‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 5 sur 61 · PRÉFACE AE 1X · texte numérisé non relu

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détails, après les masses, introduisent la. variété. Les petits faits sont des traits excellents pour le signalement. Ils doivent leur existence aux mœurs du temps, à lhumeur d’un personnage, à ses goûts, à ses habitudes, à ses manies. » |

La même pensée a été exprimée par Joubert, dans ce passage peu connu et qui nous a été récemment révélé :

« La grande histoire a tracé des tableaux multipliés des événements mémorables ; mais son genre élevé, trop occupé des objets en masse, laisse échapper des faits isolés qu'il est intéressant de connaître.

« Ces particularités qu’elle dédaigne sont précisément ce qui fail mieux connaître les hommes, les nations et leurs chefs. C’est là que leurs caractères, leurs passions et leur moralité paraissent au grand jour.

« Ces détails sont un supplément nécessaire à l’histoire ; ils en sont en quelque sorte la monnaie, et ïls doivent comme elle être à la portée du plus grand nombre et circuler plus facilement. »

Le seul reproche qu’on pouvait faire — et il a été fait aux ramasseurs des miettes de l'histoire, — c'est qu'à force de nous dévoiler les petitesses ou les vices des êtres: qui ont fait de grandes choses, nous ne voyons plus assez ces grandes choses, par lesquelles seules ils survivent dans l'histoire. Assurément, la critique serait par trop rétrécie, qui ne porterait que sur la vie privée des. personnages historiques, leurs infirmités ou leurs tra-

vers ; mais elle ne doit pas pour cela, à notre avis, s’en

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Saut PRÉFACE

désintéresser, puisqu'elle y trouve des indications sur leur état psychique ou psycho-pathologique.

Sans la belle Gabrielle, Henri IV serait-il Henri IV? Sans la Maintenon, Louis XIV ne ferait-il pas meilleure figure aux yeux de la postérité? Sans la Pompadour, Louis XV ne se serait-il pas gardé de bien des sottises, dont certaines irréparables? Il est faux de prétendre qu’on ne peut prendre mesure de tous les êtres humains avec une aune qui leur serait commune à tous ; ce n’est pas diminuer un être, si haut placé soit-il dans l'échelle sociale, que de l’examiner intus et in cute; c'est l’expliquer, en complétant, en parachevant son portrait.

C’est grâce aux mémorialistes, aux peintres de mœurs, que nous devons de nous faire une idée nette et vraie des personnages drapés, aux yeux des historiens officiels, dans leur majesté factice. C’est l’Estoile, c’est Brantôme, c'est Tallemant, c’est Saint-Simon, c’est Marais, c'est Bachaumont, qui nous ont donné la véritable histoire; ce ne sont pas des juges ni des avocats, ce sont des témoins. Et si les premiers nous découvrent le soleil, les seconds nous en font apercevoir les taches : et ce sont les curieux, les bavards, les indiscrets, qui sont les plus dignes de foi, parce que les plus désintéressés, les plus sincères. Ces historiens-là n’admirent pas sur commande : ils observent et ils racontent. A vrai dire, ce n’est pas de l'histoire, c’est la vie, et nous en sommes les spectateurs, cruellement satisfaits, non, simplement amusés. Quand

nous constatons que les êtres qui s'imposent à notre

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à RS | PRÉFACE | a LE admiration ont d’infimes ridicules, loin de nous en. réjouir. nous le déplorons, tout comme cela offusque notre sentiment esthétique de découvrir une verrue sur un joli visage.

« Amassons des faits pour nous faire des idées », a dit Buffon. Nous ne prélendons pas à d'autre rôle qu'à celui de pourvoyeur de l'histoire. Nous collectons d’abord, parce qu'avant de formuler une synthèse, il faut de toute nécessité que les faits soient bien établis, mis sans conteste hors de discussion. « Si l'esprit cherche à conclure lorsque les faits sont encore ignorés ou douteux, dans ce cas la philosophie de l'histoire risque d'inventer l'histoire. Au lieu d’un arrêt solennel et motivé, la philosophie de l'hisloire ne fournit plus qu’une conception à priori, cadre élastique et vague d’une fiction romanesque. A qui sait lire et penser, un document authentique en dit plus qu'une volume de philosophie. Les Capitulaires racontent mieux le règne de Charlemagne que ne saurait le faire le plus éloquent des philosophes historiens (1). »

Les érudits ont, comme on le voit, un rôle modeste, un rôle de pionniers, si l'on veut, mais qui n’est pas sans utilité. Ce sont eux qui fournissent les matériaux de l'édifice, que d’autres se chargeront de construire; il ne leur appartient pas de sortir des limites de leurs attributions, au risque d’en compromettre la solidité.

Leur tâche est assez complexe, sans qu'ils aient à s’en

(1) Viru, Ombres et Vieux Murs.

? ; à eux de présenter les faits, au he HR dégager la moralité. On leur reprochera peut- he

être M: ne ncotener : mais comme là fort bien dit * un de nos devanciers (1) : « Les esprits dogmatiques, 7 ie absolus et étroits, enclins à Fr affirment ou ee nient résolument ; ils ne savent ni douter, ni ignorer, et leur ascendant s'exerce souverainement sur la majorité ë Se -moutonnière, qui suit docilement, croit aveuglément, ee

admire de confiance et d'autant plus qu'elle comprend L moins. L'art médical ne produit guère de ces esprits mc naturellement portés au doute et à l'examen; ils me forment en tout temps qu'une minorité, »

I ne dépendra pas de nous que cette minorité ne devienne la majorité, Docreur CABANES .

ÿ (1) J.-M. GUARDIA. à BR 2 PER

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