ALT
nues, un. genou en re et ee mains jointes, devant un dominicain qui tenait un fouet à la main.
“: = Telle était la posture dans laquelle Les moînes de Cîteaux se présentaient anciennementdevant leur confesseur, Peut- Préire est-ce de ces religieux que saint Louis avait em- É prunté cette pratique, à laquelle il demeura attaché. On sé présentait aussi à confesse À à Cluny le dos découvert. + 2 Geux qui élaient excommuniés, pour obtenir leur absolution étaient fouettés publiquement; et souvent on | les forçait de suivre {out nus, les processions, et de ; porter à la main on pendu au cou, l'instrument de > leur supplice. M É Quelquefois le patient ou la patiente, entiérement nus, recevait le fouet pendant tout le cours de la procession. Il ne s'en faisait guère qui ne fût accompagnée de - quelques individus de l'un ou l'autre sexe, le corps “ entièrement découvert et rougi par les coups de fouet. Cet usage barbare et indécent se conserva jusqu'au
a Lave siècle (1).
Pendant longtemps, dans les couvents de moines, on : ne se servit de la flagellation qu'à l'égard de ceux qui
avaient commis quelque acte blämable.
. jours renfermée dans un cofïre d'ivoire, a longtemps été conservée à l’abbaye du Lys (DuLaAURE, Hist. de Paris, t. TI). (1) DuraurE, Des Divinitès génératrices.
RU À Ds RS ae # AT Pi lutte AUE È RE DE 4 à À [A re x ER = à # Ç STAR à ee JE % SRE YS # # 4 Ge TRS :
3 ?. ñ t . . Ce
Dans la Règle de saint Benoît, ce prélat indique le fouet comme châtiment des religieux qui se sont rendus coupables de larcin, « de même que ceux qui se souillent du vice de la fornication », |
Saint Colomban, qui a complété sur quelques points la règle de saint Benoît, spécifie que, pour certaines fautes, six coups de fouet suffisent, tandis que d’autres plus oraves doivent être punies par deux cents coups : « Que célui, dit-il, qui parle familiérement en tête à tête avec une femme sans qu'il y ait certaines personnes présentes, demeure sans manger, ou bien qu’on le condamne au pain et à l’eau pendant deux jours, ou à recevoir deux cents coups de fouet {1}. »
Dans une autre règle religieuse, il est dit que, « si un moine recherche la compagnie des garçons et des jeunes hommes et qu'il soit surpris à vouloir donner un baiser ou à faire quelque autre action sale et impudique, qu'on le fouette en public, après que le crime sera bien vérifié par des témoins irréprochables. » Si le coupable s'opiniätre, qu’on le châtie plus sévèrement et qu’on redouble les coups de fouet.
Le théologien Claude Despence a rapporté, dans son livre Sur la continence, que saint Edmond, qui fut archevêque de Cantorbéry, étudiant à Paris et sollicité par une fille de mœurs faciles à «commettre fornication avecelle »,
la fit venir dans son cabinet et qu'après l'avoir mise toute
(1) L’abbé BoiLEA, loc. cit.
nue, 11 Ia fouetta si vivement à coups de verges, qu’il lui
meurtrit tout le corps.
Saint Bernardin de Sienne, en agit de même envers la femme d'un citoyen de cette ville. Un jour que Bernardin sortit pour aller acheter du pain, la femme d'un Siennois l’appela dans sa maison. Lorsqu'il ÿ fut entré, elle
-ferma la porte et lui dit que s’il ne voulail pas lui accor-
der sa demande, elle le couvrirait de honte et publierait
qu'il avaït eu le dessein de la violer. Bernardin, réduit
à cette fâcheuse extrémité, pria Dieu de toute son âme
qu'il ne l'abandonnât pas dans un si pressant besoin : car
il avait le crime en horreur, Dieu ne rejeta pas sa prière et
il lui suggéra de dire à la femme qu'il se soumettrait À sa
volonté, pourvu qu’elle se mît tou e nue. La femme ne tarda pas d’obéir à cet ordre, ni lui de tirer d’abord son fouet, dont il ne discontinua pas de la battre, qu’il n’eût éteint par ses coups l'idée de la convoitise. Elle en aima davantage ce saint homme dans la suite: et son mari
. même, lorsqu'il apprit cette action, eut plus d’estime et
de respect pour lui (1).
Hadvint pareille aventure à un frère capucin, qui mourut en 1564, dans l'ile de Corse, Au cours de ses pérégrinations, il trouve un Jour asile dans un château du Piémont ; tandis qu’il reposait tranquillement dans sa chambre, se présente à lui « une jeune fille, très belle et
denaissance noble», toute déshabillée, et quis’approche du
(1) Sirius, cité par BorLEAU, pp. 183-184.
INDISCR
462 ‘zrs.
petit lit où il dormait, « pour le solliciter au plaisir de la chair ». Mais le bon moine, armé d’un fouet de cordelettés d'Espagne bien nouées, lui en administra une série de coups sur les épaules, sur les fesses et sur les cuisses, jusqu’à tant qu'il Peût mise tout en sang. L'histoire ne dit pas s’il n’obtint pas un résultat tout différent de celui qu'il espérait.
Tout le monde connaît l'aventure de ce mari jaloux, qui avait suivi sa femme à confesse et qui ne la vit pas plus tôtconduire par le prêtre derrière l'autel pour y recevoir le fouet, qu'il s’écria : «Oh! Monsieur, elle est si délicate ! permettez queje reçoive la discipline pour elle. » Là-dessus, il se mit À genoux et sa femme de dire au prêtre : « Monsieur, frappez fort, car je suis une bien
grande pécheresse. »
Nous n'avons jusqu’à présent parlé que d’une manière incidente des flagellations collectives ; de cette espèce de « folie des foules », qui poussait des personnes, peut-être individuellement raisonnables, mais que la contagion épidémique gagnait, à parcourir les rues dans un état de nudité presque complète et à se frapper le corps avec les lanières de leurs fouets.
C'est vers 1260 qu'on vit pour la première fois surgir
ceux que l’histoire a nommés Les Flagellants.
La secte des Flagellants fit son apparition d’abord à Pérouse, ensuite à Rome, et gagna bientôt toute l'Italie.
Nobles et roturiers, jeunes et vieux, et les enfants même de cinq ans s’en allaient par les rues des villes, tout nus, . à la réserve des parties naturelles qu'ils couvraient, et, sans avoir aucune honte, marchaient ainsi deux à deux -<n procession ; chacun avait son fouet de courroies à la main et se fustigeait les épaules jusqu’à ce que le sang en sortit ; ils poussaient des plaintes et des soupirs et versaient des torrents de larmes... Ils ne se contentaient pas d'aller ainsi de jour, mais de nuit, avec cierges allumés et au milieu du plus grand froid de l'hiver. Il y en avait des centaines, des mille et des dix mille qui, avec des prêtres à leur tête, portant des croix et des étendards, couraient par les villes et par les églises et se prosternaient avec humilité devant les autels... Il n'y eut pas jusqu'aux femmes qui ne suivissent celte dévotion extraordinaire : non seulement celles du commun, mais de nobles matrones et des vierges délicates se donnaient avec modestie la discipline dans leurs chambres... (1).
Un siècle plus tard (vers 1300), la secte reparut en Allemagne et recrula de nombreux adhérents (2). Le
(1) Chronique imprimée chez Wechelius, en 1585 ; cité dans l'Histoire des Flagellans, p. 241 et suiv.
(2) La Chronique flamande, imprimée à Anvers en 1565, raconte que, « le soir du Jeudi Saint, les flagellants alloient par les rues de Bruxelles, savoir Espagnols et Italiens, au nombre de cent cinquante qui se flagelloient avec des cordes, au bout desquelles il y avoit des estoiles d’argent, et l’on voyoit le sang couler dans les
célèbre Président au Parlement de Paris, Jacques de Thou, nous apprend qu’elle se renouvela encore vers 1 7h et il ne craint pas d'attribuer aux flagellants la mort de Charles, Cardinal de Lorraine (1). 11 nous informe également que Henri III, roi de France, et même le Pape favorisaient ces énergumènes.
En dépit des sages avis du président du Parlement de Paris, du président à la Chambre des Enquêtes et d’autres grands personnages, le roi Henri I permit aux différentes sociétés de Flagellants de s'établir. Bien plus, il tint à honneur d'assister, avec le chancelier Birague et le garde des sceaux Cheverny, à la première procession de ces pénitents fouetteurs qui se fit à Paris.
Gette procession fastueuse eut lieu le 25 mars, fête du saint patron que les pénitents s'étaient choisi. Les régles de l'Ordre étaient identiques à celles des autres confréries de flagellants, et avaient été ratifiées par le Pape. La procession, partie du couvent des Augustins, se dirigea vers l’église Notre-Dame. Le roi ne portait aucun signe de sa
rues ». Les Espagnols, pour plaire à leurs maîtresses, redoublaient ” à leur vue la vigueur de leurs coups, et, par une sorte de galanterie sauvage, fort à la mode au pays où fleurissait le Saint-Office, ils ensanglantaient dévotement le seuil du logis qui abritait leurs amours (MÉRAY, La vie au temps des Libres Précheurs, t. IL.)
(4) « Il en coûta la vie, écrit de Thou, à Charles, cardinal de Lorraine ; surpris par la froidure du soir, il tomba dans une fièvre chaude, accompagnée de-violents maux de tête et même de délire, et enfin, accablé d’insomnie, il mourut deux jours avant Noël. » DE Trou, Histoire, t. IIL
dignité ; le garde du grand sceau et d’autres personnages illustres étaient présents. Le cardinal de Guise portait la croix: le duc de Mayenne remplissait les fonctions de maître des cérémonies, et Auger et du Peynat l’assistaient en qualité de lieutenants.
Le temps, en cette occasion, était loin d’être propice ; la pluie ne cessa de tomber à torrents pendant tout le temps de la cérémonie. La procession fut répétée à plu- . Sieurs reprises, et, en une certaine occasion, ses membres s'étant rendus à l’église à la lueur des torches, les favoris du roi, racontent les chroniques du temps, se flagellèrent avec tant d'acharnement que l’un d'eux en mourut. Mais on ne sut pas si c'était par l'effet de la fustigation ou pour s'être exposé aù froid ; probablement les deux causes - y étaient pour quelque chose.
Les Parisiens continuèrent à plaisanter, tandis que les membres les plus austères du clergé tonnaient, du haut. de la chaire, contre cette profanation éhontée de ce qui était noble et saint, et insinuèrent que les Pénitents Blancs méritaient d’être fouettés tout autrement (r).
. Plus tard, Henri IIT reprit cette pratique avec encore plus de vigueur, maïs ses ennemis tirérent de cette manie du roi un grand parti au point de vue politique, et, par la suite, ce monarque perdit beaucoup de la confiance
qu'il avait placée dans la vertu de cette institution.
(1) Etude sur la Flagellation aux points de vue médical et historique, par CH. CARRINGTON.
er
Crillon, qui Corinne ta garde du roi, fit fouetter Ex de la facon la plus violente, dans une procession, Joyeuse, le favori du souverain ; celui-ci fut obligé de calmer l'indignation de son mignon le mieux qu'il put, sans oser, cependant, punir le flagellant. |
Après la mort des Guise, cette folie reprit de plus belle. Les processions de pénitence furent renouvelées et, cette fois, des femmes et des jeunes filles, nues jusqu'à la chemise, y participèrent en tenant des fouets à la main. Les dames de la noblesse se montrèrent également à la populace à demi nues, s'administrant le fouet, pour
encourager les autres par leur exemple.
De même que les processions de Flagellants, la fête : des Innocenis, pendant laquelle le roi Louis XI, de superstitieuse mémoire, ne voulait point entendre parler d'affaires, était l'occasion d'assez grossières plaisanteries. Presque partout on allait, ce jour-là-surprendre les paresseux dans leur lit, et on leur donnnait le fouet. Cette cérémonie s'appelait baller les innocens, donner les innocens, en un mot, innocenter : cette dernière façon de parler est employée par Rabelais, dans le cinquième livre des
‘ faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel.
On poursuivait les gens jusque dans les rues, pour f
EE
__ donner cette correction, qui était particulièrement admi ; nistrée aux servantes et aux chambrières, surtout lorsqu'elles étaient jeunes et jolies, correction qui ne put empêcher, nous disent les Escraignes dijonnaises du seigneur des Accords, la précaution, prise par l’une d'elles, de coudre sur sa chemise, vers le lieu exposé, l’écusson des armoiries royales, qu'elle pensait lui servir de sauvegarde (1). SRE Les curieux pourront consulter sur ce sujet la quarantecinquième nouvelle de la reine Marguerite de Navarre, où cette bonne princesse explique comment un tapissier de Tours « donna les innocents » à sa servante, et se livra … À cet exercice sur l'herbe verte et sur la neige. On pense . bien que l'amour dut mettre à profit ce temps de liberté De grande (2). | | | + Dans l’Alphabet de l'auteur français, qui se trouve à la fin des OŒuvres de Rabelais, il est fait mention d’un seigneur du Ridan, surnommé le fouelteur, qui, ayant (1) Les détails qui vont suivre sont empruntés à un ouvrage qui atteste une rare érudition, dû à la plume de Benjamin Fillon, et
qui porte ce titre, en apparence peu engageant : Monnaies des … évêques, papes, etc.
(2) « Vous savez que l’on a à Dijon cette peute coutume de fouetter les filles, le jour des Innocents : laquelle est entretenue — par les braves amoureux, pour avoir occasion de donner quelque LÉ chose en estraines à leurs amoureuses, et cependant avoir ce qu’ils TX estiment à grand contentement, voir le cul des pauvres filles, et à: quelque chose de mal-joint auprès. » (Livre Ie' des Escraignes, —.SXVIIIet $ XIX). On voit, par ce qui suit, qu’on commençait … dès la veille des Innocents et que l’on continuait tout le jour jusqu’au soir.
168 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOARE récemment quitté une dame d'Anjou, qu'il aimait, revint de plus de vingt Kieues pour la fouetter le jour des Innocens. C'est à cet usage que Clément Marot fait allusion. dans l’'épigramme souvent ettée :
Très chère sœur, si je seavois où couche
Vostre personne, au jour des Innocens,
De bon matin j'irois à vostre couche
Voir ce gent corps que. j'aime entre eingq cens :
Adonc ma main (veu l’ardeur que je sens)
Ne se pourroit bonnement contenter
Sans vous toucher, tenir, taster, tenter.
Et si quelqu'un survenoit d'advanture,
Semblant ferois de vous innocenter :
Serotit-ce pas honnestle eouverture ?
La coutume de donner les innocents n’est pas un de ces usages isolés qui ne puisse être comparé à aucun autre. Dans diverses villes, les chanoines, les ecclésiastiques et quelquefois les séculiers étaient, à certains jours de l’année, pris le matin dans leur lit et dans un état complet de nudité, conduits par les rues, dans les églises, jusque sur l'autel, où on les arrosait d’eau. Cela avait lieu, aux xrve et xve siècles, au Puy-en-Velay, à Nevers, à Nantes, à Angers.
Des indécences du même genre, bien dignes de la grossièreté de nos ancêtres, avaient aussi trouvé leur place parmi les folies que les ecclésiastiques (1) se permet-
(1) Le Père Labat, dans son Voyage en Espagne et en ltalie, décrit une cérémonie de ce genre, dont il fut témoin à Civita- Vecchia : |
« J’avois été averti, dit-il, que malgré les défenses, il devait se