‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 28 sur 61 · LOTIR · texte numérisé non relu

LOTIR

rares, qu'ayant fait, de concert avec son ami Louis de

Cormenin, je ne sais quelle farce, on leur administra à

chacun une de ces corrections qu'on nommaïit alors des « fessées royales ».

Bazzac qui s'est peint au naturel dans Louis Lambert,

nous a conté les mille misères qu'il dut subir, pendant

qu'il était au collège de Vendôme.

de flagellation assez pADIARLE ; le comte en question s’appelle : Les Lunettes.

Passons maintenant aux ouvrages contemporains : Paul Bonnetaïn, dans Charlot s'amuse, nous décrit une scène de

. flagellation dans une école congréganiste.

De Goncourt a parlé de fessées dans Chérie : « On l’aurait menacée de la fouetter qu’elle eût fait comme la petite NOR (Me Roland) et tendu son derrière aux verges. »

Le même dit, dans Germinie Lacerteux, p. 27 : « Elle empoigna la rieuse et, lui troussant les jupes, elle lui donna, malgré ses douze ans, la plus belle fessée qu’elle eût jamais reçue. »

Rappellerai-je la fessée de lAssommoir ? Dans l’Assommoir,

. Emile Zola a fait une magistrale description d’une scène de fus-

tigation provoquée par la- jalousie. C’est de la scène du lavoir, entre Denize et Germaine, que nous voulons parler. Dans d’autres livres de Zola, Germinal, par exemple, il est question de fessées. Anatole France a écrit, dans Jocaste, p. 29 : « Hélène embrassée ou fessée sans savoir pourquoi... » Dans d’autres livres de l’éminent académicien, ce mot se trouve encore : par exemple, dans Le Crime de Sylvestre Bonnard et La Rôtisserie de la reine Pédauque. Oscar Méténier a également parlé de flagellation dans Madame

| la Boule. M. Theuriet, dans le Filleul d'un marquis, roman aujourd’hui oublié et à juste titre, a écrit : « Administre-lui (à Laurent)

une fessée ! »

Faut-il en conclure que MM. Anatole France, Jules Lemaître, A. Theuriet, Emile Zola et de Goncourt aient été fessés, comme M. Paul Margueritte et M. Armand Sylvestre ? Ce serait peutêtre excessif !

« Excepté les grandes malices pour lesquelles il existait d'autres châtiments, la férule était à Vendôme l’ultima ralio patrum. Aux devoirs oubliés, aux leçons mal sues, aux incartades vulgaires, le pensum suffisait, mais l’amour-propre offensé parlait chez le maître par la férule. Parmi les souffrances physiques auxquelles nous étions soumis, la plus vive était certes celle que nous causaït cette palette de cuir, épaisse de deux doigts, appliquée sur nos faibles mains de toute la force, de toute la colère du régent. Pour recevoir cette correction classique, le coupable se mettait à genoux au milieu de la salle. Il fallait se lever de son banc, aller s’agenouiller près de la chaire et subir les regards curieux, souvent moqueurs, de nos camarades. Aux âmes lendres, ces préparatifs étaient donc un double supplice semblable au trajet du Palais à la Grève, que faisait jadis un condamné vers son échafaud. Selon les caractères, les uns criaient en pleurant à chaudes larmes, avant ou après la férule ; les autres.en acceptaient la douleur stoïquement, maïs, en l’attendant, les plus forts pouvaient à peine réprimer la convulsion de leur visage. |

« Louis Lambert fut accablé de férules, et les dut à l'exercice d'une faculté de sa nature dont l'existence lui fut pendant longtemps inconnue. Lorsqu'il était violemment tiré d’une méditation par le : Vous ne faites rien! du régent, il lui arriva souvent, à son insu d’abord, de lancer à cet homme un regard empreintde je ne sais quel mépris sauvage, chargé de pensée comme une bouteille

de Leyde est chargée d'électricité. Cette œillade causait sans doute une commotion au maître, qui, blessé par cette silencieuse épigramme, voulut désapprendre à l’écolier ce regard fulgurant. La première fois que le Père se formalisa de ce dédaïgneux rayonnement qui l’atteignit comme un éclair, il dit cette phrase que je me suis rappélée :

«— Si vous me regardez encore ainsi, Lambert, vous allez recevoir une férule !

« À ces mots, tous les nez furent en l'air, tous les yeux épièrent alternativement et le maître et Louis. L’apostrophe-était si sotte que l'enfant accabla le Père d’un coup d'œil rutilant. De là vint entre le régent et Lambert une querelle qui se vida par une cerlaine quantité de férules. »

Combien d'autres noms pourraient s'ajouter à ceux

déjà cités : Beaumarcnars, TALMA, TOURGUÉNErF, etc,

Le cas de Rousseau est, pour aïnsi dire, classique. Le professeur Brouardel, traitant des déviations génitales, disait à ses élèves : « Un phénomène assez fréquent est une localisation voluptueuse normale. Vous avez la - preuve, dansles Confessions de Jean-Jacques Rousseau,

qu'ayant éprouvé une jouissance particulière à sa première

Re de RE CD PET F4 dt D ae Cu à NE ER ce x re MAS. +R SU rRe Pr oies 196 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE

fessée, il cherchait toutes les occasions de s’en faire donner d’autres. Cette excessive sensibilité cutanée de la région fessière est assez commune. » G

C'est dans le tome Ier de ces Confessions, que Rousseau a conté comment il fut fouetté par Mlle Lambercier :

« Comme Mlle Lambercier avait pour nous l'affection d'une mére, elle en avait aussi l’autorité et elle la portait quelquefois jusqu'à nous infliger la punition des enfants . quand nous l'avions méritée. Assez longtemps elle s'en tint à la menace, et cette menace d’un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante; mais, après l’exécution, je la trouvai moins terrible à l'épreuve qu’elle ne l'avait été : ef ce qu'il y a de plus bizarre est que ce châtiment m'affeclionna davantage encore à celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m'empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant, car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité, qui m'avait laissé plus de désirs que de crainte de l'éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant. »

Jean-Jacques a rédigé une auto-observation (1) complète de fétichisme amoureux. Avec une inconscience

(4) Dans notre Cabinet secret de l'Histoire (3° série) nous l'avons reproduite tout au long.

Fr.

”l Fe

me.

L ( 4 : ; . 0 , AY 0 | cynique, ou une franchise excessive si l’on préfère, il a

is

étalé ses misères, sans nous en rien celer, comme s'il eût

pris une sorte de plaisir rétrospectif à nous faire cette confidence. |

Cette volupté de la douleur {1} qu'a ressentie J.-J. Rousseau, il n’est pas seul, hâtons-nous de le dire pour atténuer sa responsabilité, à l'avoir éprouvée.

(1) Nous trouvons dans le Journal des Goncourt (IIe tome), un épisode d’un grand intérêt qui trouve ici sa place :

« Lundi, 7 avril. — Aujourd’hui j'ai visité un fou, un monstre, un de ces hommes qui confinent à l’abîme. Par lui, comme par un voile déchiré, j’ai entrevu un fonds abominable, un côté effrayant, d’une aristocratie d'argent blasée, de l’aristocratie anglaise, appor- ‘tant la férocité dans l’amour, et dont le libertinage ne jouit que par la souffrance de la femme.

« Au bal de l’Opéra, il avait été présenté à Saint-Victor un jeune Anglais, qui lui avait dit simplement, en manière d’entrée de conversation : « qu’on ne trouvait guère à s’amuser à Paris, que Londres était infiniment supérieur, qu’à Londres il y avait une maison très bien, la maison de mistress Jenkins, où étaient des jeunes filles d'environ treize ans, auxquelles d’abord on faisait la classe, puis qu’on fouettait, les petites oh ! pas très fort, mais les grandes tout à fait fort. On pouvait aussi leur enfoncer des épingles, des épingles non pas très longues, longues seulement comme ça (et il nous montrait le bout de son doigt). Oui, on voyait le sang... » Le jeune Anglais ajoutait placidement et posément : « Moi, j’ai les goûts cruels, mais je m’arrête aux hommes et aux animaux...

. Dans le temps, j’ai loué avec-un ami, une fenêtre, pour une grosse

somme, afin de voir une assassine qui devait être pendue, et nous avions avec nous des femmes pour leur faire des choses — il a lexpression toujours extrêmement décente — au moment où

elle serait pendue. Même, c’est désagréable, la Reine, au dernier

moment, a fait grâce. »

« Donc aujourd’hui, Saint-Victor m'introduit chez ce terrible original. C’est un jeune homme d’une trentaine d'années, chauve, des tempes renflées comme une orange, les yeux d’un bleu clair et

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Si on lit les mystiques, on reconnait qu'il y en a peu qui ne se soient torturé le corps au moyen de cilices, de cordes, de disciplines, de chaînes de fer : tel ce dominicain du xrve siècle, s’enfermant dans un couvent et se livrant pendant trente ans à des macérations, qui affai-

aigu, la peau extrêmement fine et laissant voir le réseau souscutané des veines, la tête — c’est bizarre — la tête d’un de ces jeunes prêtres émaciés et extatiques, entourant les évêques dans les vieux tableaux. Un élégant jeune homme ayant un peu de raideur dans les bras, et les mouvements de corps, à la fois mécaniques. et fiévreux, d’une personne attaquée d’un commencement de maladie de la moelle épinière, et avec cela d’excellentes façons, une politesse exquise, une douceur de manières toute particulière.

« Il a ouvert un grand meuble à hauteur d'appui, où se trouve une curieuse collection de livres érotiques, admirablement reliés, et tout en me tendant un MEIBOMIUS, Utilité de. la flagellation dans les plaisirs de l'amour et du mariage, relié par un des premiers relieurs de Paris, avec des fers intérieurs représentant des phallus, des têtes de mort, des instruments de torture, dont il a donné les dessins, il nous dit : « Ah ! ces fers... non, d’abord il ne voulait pas les exécuter, le relieur.…. Alors, je lui ai prêté de mes livres... Maintenant, il rend sa femme très malheureuse. il court les petites filles. mais j’ai eu mes fers. » Et, nous montrant un livre tout préparé pour la reliure L« Oui, pour.ce volume, j'attends une peau, une peau de jeune fille... qu’un de mes amis m’a eue. On la tanne... C’est six mois pour la tanner... Si vous voulez la voir, ma peau ? Mais c’est sans intérêt, il aurait fallu qu’elle fût enlevée sur une jeune fille. vivante. Heureusement j’ai mon ami le D' Bartsh, vous savez celui qui voyage dans l'intérieur de l'Afrique...

RAPSEANE, TEEN Er ire

ad

. blissent tellement son corps, qu'au bout de ce laps de temps il ne lui reste plus qu'à mourir ou à cesser ses exercices cruels : Pour aimer, prêchent les mystiques, il faut souffrir (1).

Singulière justification, que pourraient invoquer ceux qui transforment les seins des femmes en pelotes d'épingles, comme ce sadique qu'on a jugé il y a quelques années ; ou, pour nous en tenir à un exemple fameux,

- comme le légendaire Barbe-Bleue, connu dans l’histoire sous le nom de maréchal de Rays.

On voudrait croire que ce sont exceptions monstrueuses, et cependant combien de noms s'ajouteraient, si on faisait une enquête à fond, à celui du maréchal de Rays !

Une question se pose maintenant, qui appelle une solution : comment s'expliquent les effets de la flagellation sur les organes génitaux ; ou, en lermes plus précis, de

quelle façon se manifeste Le plaisir à la suite de La fustigation ?

Les effets généraux produits par la percussion des verges ou du fouet sur une région du corps, on les con-

… ch bien, dans les massacres, il m’a promis de me faire prendre une peau comme ça... sur une négresse vivante.

« Et tout en contemplant, d’un regard de maniaque, les ongles de ses mains tendues devant lui, il parle continuellement, et sa voix un peu chantante et s’arrêtant et repartant aussitôt qu’elle s'arrête vous entrent, comme une vrille, dans les oreilles, ses cannibalesques paroles... »

(1) Alf. BINET, Le Félichisme dans l’ Amour.

naît : il se produit, à la suite de celte opération, un afflux sanguin à la périphérie, qui rappelle la chaleur et la vie” au dehors. Sous l’action du fouet, les muscles et le tissu cellulaire sous-cutané se gonflent (1) et cette propriété a même reçu des applications imprévues : c'est ainsi que, déjà au temps de Galien (2), les maquignons faisaient paraître leurs chevaux gras, non seulement en les étrillant avec force, mais en les fustigeant sur tout le corps. Galien en concluait qu'on pouvait essayer d’un traitement analogue pour engraisser les personnes maigres ; ce serait, peut-être, à essayer,

Ce qui intéressera, sans doute, davantage, ce sont les

effets produits par la flagellation sur les organes génitaux.

Point n’est besoin, à l'instar du joyeux abbé Boileau (3),

d'entrer dans de longs développements à cet égard, ni de discuter s’il est moins dangereux de se donner la discipline sur-le dos ou dans la région fessière ; il suffit de

noter ce fait, que la flagellation provoque une stimulation évidente de l'organisme génital.

(1) « Les formes musculaires, si bien développées dans les statues antiques, ne devaient l’être guère moins chez les anciens Grecs et Romaïns, accoutumés, après le bain, chaque jour, à se. faire frictionner fortement et oindre tout le corps d’huiles aromatiques et à s'exercer à la gymnastique. De même les Russes qui, dans leurs bains de vapeur, se font fouetter de verges de bouleau et en sortent rouges et brûlants pour se rouler nus dans la neige,

ont, la plupart, de gros et puissants muscles. » Art. Flagellation, du Dictionnaire en 60.

(2) GALIEN, Method. medic., t. XIV, ç. xvi.

(3) Abbé BorLEau, Histoire des Flagellans.

Les auteurs les plus anciens ont mentionné cette particularité. Cœlius Rhodiginus a rapporté là-dessus l'histoire suivante, à laquelle nous nous garderions de rien changer :

« Il ne s’est pas écoulé, écrit-il, bon nombre d'années, depuis le tems qu'il ÿ avoit un homme d’une lasciveté, qui n’approchoïit pas seulement de celle du coq, mais qui alloit jusques à un tel excès, qu’on auroit de la peine à le croire, si la chose n'étoit avérée par des personnes dignes de foy. Plus il recevoit de coups de verges, plus il se portoit avec ardeur à l’action, et ce qu'il y avoit d’étrange, c’est qu’on ne pouvoit décider, lequelil souhaitoit le plus avidement ou le foüet, ou le c..t, mais il paroissoit toujours que son plaisir redoubloit par les coups, I prioit donc avec de grandes instances qu'on le fessât avec un foüet, qui avait trempé tout un jour dans le vinaigre ; mais si le foüetteur le traitoit un peu trop doucement, il entroit en furie et l’accabloit d'injures, et il ne croyait jamais d’en avoir assez que le sang ne vint à couler. »

Déjà l’on connaissait au temps de Néron et de Pétrone, l’art de stimuler les parties par la flagellation avec des orties vertes, puisqu’une prêtresse de Priape, Enothea, promet à Eulcope de:lui rendre fascinum tam rigidum ut cornu, par ce procédé (1).

Othon Brunsfeld, dans son Onomastlicon de médecine, au mot coîtus, assure qu’il a connu à Munich, capitale de la Bavière, un homme qui ne pouvait s'acquitter de son

(1) Dictionnaire en 60, article Flagellation.

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