CUT ES AR ROUES
LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE 249 de 1738, dit en termes qui paraissent de prime abord assez explicites : « Mme de Sévigné fit en 1696 son dernier voyage à Grignan, où, après s'être donné des peines incroyables pendant une longue maladie de Mme de Grignan, elle tomba malade elle-même d’une fièvre continue, qui l’emporta le quatorzième jour ».
Nous pourrions clore ici la discussion par cet argument péremptoire, pour qui se contente des solutions superficielles : un des familiers de Mme de Simiane, qui avait peut-être été témoin de la mort de sonillustre grand'mère,
nous affirme que celle-ci a succombé à une fièvre conti-
nue: or, Me de Simiane n'avait aucun intérêt à travestir la vérité; il ne reste donc plus qu'à ajouter foi au témoignage de la petite-fille de Mme de Sévigné, rapporté par le chevalier Perrin. |
Si on pouvaitrésoudre toutes les énigmes d’aussisimple façon, chacun y trouverait son compte, autant le commentateur qui s'efforce de les démêler. que le lecteur qui ne veut avoir aucun mal à les pénétrer. Mais où en serait la critique historique si, dans les enquêtes rétrospectives, on procédait toujours de la sorte ?
Dans le cas particulier, deux questions se posent. Doit-on accepter sans réserves la nouvelle version de la
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mort de Mme de Sévigné, c’est-h-dire la mort par la fièvre continue ? Et, si c'est bien à la «fièvre continue » que Mme de Sévigné a succombé, que doit-on entendre par ce terme vague, et comment, avecnos connaissances actuelles, étiquêterait-on cette affection ?
C'est d’un quiproquo que seraït née la légende de a mort de Mme de Sévigné par la wariole. Un éditeur des lettres de la marquise aurait, par une singulière inadvertance, appliqué à Mme de Sévigné ce qui se rapportait à Mne de Grignan, et de là serait née la confusion, acceptée sans contrôle par tous ceux qui ont suivi. |
Dans le récit que le médecin de Mwe de Grignan, Le docteur Chambon, a donné de la mort de son illustre cliente, il s’agit, en effet, dès le début de l'observation (x) — çar ce récit a toute la valeur d’une « observation » médicale — de « Mme de Sévigné, comtesse de Grignan » : mais le reste du récit paraît assez s'appliquer à M de Grignan, et le .quiproquo viendrait lout simplement, selon la remarque. de M. Le Mire, de ce que, faisant
(1) Cette observation se trouve tout au long rapportée (pp. 480 et suiv.) dans un volume devenu introuvable, dont nous possédons cependant un exemplaire. Il porte le titre de : Traité des métaux et des minéraux, et des remèdes qu’on peut en tirer, avec des dissertations sur le sel et le soulphre des philosophes, et sur la goute, la gravelle, la petile vérole, la rougeole el autres maladies avec un grand nombre de remèdes choisis, par M. Chambon, cy-devant premier médecin de Jean Sobiesky, Roy de Pologne. À Paris, quay des Augustins, chez Claude Jombert, vis-à-vis la descente du Pont- Neuf, à l’image de Nostre-Dame, M. DCC. XIV, avec Approbation et Privilege du Roy.
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