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LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE taient le jour des Innocents, Ils allaient jusqu'à promener par la ville et exposer sur des théâtres des hommes enlièrement nus. C’est Là un détail nouveau ajouté par Louis, archevêque de Sens, dans ses statuts de l’année 14/5, aux turpitudes reprochées au clergé dans le décret de la Faculté de théologie de l’année précédente, décret qu'il reproduit d’ailleurs presque dans les mêmes termes.
Voici le passage où il en fait mention, et que je n'ai
. pas voulu traduire, ne forsan offendam pias aures, pour
parler comme Guillaume Pépin : « Ils excitent, dit-il, la colère divine, per totam Ecclesiam, liguriendo, saltando, turpuudinem suam non erubescendo nudos homines sine verendorum tegmine inverecundi ducendo per villam ;
theatra, in curribus el vehiculis sordidis ad infamia spec-
trouver des saints Jérôêmes. On ‘appelle ainsi certains pénitents qui, pour représenter ce grand docteur de l'Eglise, n’ont sur eux qu’un linge attaché à une ceinture recouvrant à peine les parties antérieures et postérieures. Ils tiennent une grosse pelote de cire remplie de morceaux de verre, dont ils se frappent l'estomac, les bras, les cuisses et le gras des jambes, avec grande effusion de sang, qui les fait ressembler à des gens écorchés.. J’en vis un de loin, et j'avais donné l’ordre au barigel de s’en saisir ; mais il se trouva vêtu d’un ” caleçon : c'était n’être pas nud et n’être pas compris dans le décret. Il y avoit là des pénitents plus que je n’en avois encore vu ; d’autres, outre la flagellation, avoient à chaque jambe de grosses chaînes de forçats, qu'ils traînoient à peine, et ne laissoient pas de s’écorcher le dos. Il y avoit des confrères portant des têtes de mort, qu’ils regardoient attentivement, et se donnoient de temps - en temps de grands coups de poing dans l’estomac. Tous avoient des couronnes d’épines, aux dépens des hayes qui entourent les vignes et les jardins qui en souffrirent beaucoup, et les proprié-
taires encore plus. » MÉRAY, loc. ci
tacula pro risu astantium et concurrentium se transferando, turpes gesticulationes sui corporis faciendo, verba impudicissima atque scurrilia proferendo et multas alias abominationes, quarum pudet reminisci, fasciendo (1).
Le latin dans les mots bravant l’'honnéteté, besoin sera peut-être d'y recourir par la suite, quand nous aurons à traîter de la flagellation comme excitant génésique. Mais en attendant d'entamer ce chapitre et pour distraire un instant l'attention du lecteur de ces turpitudes, nous allons aborder le sujet du fouet dans l'Histoire, en commençant — à tout seigneur tout honneur — par les princes et les souverains.
Pour ne point nous perdre dans d’inutiles digressions, nous ne remonterons pas au delà du règne de Louis XII, le Père du Peuple. : | |
Le brave sénateur Rœderer a composé une « comédie historique », en trois actes et en prose, intitulée : Le fouet de nos pères ou l'éducation de Louis XII, qui a été imprimée plusieurs fois et qui fut même jouée, croyonsnous, sur le théâtre de la société, que l’auteur avait Organisé à son château de Boisroussel, près Essai (Orne),
(1) Gallia christiana, t. XII, col. 96.
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vers 1825, Toute la pièce roule sur une anecdote historique peu connue. Le jeune prince ne voulait souffrir, de la part de ses instituteurs, ni correction, ni réprimande. « Si sa mère ordonnait qu’on le châtiât, celui de ses officiers qu'elle chargeait de cette dangereuse besogne était obligé de se masquer et de se déguiser, si bien qu'il ne püt être soupçonné. » Dans certaines cours, on élevait auprès du prince royal un menin ou camarade, chargé de recevoir le fouet à la place du prince, quand celui-ci l'avait mérité (x).
Jehanne d’Albret venait d’atteindre ses dix-sept ans; elle était en âge de se marier. Ses parents lui annoncèrent qu'ils l'avaient destinée au duc de Clèves. Mais il ne se trouva pas du goût de celle-ci, qui n’en voulut point et le déclara nettement. Elle avait bien raison, car c'était un être assez nul de toutes les façons. Mais cette raison parut insuffisante aux auteurs de ses jours, qui lui firent répondre, par sa gouvernante, la baïllive de Caen, que si elle n'y consentait point, elle serait {ant fessée et mal- | trailée qu'on l’en ferait mourir (2).
(1) {ntlermédiaire, 1889, p. 256.
… (2) GÉNIN, Nouvelles Lettres de la Reine de Navarre (Renouard, D 1812).
La pauvre princesse eut beau protester, « par devant notaires », contre la violence qui lui était faite, il fallut bien en prendre son parti. Elle en fut, toutefois, quitte pour la peur ; les intérêts des princes sont variables comme leurs caprices : François [er, qui avait été le promoteur de ce mariage, consentit à ce que sa sœur épousât Antoine de Bourbon, et Jehanne s’exécuta sans se faire prier (1). |
L'histoire rapporte un autre épisode, qui met en cause le roi Henri II d'Angleterre. « Quels vils fainéants, s'était écrié un jour le prince, quels poltrons ai-je élevés à ma cour, qui se soucient si peu de fidélité que pas un ne me délivrera de ce prêtre de bas étage ! » Ce qu’entendant, des courtisans pensèérent que leur roi désirait la mort de Thomas Becket, archevêque de Canterbury. Peu après, l'archevêque était assassiné, et quoique le roi exprimât une grande douleur à ce sujet, l'Eglise ne voulut pas lui accorder l’absolution, qu’il n’eût soumis son dos à la discipline. La pénitence fut accomplie à la cathédrale de Canterbury. Le roi, s'étant agenouillé devant le tombeau de Thomas Becket, se dévêtit de la lourde cape jetée sur. ses épaules ; puis, tenant la chemise de laine pour cacher la chair, pourtant Visible sous sa-peau, il mit sa tête et ses épaules au-dessus du tombeau, et, en cette position, reçut cinq coups de chaque évêque et abbé présentis, commençant avec Jaliot, qui se tenait là avec le :
(1) Intermédiaire, 1889.
« balai », ou verge monastique à
la main, — et trois
coups de chacun des 80 moines (x).
Henri IV (2) eut également à se soumettre À une correction de l'Eglise, avant de recevoir l’absolution d’une sentence d’excommunication et d’hérésie qui avait été
prononcée contre lui. Mais ce prince entendit que la sen-
tence serait exéculée « par procuration » ; ce furent
MM. d'Ossat et du Perron qui le remplacèrent et furent
plus tard, sans doute en raison de ce sacrifice méritoire
élevés à La dignité de cardinaux. La correction fut admi-
nistrée par les mains de Sa Sainteté le Pape, pendant que le chœur entonnait le Miserere, et, s’il faut en croire plu-
Tee : A °. PT A , 4 vs sieurs rapports, elle paraît avoir été d'un caractère très bénin, ne ressemblant en rien aux « castigations » infligées à des personnages d’un rang moins élevé.
C'est parce que nl IV avait reçu personnellement
| la fessée, qu’ il en avait une sainte peur. Catherine de
(1) Etude sur la Flagellation aux points de vue historique et médical. Paris, Carrington, éditeur, 1899.
(2) « Si Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, par-
| Jait l'italien et l'espagnol, « aussi disertement comme si elle avait
esté née, nourrie et eslevée toute sa vie en Italie et en Espagne, c’est qu’elle avait été moult fouettée dans son enfance ». BRAN-
. TÔME, t. VII, p. 75.
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Médicis, infatuée de l'astrologie judiciaire, l'avait conduit
un jour, avec ses propres enfants, à Salon, chez Michel .Nostradamus, pour tirer l'horoscope des petits princes.
L'astrologue exigea qu’on lui présentät le petit Béarnais tout nu ; mais celui-ci s'y opposa de toutes ses forces, croyant qu'il allait être fouetté par le vieillard dont la longue barbe l’effrayait : ce qui semblerait prouver que ce genre de correction était assez en usage dans la maison paternelle. Cependant il finit par s’y décider, quitta ses vêtements et le grave prophète, après l'avoir bien examiné, annonça, dit-on, qu'il serait un jour Roi de France, mais après bien des:traverses.
Cela noûs paraît bien peu probable ; le rusé vieillard se serait bien gardé de faire une telle prédiction en présence de Catherine de Médicis (x).
Ce que le Vert-Galant avait malaisément supporté étant enfant, il éprouva comme une joie à l’infliger à autrui plus tard ; l'histoire rapportée par Sully dans ses Mémoires (2), est bien dans les mœurs du temps. Henri [V, chassant du côté de Grosbois, se déroba de sa compagnie, comme il faisait souvent, et vint seul à Créteil, qui est une lieue par delà le pont de Charenton, sur l'heure de
midi et affamé comme un chasseur.
(1) Cette anecdote est rapportée, sans cette dernière réflexion, dans la Galerie du xvre siècle (t. II, p. 236), par MAYER, qui a bien tort d’attribuer à Michel Nostradamus la Chronique de Provence, qui est de César son neveu. (Le livre des Singularités, par PEI-
- GNOT, D. 215, n. Î).
C2) :T IN Ds 288;
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SAS Pos 2 - EP ;
« Il entra dans l'hôtellerie, et demanda à l'hôtesse si elle avoit quelque chose à lui donner à diner. Elle répondit que non, et qu'il étoit venu trop tard. Elle ne le prenoit que pour un simple gentilhomme, Henri lui demanda pour qui donc étoit une broche de rôti qu'il voyoit au feu. L'hôtesse lui dit que c'étoit pour des messieurs qui étoient en haut, et qu'elle croyoit être des procureurs. Le roi les envoya prier fort civilement de lui céder un morceau de ce rôt pour de l'argent, ou de lui donner place au bout de leur table, en payant son écot, ce qu'ils refusèrent.
« Henri IV envoya chercher secrètement Vitry et huit ou dix autres de sa troupe, auxquels il dit de prendre ces procureurs, de les mener à Grosbois, et de les bien fouetler, pour leur apprendre à être une autre fois plus civils avec les gentilshommes. » Ce que le dit sieur de Vitry exécuta fort bien, et promptement, dit l’auteur, nonobstant toutes les raisons, prières, supplications, remontrances et con-
tredits de messieurs les procureurs.
Le bon roi Henri, ce tendre père que l'ambassadeur du roi d'Espagne surprenait se traînant à quatre pattes et servant de dada au petit dauphin, n'entendait pas pour
cela qu’on cédât aux caprices et aux colères du futur
Louis XIII et, le cas échéant, lui faisait donner le fouet à
- Le TA
476 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE È tour de bras. — « Vous ne traiteriez pas ainsi vos bà- - tards ! » s’écriait la mère irritée. — « Pour mes bâtards,
il les pourra fouetter s’il font les sots, mais lui n'aura personne qui le fouette (1). »
Les instructions qu’il donne à M°*° de Monglat, gou- -vernante des enfants de France, sont absolument typiques :
« Je me plains de ce que vous ne m'avez pas. mandé « que vous-aviez fouetté mon fils, car je veux el vous « commande de le fouetter toutes les fois qu'il fera l’opi- « niâtre, ou quelque chose de mal, sachant bien par moi- | « même qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de
« profit que cela : ce que je reconnois par expérience
« m'avoir profité; car étant de son âge j'ai été fort foueité;
(1) Voici une lettre que l’excellent (1) homme écrivait à sa belle Gabrieile, où il se défend d’avoir fait donner le fouet à son fils, : contrairement à ce qu’attestent les mémoires du temps; cette lettre a été publiée dans un ouvrage devenu rare aujourd’hui, Mes voyages aux environs de Paris (par DELORT),-t.-L-p. 50 et -suiv. ; elle a été copiée par l’auteur sur l'original :
« Mon cher cœur, jay esté eveyllé ce matyn par votre lettre qui « me randra cette journée plus heureuse, et me mettra an bonne « humeur. Vous me desplésés toutefoys de me vouiloyr retarder « le contantement de vous voyr ; mais ie ne vous an croÿré pas. « Retardés votre seignée pour mon arryvée, et sy elle vous est- « necesayre, remetés à moy à vous ouvryr la vène. Je ne say quy « vous a dyt que javoys fouélé nostre fytz, car cela na poynt esté. « Je fynyré donc, ma chère ame, an vous donnant le bonjour et « un mylyon de besers, atandant a demayn que je vous embrasseré . « tout mon sou et de bon cœur. Que je sache demayn de vos nou- -« velles par les chemyns. A)
& c'est pourquoi je veux que vous le fassiez et que vous & lui fassiez entendre, »
AU NT hit 4 :
Le Roi vient le matin chez son fils et «Le veut forcer à
le baiser » ; Le voilà entré en si fâcheuse humeur qu'il reçoit