‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 55 sur 61 · FUT-ELLE LA CAUSE DE SA FOLIE · texte numérisé non relu

FUT-ELLE LA CAUSE DE SA FOLIE

Un anecdotier, quelque peu indiscret, mais à ce qu'il semble, généralement bien informé (1), a contéunehistoire qui, sielle n’est point vraie, mériterait de l’être. Il tenait ses renseignements, prétendait-il, d’un contemporain du trop célèbre de Sade, lequelse vantait d'avoir souvent dîné avec l’auteur de Justine, à la table de l’abbé de Coulmiers, alors directeur de l’hospice de Charenton : on n’ignore pas que, sur l’ordre de Napoléon, on avait enfermé dans cette maison, pour délit de lèse-majesté, l'écrivain licencieux dont les timorés ne prononcent le nom qu'avec un ridicule effroi. |

Le marquis était-il sincère ou avait-il voulu mystifier son interlocuteur, c'est ce qu'ilest bien malaisé de décider ; toujours est-il qu’un jour il laissait échapper cet aveu: que la seule femme pour laquelle il eût éprouvé une véri-

table passion était «la sanglante amazone de la Révolu-

(1) De BEAuMonNT-Vassy, Mémoires secrets du xix® siècle.

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tion », celle qu'un poète (1), dans sa langue hyperbolique, a baptisée la « Jeanne d’Arc impure de la place publique », et que nous rangerons plus prosaïquement dans la catégorie des viragos vulgaires : il s’agit de Théroigne de Méricourt.

Le « divin marquis » ne tarissait pas d’éloges sur cette mégère, qu'il ne craignait pas de comparer à certaines héroïnes de l'histoire sainte. « Je vous assure, disait-il avec le plus grand sérieux, qu'il y avait quelque chose de sublime dans cette femme-là ! » Assurément ces deux

âmes-sœurs étaient faites pour se comprendre ; et s’il n’y

eut pas entre elles de rapprochement, c'est que les circonstances ne s’y prêtèrent point. Il est tout de même piquant de constater que Théroïgne eut la même fin que son trop sensible adorateur : elle devait, en effet, terminer sa triste existence dans un cabanon d’aliénés, à la Salpétrière, longtemps après que le marquis se füt éteint dans le gâtisme sénile, à Charenton ; épilogue prévu de deux

existences violemment ballottées !…

Théroigne remplissait toutes les conditions qui pouvaient l’assimiler à la Juliette du marquis de Sade, « étrange production de ce cerveau malade ».

Quand elle parut sur la scène révolutionnaire, elle avait,

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