite et recevait des coups de courroie sur le derrière et faisait plusieurs autres tours de jeunesse plus étranges que ceuxlà. » En somme, Peregrinus était ce que nous nommerions aujourd’hui un exhibitioniste.
Toutes les flagellatious publiques où les sexes sont confondus, appellent les mêmes réflexions. Le manteau de la religion, aussi bien de la religion chrétienne que de la religion païenne, n’a servi que trop souvent à couvrir de scandaleux abus. Qu'il s'agisse de la jéte d'Isis, célébrée chez les Egyptiens, des Lupercales en honneur chez les Romains, ou des fêtes des Innocents (1), qui ont
(1) Henri de Guise écrivait, vers l’an 1556, à sou père François, duc de Guise. « J’avons été en danger, car le jour des Innocens nous a fait belle peur ; car Mme Isabeau étoit venue pour nous donner les Innocens, mais j’élions déjà levé, et le duc de Bavière, qui est venu aussi pour nous les donner, a été bien étreillé ; et si, je les avons donné à M. de Lorraine dedans son lit, je ferons bon guet à l'avenir de peur des coups. »
Cet usage, écrit Dulaure, qui nous fait connaître ce fragment d’épître, se pratiquait encore, il n’y a pas longtemps, le premier mai et les jours suivants, dans la Lorraine Allemande. On allait ces
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DE L'HISTOIRE rempli le Moyen Age, il y a toujours au fond de toutes ces manifestations un but d’érotisme, d’excitation généne 4 sique, d'autant plus ardente qu’elle était plus dissimulée. Les hommes qui prenaient part aux Lupércales et qui, pour ce motif s’appelaient des Luperques, parcouraient les rues, tout nus, munis de fouets, dont ils frappaient les femmes, qui leur présentaient la paume des mains; 2: celles-ci s'imaginaient, par une sotte superstition, que les : coups donnés sur la paume de la main.., ou sur le ventre, | les rendaient fertiles ou leur procuraient un heureux accouchement (1). On suppose à quels excès devaient se livrer les acteurs de ces scènes d'orgie, |
Dans les premiers siècles du christianisme, écrit Du-
laure, les prélats fouettaient les pénitents pour les récon- F cilier avec l'Eglise. Lorsque, vers la fin du xn° siècle, la : confession fut généralement établie parmi les chrétiens, 4 les confesseurs fouettèrent eux-mêmes leurs pénitents et pénitentes qui, pour cetteexécution, se plaçaient dans un : lieu secret de l'Eglise. £ co Saint Louis, roi de France, se laissait fouetter très ru- | dement par ses confesseurs. On voyait jadis, sur un des
vitraux de l'église Saint-Denis, le saint roi (2), les épaules
jours-là, de grand matin, chez ses voisins. Ceux ou celles qui se
trouvaient endormis étaient impitoyablement fouettés avec des ne orties. L’on assure que le même usage existe encore en Piémont e (CÏ. DULAURE, Des Divinités génératrices). r
(1) JUVÉNAL. Satire II.
s si (2) La discipline dont saint Louis se servait. et qui était tou-