‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 56 sur 61 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

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quoique jeune encore, un passé qu'on ne peut guère comparer qu’à celui de la fiancée du roi de Garbe (1). Comme nous dirions aujourd’hui, elle avait rôti le balai par tous les bouts, |

Sa vie avait été un véritable roman en action. En conter les péripéties aurait, certes, un grand intérêt pour le psychologue ; nous ne devons en retenir que les faits précis qui nous serviront à établir les antécédents morbides du « sujet » qui relève de notre domaine.

« Candidate à la folie » — le mot est de son biographe le plus autorisé (2) — elle avait son destin marqué. Sa démence couvait depuis longtemps. « Le déséquilibre de la pauvre créature éclatait en chacun de ses actes. En réalité, elle fut toujours à moitié folle avant de le devenir tout à fait. Folle de son corps, comme disaient nos pères, et folle de son esprit. »

Agée à peine de trente ans elle paraissait en avoir cinquante : celte assertion d’un pamphlétaire royaliste (3) doit être empreinte de quelque exagération. Et pourtant ce portrait, si peu flatté qu'il soit, sue, comme on a coutume de dire, l’authenticité.

Où trouver un croquis plus enlevé, plus vigoureux que | celui-ci : « Petite, ridée et cacochyme, prude avec ceux

(1) Expression de V. FouRNEL (Moniteur universel, 24 novembre 1886).

(2) Léopold Lacour, Trois femmes de la Révolution.

(3) Histoire des événements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, août et septembre 1792, par Maton de la Va-

renne.

qui ne la connaissaient point, elle rougissait à la moindre agacerie des hommes, dont, sans jamais avoir eu le moindre attrait réel, elle avait su, par une apparence d'esprit, captiver et ruiner plusieurs. Ne pouvant plus se livrer à la prostitution, parce qu'elle était rongée des maladies honteuses qui en sont la suite, elle s'était jetée à corps perdu dans la Révolution. »

Le portrait est vigoureusement dessiné ; les lignes en sont peut-être accusés, mais il suffira de légères retouches pour le faire ressemblant.

Théroigne était-elle dépourvue de tout charme physique à l'époque où la décrit l'historien que nous venons de citer ? C'était une femme qui paraissait « usée » et ce que nous allons en dire en fournira la trop évidente. explication.

Nous n'avons pas qu’un témoignage à produire. En voici un autre, d'un publiciste (1) de l'opposition, il faut en convenir, qui nous déclare, qu’en mai 1793, Théroigne avait «absolument perdu toutes ses grâces », étant alors « couperosée, livide, décharnée ».

On sait quelle activité elle déploya au début du mou-

(1) BEAULIEU, Essais historiques.

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vement révolutionnaire. Toujours aux premiers rangs de l'émeute, à la tête d’une escorte de sans-culottes, elle s’avançait, la pique à la maïn, portant sur le haut de la tête, en guise de signe de ralliement « un petit drapeau tricolore en forme de girouette carrée, qui était fiché dans un bonnet de grenadier à poil » (x).

Mais chez cette femme virilement douée, l'énergie morale dominait, et il lui fallait de grands efforts pour surmonter sa faiblesse physique.

Détail à noter : elle avait une frigidité qui ne s’alliait guère avec son tempérament ardent. Cette analgésie ne pouvait-elle tenir à sa constitution viciée ? Il serait impru- * dent de tirer des inductions téméraires ; mais ce que nous pouvons dire avec plus de certitude, parce que nous en offrirons les preuves, c’est que Théroigne avait été victime, dans sa jeunesse, d’une mésaventure dont les effets ont bien pu se faire sentir à longue échéance.

Vers 1788, la future coryphée de la Révolution avait été atteinte d'un mal dont nous connaissons aujourd’hui les déplorables conséquences et que nous combattons par une médication rationnelle, mais qui, au xvirre siècle, était traité par des procédés plutôt empiriques.

Jlexiste, aux Archives de Vienne, une correspondance, restée inédite, qui attesterait que Théroïigne était attaquée, dès 1788, « d’une maladie vénérienne, alors déjà

assez invétérée ». Je cite le texte même de la lettre que

(1) Souvenirs de la marquise de Créquy, t. VI, p. 281.

voulut bien jadis nous adresser à ce sujet l’éminent directeur des Archives de l'Etat Austro-Hongrois, M. Winter. Il est absolument regrettable que nous n’ayons pu obtenir communication de cette correspondance; mais, à son défaut, nous pouvons, grâce à l’obligeance du personnage que nous venons de nommer, produire une pièce qui, si vague soit-elle, projette une certaine lumière sur l’état de santé de notre héroïne, à la date de 1797.

C'est une note du chirurgien-docteur de Mederer, datée de Kufstein, le 25 juillet 1791 ; nous la transcrivons telle que nous l’a transmise M. Winter, dans sa traduction inélégante, mais suffisamment explicite :

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