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LA LÉGENDE DE LA MORT DE M°° DE SÉVIGNÉ

On éprouve comme de l'embarras à traiter un sujet aussi dépourvu d'agrément que la mort de Mme de Sévigné évoquer une vision funèbre à propos dela plus spirituelle, de la plus radieuse, de la plus vivante des grandes dames, n'est-ce pas courir au-devant du reproche de chercher un effet d'ironie ?

La marquise était de celles qui avaient l'effroi de la mort ; elle en était hantée, comme d’une obsession, de ce dénouement qu’elle sentait inévitable, etelle avait quelque peine à s’accoutumer, elle qui semblait destinée à rester l'éternellement jeune, l'éternellement spirituelle, à cette idée qu'il lui faudrait un jour laisser tomber de ses jolies mains sa plume taillée par les Grâces.

Les circonstances de la fin de Mme de Sévigné sont. encore enveloppées de mystère, et c’estce mystère même

qui nous a tenté.

À consulter les biographes, il semble qu'on ne puisse

conserver le moindre doute.

Mne de Sévigné, disent à peu près tous les éditeurs de ses {ettres, est morte à Grignan, de la pelile vérole, le 17 avril 1696... On craignaïit tellement la contagion de cette maladie que le cadavre fut inhumé précipitamment... On n’osa pas déposer le cercueil dans le‘caveau de l’église, mais on: ouvrit pourl’y placer une fosse qui fut couverte de maçonñerie... Il n’a jamais été touché ni à:la tombe ni à la maçonnerie qui la recouvrait..

Fables que tout cela, vient nous dire‘un érudit des mieux avertis (1) : Mme de Sévigné n’a pas succombé à la variole... Son cercueil'a été violé à l’époque de la tourmente révolutionnaire... Ses ossements ont été dispersés. |

Comment expliquer que, sur un fait de notoriété, comme dut l'être la mort de la célèbre épistolière, les in-

formateurs du grand siècle aient été muets; que les cor-.

respondants habituels de la marquise, qui furent si douloureusement impressionnés par cette perte, pour tous irréparable, ne nous aient conservésurses derniers moments aucun détail précis ? Ni Saint-Simon, très lié cependant avec Ha famille de Grignan, ni le marquis de Sourches, dont on a publié récemment les Mémoires, ni Dangeau, pourtant-siminutieux ; pas davantage les léttres de M. ét Mmeide Coulanges n'éclairentce ‘point-obscur.

Le’ mai 1696, Mme de'Coulanges, écrivarit à Mme de

Simiane, lui dit «qu’elle ignore ‘tous les détails de ‘cétte

funeste maladie ét qu’elle Les ‘recherche avec empresse-

(5) Le Mine. A propos du deuxième centenaire de Mme de Sévigné. Rouen et Paris, 1896.

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ment ». N'est-il pas à croire que la petite vérole aurait été désignée dans cette épître, si Mme de Sévigné avait été : victime de cette cruelle affection ? A cette époque, le fléau sévissait avec assez de violence et frappait assez les imaginalions, pour que nous retrouvions dans des lettres in- -times, relatant les événements au jour le jour, les traces de la terreur qu'il inspiraït, Mne de Sévigné serait-elle donc morte d’uneautre mala-

die que la variole, et aurait-il fallu attendre deux siècles pour redresser une erreur, à laquelle les hommes les plus autorisés en matière de critique littéraire ont donné un si durable crédit ?

Tous les biographes ont, en effet, attribué la même cause à la mort de Mme de Sévigné, — tous les biographes, à partir du début de ce siècle ; car on trouve une version toute différente dans un auteur du dix-hui- Lième, le premier éditeur de la correspondance complète avec Mme de Grignan, le chevalier Perrin, « bien placé assurément pour être bien informé, puisqu'il était le compatriote et l'ami de Mme de Simiane, fille de Mme de Grignan, à la confiance de laquelle il dutd’obtenir la communication des fameuses lettres pour les publier ». Ce bon chevalier, dans la Préface de la deuxième édition de son livre, datée

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