‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 26 sur 61 · PEUT · texte numérisé non relu

PEUT

glat (1) le fouette à son tour : ille fut ainsi cinq ou six fois.

Le Roi lui demande, une autre fois, en lui montrant des verges : «Mon fils, pour qui est cela) » Il répond en colère : « Pour vous. » Le Roi fut contraint d'en rire ; cela dura plus de trois quarts d'heure, le Roi l'ayant pris

et laissé diverses fois.

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Mais la journée la plus orageuse, celle qui laissa pour

- (1) HÉRoOARD, dans son curieux Journal (t. I, p. 60 et suiv.), parle, à maintes reprises, de ces séances de fustigation :

« Le 9 octobre (1603) jeudi, à Saint-Germain. — Eveillé à huit heures ; il fait l’opiniâtre, est fouetté pour la première fois.

“« Le 7 novembre, mercredi. — Le Roi le vient voir et se joue à Jui gaiement. On met le Dauphin en si mauvaise humeur qu’il fault de crever à force de crier, et tout fut en si grande confusion jusques à six heures que je n’eus point le courage de remarquer ce qu'il fit, sinon qu’il vouloit battre tout le monde, criant à outrance, - fouetté longtemps après. :

« Le 22, dimanche. — Mené en la chambre du Roi ; le Roi le

menace du fouet, il s’opiniâtre, veut aller en sa chambre ; mené en

celle de la Reine, il continue. Le Roi commande qu'il soit fouetté ;

il est fouetté par Mme de Montglat, au cabinet. Il est apaisé par de

la conserve que la Reine lui donna, mais non autrement, ayant

.…. - voulu battre et égratigner la Reine. Mené à une heure au bâtiment neuf, il est malmené du Roi. »

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longtemps dans l'esprit de l'enfant un sentiment de crainte et aussi de rançune sourde à l'égard de son père, est la suivante. L'enfant s'était levé de mauvaise humeur, et, au moment où il jouait avec un petit tambour, on l'amène au Roi contre son gré. Le Roi lui dit : « Otez votre chapeau », il se trouve embarrassé pour l’ôter; le Roi le lui Ôôte, il s’en fâche; puis le Roi lui ôte son tambour et ses baguettes, ce fut encore pis : « Mon chapeau! mon tambour! mes baguettes! » Le Roi, pour lui faire dépit, met le chapeau sur sa tête : « Je veux mon chapeau ! » Le Roi l’en frappe sur la tête, le voilà en colère et le Roi contre lui. Le Roi le prend par les poignets et le soulève en l'air, comme étendant ses petits bras en croix. «Hé ! vous me faites mal! Hé ! mon tambour ! Hé! mon chapeau! » La Reine lui rend son chapeau, puis ses baguettes ; ce fut une petite tragédie, IL est emporté par Mme de Montglat ; il crève de colère, est fouetté, égratigne au visage, frappe des pieds et des mains Mme de Montglat, criant : (Tuez Mamanga ; elle est méchante (r).

Je tuerai tout le monde, je tuerai Dieu ! »

(1) « Il entre soudain en colère : Je vous battrai, Mamanga, et va sur elle, la frappe : Je vous tuerai, maman. Le Roi le fouette sur

les fesses avec la main ; ne se taisant point, le refouette encore,

puis s’en va ; il se jette à terre, puis feint de ne pouvoir cheminer, va clopinant, pleurant, criant : Hé! Mamanga, papa ma rompu la cuisse : meltez-moi de l’onguent. » Journal d’'Héroard, t. I, loc. cit,

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Le Dauphin a trois ans de plus, (11 janvier 1607); « peigné, coiffé dans le lit, à bâtons rompus, par sa nourrice, Mme de Montglat, pour le faire hâter, y vient et lui dit : « Je m'en vais chausser ; si vous n'êtes peigné quand je reviendrai, vous aurez le fouet. » Elle revient, ce n’était pas fait ; elle lui dit encore : « Je m'en vais p.... : Si VOUS n'êtes peigné et coiffé quand je reviendrai, vous aurez le fouet. » Le Dauphin dit tout bas : « Ah ! qu'elle est vilaine, elle dit devant tout le monde qu'elle va p..…. velà qui est bien honnête, fi! »

‘On conviendra qu’en tenant un pareil langage devant l'enfant, sa gouvernante était peu fondée à lui donner le

fouet, lorsqu'il employait vis-à-vis d'elle des. expressions tout à fait analogues (1).

Sous le gouvernement de M. de Souvré, le système de correction recommandé par Henri IV à Mme de Montglat avait continué d’être suivi, et même longtemps après

son sacre, on voit encore le Roi fouetté, à l’âge de dix ans, pour avoir, la veille, heurté trop fort à la porte du ca-

binet de la Reine (19 septembre 1611); et à plus de onze

ans, pour n'avoir pas voulu prendre médecine.

(1) Journal & Héroard, Préface.

Dans une circonstance, rapportée par le poète Malherbe (1), on infligea au Dauphin le même châtiment ; mais cette fois l'enfant regimba :

« Vendredi dernier, M. le Dauphin, jouant aux échecs

« avec La Luzerne, qui est un de ses enfants d'honneur, « La Luzerne lui donna échec et mat : M. le Dauphin en « fut si fort piqué qu'il lui jeta les échecs à la tête. La « reine lesut, qui le fit fouetter par M. de Souvray, et lui « commanda de le nourrir à être plus gracieux (2). » Une autre fois, le petit prince ayant écrasé la tête d’un moineau, Henri IV, exaspéré de cette dureté de cœur, se

chargeait lui-même de le châtier et, en présence des

nouvelles récriminations de Marie de Médicis, il répli-

quait à celle-ci : « Madame, priez Dieu que je vive, car ii vous maltraitera, si je n’y suis plus. » Il ne croyait pas être si bon prophète (3).

(1) Lettre de Malherbe à Peiresc, du 11 janvier 1610.

(2) Voici ce qu’on lit dans le Journal de l’Estoile, au 29 mai 1610:

« Nostre nouveau Roy fut fouetté ce jour, par commandement exprès de la Reine régente sa mère, pour s’estre opiniastré à ne point vouloir prier Dieu. M. de Souvray, son gouverneur, auquel en avoit esté donnée la commission, n’y vouloit mettre la main, jusques à ce que, comme forcé par la Roine, fut contraint de passer outre. Ce jeune prince se voiant pris, et qu'il lui en falloit passer par-là : «Ne frappez guère fort au moins, » dit-il à M. de Souvray. Puis peu après, estant allé trouver la Reine, et sa majesté s’estant levée pour lui faire la révérence comme de coutume : « J’aimerois « mieux, dit le petit prince tout brusquement, quon ne me fist « point tant de révérences et tant d’honneur, et qu’on ne me fist « point fouetter ».

(3) Intermédiaire, 1889, p. 474. 9e

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La veuve de Louis XITT, moins pitoyable que sa belle-

mère, à l’âge où nous avons vw les parents de Jeanne

d’Albret menacer leur fille du fouet, voulut faire donner les verges au frère cadet de Louis XIV, le duc d'Anjou ; et le petit Monsieur n’y échappait, que grâce au refus res-

pectueux de son gouverneur et de son sous-gouver-

neur (1).

Le grand Roi lui-même ne dédaignait pas de jouer le

rôle d’exécuteur des basses œuvres. L’évêque Fléchier a

conté (2) que, lorsque le Dauphin avait commis quelque

faute, le roi le punissait de sa propre main, en le frappant de verges, ce quLarrivait rarement. Le plus souvent Montausier, son gouverneur, lui donnait la férule, et ce der-

nier, dont c'était, il est vrai, les fonctions, n’y allait pas

‘de main morte : il agissait avec une telle conscience qu’il

crut un jour s'être cassé le bras.

Dans les fragments des Mémoires inédits de Dubois, gentilhomme, valet de chambre du roi, attaché au Dauphin, fils de Louis XIV, il est dit que le jeune élève de

(1) Guy PaTIN, Lettres (édition Réveillé-Parise, 1846), t. IT, p. 320 ; 19 juin 1657.

(2) Mémoires de Nicolas Chorier, traduits par F. CROZET;

Grenoble, 1808, p. 142 ; Les Cours galantes, de DESNOIRESTERRES, te IIl,:p. 54-55.

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Bossuet était « battus comme plâtre » par la femme de chambre Lacoste ; « battu à coup de poing » par son gouverneur, M. de Montausier (1), pour avoir simplement manqué un mot à l'oraison dominicale, « toujours gourmandé et traité de fripon et de gallopin ». Le rude gouverneur fouettait le Dauphin, tantôt devant tout le

monde, tantôt à huis-clos, après avoir ordonné aux assistants de sortir. Dubois parle de « querelles d’Alle-

mand », de « férules simpiternelles », même au lit. Le

valet de chambre nous apprend encore que le Dauphin ne dut de ne pas succomber à ces mauvais traitements qu'à un corps baleiné (un corset), qu'il portait

(1) « Comme M. de Montausier continuoit ses rigueurs sur la personne de Monseigneur le Dauphin, le 30, estant allé manger, à mon retour Monseigneur fut à la chaise percée et là me fit l’honneur de me dire : Dubois, pendant vostre absence, M. de Montausier m'a donné un si grand coup de férule par le bras que je l’ai encore tout engourdy. Il me maltraite si fort qu’il n’y a plus moyen de durer.

« Le soir, comme la planète cruelle dominoit toujours l'esprit de M. de Montausier, au prier Dieu, où estoit tout le monde à l’ordinaire, ce précieux enfant disoit l’oraison dominicale en françois, il manqua ung mot, M. de Montausier se jeta dessus luy à coups de poing de toute sa force, je croyais qu’il l’assommeroit. M. de Joyeuse dit seulement : Eh ! Monsieur de.Montausier ? — Cela fait, il le fit recommencer et ce cher enfant fit encore la mesme faute, quy n’estoit rien. M. de Montausier se leva, luy prit les deux mains dans sa droite, le traîna dans le grand cabinet, où il faisoit ses estudes, et la luy donna cinq férules de toute sa force dans chacune de ses belles mains. C’estoient des cris épouvantables, que faisoit ce cher enfant. » Bibliothèque de l'Ecole des. Chartes, 2e série, t. IV, pp. 34 et suiv.

LE

« pour Jui tenir la taïlle ferme » et qui amortissait les coups.

Sa sœur en avait tellement pitié qu’elle s’offrit une fois

pour être fouettée à la place de son frère.

11 ne faudrait pas croire que la France ait eu le privilège de ces singulières mœurs. En Angleterre, par exemple, la peine du fouet, comme châtiment corporel et système d'éducation, était d’un usage courant, aussi bien chez les grands que dans le peuple.

- Buchanan, précepteur du roi Jacques Ier, avait l'habitude de fouetter délibérément Sa Majesté. Quand on lui demandait s’il ne craignait pas de frapper « l’oint du Seigneur », ilrépondait, avec un fort accent écossais : « Non, je ne touche jamais son côté sacré (1). »

Il en était de même à la cour de Prusse, Le témoignage que nous allons en donner est emprunté à un ouvrage des plus dignes de foi.

Le père de Frédéric le Grand était renommé pour la sévérité avec laquelle il dirigeait son intérieur. Le jeune Frédéric était tenu d’une façon étroite. Un jour, il se procura pour sa {able une fourchette en argent, en rempla-

(1) Etude historique sur la flagellation, loc. cit.

cement d’une fourchelte en fer dont il avait l'habitude de de servir. Son père, s’en apercevant, le fit fouetter pour lui enlever le goût des folles dépenses. |

Le Roi, jusqu'à l’année 1726, alloua à son fils 3 000 francs par an, en lui recommandant de marquer la moindre dépense. Cette rente était insuffisante pour Frédéric qui fit des dettes. Ce motif le fit fouetter BE d'une fois.

était interdit au prince d'apprendre le latin. Un j jour, le Roi entre par surprise dans la salle d’études et trouve son fils gravement occupé avec son tuteur à lire un exemplaire en latin de la Bulle d'Or. La scène qui s'en suivit est racontée en ces termes par l'historien anglais Thomas Carlyle :

— Que faites-vous donc là! s’exclama le Roi d’ une voix courroucée. |

— Votre Majesté, j’explique l’Aurea Bulla au prince.

— Canaille ! je vous aureabüllerai ! s’écria Sa Majesté, en faisant force moulinets avec son bâton qui, envoyant le malheureux professeur, terrifié, prendre au plus vite

la clef des champs, mit fin au latin pour ce jour-là.

En décembre 1729, le prince écrit à sa mère : «Jesuis

dans un profond désespoir. Ce que j'appréhendais depuis longtemps m'est arrivé. Le Roi a oublié complètement que je suis son fils; ce matin, il est entré dans ma chambre selon son habitude ; dès qu'il m’eut aperçu, il se précipita sur moi, m’empoigna par le cou et m'administra avec sa canne une succession de coups cruels. C'est

en vain que j'essayai de me préserver. Il était dans une rage terrible, et ne me lächa que quand il fut las de frapper. Je suis poussé à bout ; je me refuse à souffrir un pareil traitement et suis résolu à la dernière extrémité pour m'y soustraire. »

La fille d'un professeur de Postdam avait attiré les regards du prince, qui d’ailleurs, n'alla pas plus loin. Mais le Roï ne voulut pas l'entendre ainsi et ordonna que la pauvre fille füt fouettée par le bedeau et condamnée à battre du chanvre pendant trois ans.

Frédéric lé Grand, parvenu à l’âge mür, convenait que cette sévérité avait été salutaire pour lui, On dit qu'il fit observer à Sir Andrew Mitchell qu'il ne regrettait nullement de ne pas avoir été élevé en prince, ajoutant que la grande harmonie qui régnait entre sa mère et les membres de sa famille était due à la façon

dont les avait élevés son père (1).

Mous venons de voir ce qui se passait dans les cours

de France et d'Angleterre (2). Ce qu’on observait, il y a

(1) Etude sur la flagellation, par CARRINGTON, loc. cit.

(2) Philippe II d'Espagne, en mourant, montra à ses enfants « un fouet du bout duquel se voyoient en apparence quelques marques de sang et le fit élever et déployer haut, et dit que c’étoit

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peu d'années, chez la nation amie et alliée, n’est guère plus édifiant.

Voici ce qui a été révélé dans un journal russe, le Sviel, qui l'avait lui-même tiré du Messager russe :

« L'éducation du futur grand monarque (Nicolas Ie’) ne fut pas complète. Lorsqu’en 1802, il commença à s’instruire, il fut mis entre les mains du général Lansdorf, ancien directeur du premier corps des cadets. C'était un homme dur, cruel, et d’un emportement furibond. Ilne comprenait pas le vrai sens de l’éducation. Au lieu de favoriser les bonnes inclinations de ses élèves, il mettait toute sa force à les contrecarrer et à les détruire. Le grand-duc Nicolas et son plus jeune frère Michel, élevé avec lui, étaient comme dans les fers. Ils ne pouvaient ni se lever, ni s'asseoir, ni marcher, ni parler, ni jouer selon leur âge sans être contraints ; on les arrêtait à chaque pas pour les gronder et les menacer. Leurs punitions allaient jusqu’à la cruauté. Lansdorf les battait à coups de règle et même de baguettes de fusil ; il empoignait quelquefois le prince par la poitrine etlui frappait si fort la tête contre le mur qu'il tombait sans connaissance. Les verges avaient là un grand‘emploi ; et l’on faisait mettre dans les journaux toutes ces corrections. On lit dans un journal:du du sang de son sang'et que c’étoit la discipline dont lempereur Charles-Quint vouloit châtier son corps par dévotion qu’il avoit ; et pour cela voulut toujours soigneusement garder pour la laisser à ses enfants, avec garantie de semblable discipline et macéra-

tion. (Mém. de Cheverny, p. 334; eïté par DESTARDINS, Les sentiments moraux au XVE siècle.)

son ancienne ent de le fouetter, espérant par Jà éviter une correction its dure de Lansdorf (1). »

D: On s ‘explique mieux, après avoir lu ce passage, le pro- # : pos tenu par la princesse Mathilde, en présence de

#3 : Goncourt, qui n'a pe manqué de le conserver ÎLES son 5 Journal: 2 Re: «Le tzar Nicolas était un excellent homme, aux mœurs è 2 patriarcales, dit la ee Il tenait à être présent quand Fu: ‘4 on à fouettait les enfants.

m1 (1) Ne TR re 1896, 2° série, p. 537.

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