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(2) Trois femmes de la Révolution.
Quelle a été l'étincelle ? Sous l'empire de quelles circonstances cette exaltée a-t-elle dépassé la mesure et comment un équilibre, en apparence physiologique, a-t-il été rompu )
Un incident, diversement rapporté par les historiens, a laissé croire à beaucoup — et nous avons été du nombre (1) — que là était l'origine des troubles cérébraux présentés ultérieurement par l'infortunée qui a droit à notre pitié plus qu’à notre réprobation. |
Rappelons tout d’abord les faits.
Vers le milieu de mai (1393), comme Théroigne passait sur la terrasse des Féuillants, une horde de femmes, qui avaient aperçu le Girondin Brissot, se mettent à hurler : « À bas les Brissotins ! ». Théroigne veut intervenir ; elle est aussitôt entourée par des mégères qui, la - saisissant à bras-le-corps, la dépouillent de ses vêtements et la fustigent publiquement.
Par qui fut fouettée Théroigne ?
M. Adrien Marcel (2) déclare « qu'il est bien difficile de
savoir au juste par qui Théroïigne de Méricourt fut fus-
(1) V, Chronique médicale, 15 octobre 1897.
(2) Intermédiaire, 10 novembre 1891.
tigée » et il reproduit plusieurs affirmations entièrement contradictoires.
D’après Michelet (1) (Histoire de la Révolution, t. VI, ch. IT), ce fut par des hommes, et (précise le signataire d'un article, paru dans le Figaro du 12 février 1886), par des («muscadins ». |
Le portraitiste Gabriel prétend qu'elle fut fouettée par les « furies de la guillotine » ; les frères de Goncourt (Portrails intimes du xvrri® siècle, t. I, p. 189), par des (€ SANS-jUpOns ) ; Ludovic Lalanne (Dictionnaire historique de la France), par des femmes appartenant au club de la Société fraternelle, etc.
Georges Duval (Dictionnaire de la conversation) se borne à dire qu'on la fouetta «dans un rassemblement qui s'était formé autour d'elle ». |
Nous pouvons ajouter de nouveaux témoignages, tout en reconnaissant qu’ils n'avancent guëre la solution de la question.
Dans la Démagogie en 1793 à Paris, M. Dauban donne (pp. 189 à r91) des extraits de la feuille des rapports et déclarations, faits au bureau de surveillance de la police (16 mai 1793, l'an Il de la République, aux Archives
(1) Prudhomme, dans ses Révolutions de Paris, écrit ce qui suit : « Depuis plusieurs jours, un certain nombre de femmes font la police dans le jardin des Tuileries et dans les corridors de la Convention nationale. Elles se chargent de la visite des cocardes, et arrétent les gens qui leur paraissent suspects. Ce sont elles qui, mercredi 15 du courant, donnèrent le fouet à Théroigne en l’appelant Brissotine ».
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nalionales), rapports dans lesquels, à la suite d’un exposé de l’insolence des femmes qui s’ameutèrent autour de la Convention, il est mentionné que « la citoyenne Théroigne, fouettée par ces espèces de mégères, leur avait dit qu’elle leur ferait mordre la poussière tôt ou tard » (1).
Un contemporain de la Belle Liégeoise, un publiciste et homme politique, qui fut guillotiné à Paris le 7 octobre 1793, Gorsas, s'exprimait ainsi, à la date du 17 mai précédent, dans son journal, le Courrier des 83 départements :
« Une héroïne de la Révolution a éprouvé avant-hier un petit échec sur la terrasse des Feuillans. Mile Théroigne, dit-on, recrutait des femmes pour la faction Rolandine. Malheureusement, elle s’adressa aux dévotes de Robespierre et de Marat, qui, ne voulant point grossir l’armée des Brissotins, se saisirent du recruteur femelle et le fustigèrent avec toute l’activité convenable. La garde arriva et arracha la victime aux mains de ces indécentes furies. Marat même qui vint à passer prit la fustigée tous sa protection. C’est ainsi qu'elle échappa aux sœurs fouetteuses des tribunes (2).
(1) « On imagina un moyen de lui ôter ce prestige, de l’avilir par une des plus lâches violences qu’un homme puisse exercer sur une femme. Elle se promenait presque seule sur la terrasse des Tuileries : ils formèrent un groupe autour d’elle, le fermèrent tout à coup sur elle, la saisirent, lui levèrent les jupes, et nue sous les risées de la foule, la fouettèrent comme un enfant ». Les femmes de la Révolution, par Michelet (Ernest Flammarion, éditeur. Edition définitive, revue et corrigée, in-8, Paris, p. 98).
(2) Seul, Restif de la Bretonne, qui, du reste, est assez suspect
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Le plus curieux de ces récits est celui qui nous représente Marat en champion de la persécutée. Qui pourrait être surpris cependant de voir Marat prendre la défense d’une femme, lui qui toute sa vie fut le défenseur des faibles ? L’ami du Peuple n'était-il pas l'ami de la Femme ? n’était-ce pas un féministe de la première heure, un féministe avant le féminisme (1) ? Le disciple de Rousseau avait su profiter des leçons du maître.
À ce propos, on a rappelé un passage des Mémoires de Barras, qui pourrait bien se rapporter à la scène du 15 mai 1793, bien que la date ne soit pas précisément
indiquée. Barras, que sa mémoire servait mal, dit qu'on
parla de pendre Théroïigne ; il n est pas question de la flagellation. Maïs ce qui a trait à Marat mérite plus d’attention. Prenant par la main la Belle (2) Liégeoise, Marat se
quant à la véracité de ses récits, souvent de seconde main, est en désaccord avec les autres contemporains.
Restif de la Bretonne, dans son Année des Dames nationales (1794, tome VIT), racontant la scène qui se passa, selon l’opinion unanime, sur la terrasse des Feuillants, dit que la Belle Liégeoise fut « fessée à Saint-Eustache par les femmes de la Halle, à qui elle voulait imposer la cocarde tricolore ». Il est difficile d’entasser plus d’inexactitudes en si peu de lignes.
(1) M. Lacour a jadis consacré une étude très pénétrante à Marat féministe et il est revenu à différentes reprises sur ce côté assez ignoré de la vie du grand patriote.
(2) Au fait était-elle belle ? Michelet la proclame charmante, petite et fort délicate ; le comte Thomas d’Espinchal (/ntermédiaire, VI, 188), la dit petite aussi ; mais peu jolie. silex à
Georges Duval trace ainsi son portrait : « Des aristocrates ont
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serait présenté au peuple, en prononçant ces mots
« Citoyens, vous allez attenter à la vie d’une femme | Allez-vous vous souiller d’un pareil crime ? La loi seule a le droit de la frapper, méprisez cette courtisane. Revenez, citoyens, à votre dignité. » Ces paroles apaisèrent le rassemblement. Marat profita de cet intervalle de calme pour enlever Mile Théroigne:et l’introduisit ensuite dans la salle de la Convention, et la sauva par cette démarche hardie.
Que devint notre héroïne après cette algarade ? À en croire maints annalistes, qui ont puisé leurs infor-
mations à des sources plus ou moins fantaisistes, Thé-
roigne de Méricourt, au lendemain de la scène de la fustigation, se serait confinée dans une retraite farouche, se désintéressant, au moins en apparence, des événements et « cherchant la solitude pour y cacher son humilia-
tion » (1).
osé écrire que Théroigne était petite, chétive, laide. Calomnies | Elle avait près de cinq pieds et la taille encore fine en 1789. Je ne vous aflirmerai point qu’elle ressemblait à Vénus de Médicis ; mais elle avait un minois chiffonné, un air mutin qui lui allaient à merveille, et un de ces nez retroussés qui changent la face des empires ».
Le portrait que nous en donnons permettra à nos lecteurs de se faire une opinion.
(1) V. FourNez, loc. cit.
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Les contemporains sont loin d’être d’accord sur ce point. «La misérable Méricourt (sic), conte Beaulieu, fut bientôt après reléguée à l'hôpital des fous. » Bientôt après veut-il dire un ou plusieurs mois, une ou plusieurs années ? L'expression est d’un vague déconcertant.
« Cet affront lui fut si sensible, écrit de son côté Dulaure, que ses facultés intellectuelles en furent altérées. » On n’est guère mieux renseigné.
Grâce aux patientes et très heureuses recherches de M. Lacour, auquel nous devons de si neuves et si précises indications, il nous sera permis d'apporter quelque clarté dans ce débat obscur.
M. Lacour a retrouvé, aux Archives, une pièce, signée du frère même de notre héroïne, établissant que celle-ci est « dans un état de démence qui ne peut lui permettre de gérer et administrer ses biens, la réduit en conséquence dans un état de détresse qui afflige l’exposant et fait même craindre pour la sûreté des voisins de ladite susnommée, s’il n'était pourvu promptement à sa sûreté personnelle. »
En conséquence, l’'exposant sollicitait du tribunal l'interdiction de sa sœur et la nomination d’un curateur.
À la suite de cette requête, le tribunal ordonnait la réunion en chambre du conseil, des « parents et amis » de Théroigne, pour se prononcer sur les mesures à prendre à son égard. Cette décision est du 12 messidor, an IT, c'est à-dire du 30 juin 1794.
Lorsque le tribunal rendit son ordonnance, Théroigne
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était depuis trois jours dans une maison d'arrêt. Aucun historien n’a parlé de cette détention, à part Beaulieu, qui, d’ailleurs, s’est borné à dire, en terminant son récit de la scène du 15 mai : « Théroigne n’a presque plus paru depuis cette humiliation ; elle a été emprisonnée pendant longtemps, et est aujourd’hui renfermée comme folle. »
Le dossier, des Archives prouve que la détention fut au moins de plusieurs mois. Le frère de Théroigne était intervenu pour réclamer la mise en liberté de sa sœur, en raison de son état spécial. Il était dit, entre autres choses, dans la pétition qu'il adressait aux pouvoirs publics :
« L'état de démence absolue de la citoyenne Terwagne « est constant, et sous ce point de vue le citoyen Ter- « wagne, exposant, son frère, ne craint point de la ré- « clameret de solliciter sa liberté. Il offre répondre d'elle « et de sesactions pour l'avenir, dans l'intention ou il est « de prendre soin d'elle, de lui fournir tous les secours « que l'humanité et sa fraternité lui font un devoir de lui « administrer, et de prendre, à raison de son état, toutes « les mesures et les précautions de prudence et de néces- « sité. IlLest persuadé, il est même convaincu que les mo- « tifs et les causes de son arrestation n'ont été que l'effet
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« de sa maladie et de son aliénation d'esprit, et c'est dans « cette conviction qu'il se détermine à la réclamer.
« Joseph TERWAGNE »
Cette folie de la suspecte ne fut constatée officiellement que le quatrième jour des sans-culottides de l’an Il (20 septembre 1794) : l'officier de santé de la section Le Peletier déclarait que Anne-Josèphe Terwagne, « en arrestation dans ladite », était « d'esprit aliéné depuis quelque temps ». |
Elle ne sortit de la maison de détention qu'en décembre 1794 : elle fut mise en liberté « sous la responsabilité de son frère. ».
Le 8 thermidor an II (26 juillet 1795), veille de l’anniversaire de la chute du tyran (Robespierre), Courtois lisait à la Convention un Rapport fait au nom des Comités de salut public et de sûreté générale sur les évéñements du 9 thermidor an II. Un passage de ce rapport était consacré à l'ex-amazone. Courtois racontait que le Comité de la section Le Peletier avait envoyé au comité de sûreté générale, le 16 thermidor an If, une lettre, écrite le 8 par « la fameuse Théroigne ». à Saint-Just. « Les membres du Comité, disait-il, croyaient y trouver des preuves de conspiration ; on n’y trouva réellement que des preuves de folie. » Et il donnait cette lettre, du reste en la tronquant et l’altérant.
Il ajoutait : « La citoyenne Théroigne, que je n'ai nom-
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mée fameuse qu'à raison dela part active qu'elle a prise à la Révolution, et de la célébrité que lui a donnée sa captivité chez l'empereur et le rôle qu'elle a joué depuis, est maintenant dans une maisonde folles, au faubourg Marceau. Dans un deses moment lucides, elle appela dernièrement, de sa fenêtre, un voisin qu'elle pria de s'intéresser pour elle, afin qu'elle sortit de cette demeure gênante.
« Le voisin craignit qu'elle ne füt effectivement victime, comme elle le disait, d’une trame perfide ; il s’intéressa à son sort, vint au Comité de sûreté générale parler en sa faveur ; mais les informations apprirent que son esprit aliéné était la seule cause de sa détention ; etles démarches du voisin officieux et humain auprès du Comité de sûreté générale, qu'il trouva bien disposé, n’eurent, par cette seule raison, aucun succès (1). »
Théroigne écrivit vainement à tous les chefs du parti avancé pour les intéresser à son sort ; ils restèrent sourds à son appel. <
Les dernières lueurs de raison s’évanouissaient, la nuit
se faisait dans le cerveau de l’infortunée !
Théroigne vient d’être transférée de la maison de santé
du faubourg Saint-Marceau à l’Hôtel-Dieu (2) ; le délire
(1) Rapport de Courtois, p. 132.
(2) Villiers, dans ses Souvenirs d’un déporté, a conté la visite qu’il rendit à la malade à l’Hôtel-Dieu, en 1797.
de persécution et la mégalomanie n’ont fait ques’accroître. Elle caresse toujours sa chimère d’établir l'union entre les fractions divisées du parti républicain.
On la perd de vue durant deux années ; est-elle restée pendant ce temps à l'Hôtel-Dieu : a-t-elle séjourné dans un autre hôpital ? les documents manquent pour l'établir.
Le 18 frimaire an VIII (8 décembre 1799), on la retrouve à la Salpêtrière ; à cette date, un extrait du registre d'entrée de cet hospice porte que « Anne-Joseph Théroïine (sic), âgée de quarante ans (bien qu’elle n’en eût que 37), native de Méricourt, département de l'Ourthe, a été enfermée, ce jour, aux loges de cet établissement, quartier des agitées (r} ».
Un mois environ plus lard, Théroigne est portée au registre comme sortie par bureau, c’est-à-dire par décision de la Commission des hospices, le 21 nivôse an VIII (11 janvier 1800). Sur une délibération de cette Commission datée du 16 nivôse, on a décidé son transport aux Petites-Maisons de la Rue de Sèvres.
Les Archives des hôpitaux civils de Paris mentionnent en ces termes la décision administrative :
« La Commission, informée de la translation de la citoyenne Théroigne, du grand Hospice (Hôtel-Dieu) dans la Maison nationale des femmes (Salpétrière), d’après la connaissance acquise de sa situation malheureuse dans
(1) Rapport fait, au nom des Comités de salut public et de sûreté générale, par Courtois, p. 132; cité par M. PELLET.
cette dernière maison, et par des considérations particulières, arrête que cette courtisane sera transférée de la Maison nationale des femmes dans celle des Petites-Mai- Sons, pour y occuper le premier lit vacant dans les infirmeries (1). »
Ce n'est que sept ans plus tard, en décembre 1807, que Théroigne était de nouveau ramenée à la Salpètrière (2).
Elle fut placée dès son entrée dans le service d'Esquirol, qui a rapporté, dans son ouvrage sur les Maladies mentales, l'observation qui va suivre de la malade confiée à ses soins.
Cette observation a toute la valeur d’un (« document humain ».
« Téroenne ou Théroigne de Méricourt. était une célébre courtisane, née dans le pays du Luxembourg. Elle était d'une taille moyenne, elle avait les cheveux châtains, les yeux grands et bleus, la physionomie mobile, la démarche vive, dégagée, et même élégante.
«Téroenne ne veut supporter aucun vêtement, pas même
(1) Archives des hospices civils.
(2) E. et J. de GoncourT, Portraits intimes du XVItI° e siècle, p. 392, d’après les Registres des entrées de la Salpétrière.
de chemise. Tous les jours, matin et soir, et plusieurs fois le jour, elle inonde son lit, ou mieux la paille de son lit avec plusieurs seaux d’eau, se couche et se recouvre de son drap en été, et de son drap et de sa couverture en hiver.
« Elle se plaît à se promener nu-pieds dans sa cellule dallée en pierre et inondée d’eau.
« Le froid rigoureux ne change rien à ce régime. Jamais on n’a pu la faire coucher avec une chemise ni prendre
une seconde couverture. Dans les trois dernières années de sa vie, on lui donna une très grande robe de chambre dont elle ne se servait presque jamais.
« Lorsqu'il gèle et qu'elle ne peut avoir de l’eau en abondance, elle brise la glace et prend l’eau qui est audessous pour se mouiller le corps, particulièrement les pieds.
« Quoique dans une cellule petite, sombre, très humide et sans meubles, elle se trouve très bien : elle prétend être occupée de choses très importantes ; elle sourit aux personnes qui l’abordent ; quelquefois elle répond brusquement : Je ne vous connais pas, et s'enveloppe sous sa couverture. Il est rare qu’elle réponde juste. Elle dit souvent : Je ne sais pas ; j'ai oublié. Si on insiste, elle s'impatiente, elle parle seule, à voix basse ; elle articule des phrases entrecoupées des mots : fortune, liberté, comitlé, révolution, coquins, décret, arrété, etc.
« Elle en veut beaucoup aux modérés. |
«Elle se fâche, s’emporte lorsqu'on la contrarie, surtout lorsqu'on veut l'empêcher dé prendre de l’eau.
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« Une fois, elle a mordu une de ses compagnes avec tant de fureur, qu’elle lui a emporté un lambeau de chair ; le caractère de cettefemmeavaitdoncsurvécu äsonintelligence.
« Elle ne sort presque point de sa cellule, et y reste ordinairement couchée. Si elle en sort, elle est nue ou couverte de sa chemise : elle ne fait que quelques pas, plus souvent elle marche à quatre pattes, s’allonge par terre; et l'œil fixe, elle ramasse toutes les bribes qu'elle rencontre sur le pavéet les mange. Je l'ai vue prendre et dévorer de la paille, de la plume, des feuilles desséchées, des morceaux de viande traînés dans la boue, etc. Elle boit l’eau des ruisseaux pendant qu’on nettoie les cours, quoique cette eau soit salie et chargée d'ordures, préférant cette boisson à toute autre. |
« J'ai voulu la faire écrire ; elle a tracé quelques mots. Jamais elle n’a pu former de phrase.
« Elle n'a jamais donné aucun signe d’hystérie. Tout sentiment de pudeur semble éteint en elle, et'elle est habituellement nue, sans rougir à la vue des hommes.
« L’ayant fait dessiner en 1816, elle s’est prêtée à cette opération ; elle n’a paru attacher aucune importance à ce que faisait le dessinateur (1).
«Malgré ce régimeque Téroenne a continué pendant dix ans, elle était bien et régulièrement menstruée ; elle mangeait beaucoup, elle n'était point malade et n’avait contracté aucune infirmité. Quelques jours avant d'entrer à
(1) Nous avons publié ce dessin dans la Chronique médicale, 1897, p. 643.
La à Drag LES INDISCRÉTIONS DE L' HISTOIRE
l'infirmerie, il s’est fait une éruption sur tout son corps ; Téroenne s’est lavée à son ordinaire avec l’eau froide et s’est couchée sur son lit inondé, les boutons ont disparu ; dès lors, elle est restée dans son lit, ne mangeant point, buvant de l’eau.
« Le 1er mai 1817, Téroenne entre à l’infirmerie dans un état de faiblesse très grande, refusant toute nourriture, buvant de l’eau, restant couchée, parlant souvent seule, mais à voix très basse. ‘
« Le 15,maigreur, pâleur extrême de la face, yeuxternes, fixes, quelques mouvements convulsifs de la face, pouls très faible, légère enflure des mains, œdème des pieds.
« Enfin le 9 juin, elle s’est éteinte, âgée de cinquantesept ans (1), sans qu'elle ait paru avoir recouvré un seul instant sa raison. »
Théroigne était morte en réalité, non le g, mais le 8 juin ; le surlendemain l'autopsie de son corps était faite; en présence d'Esquirol, par deux de ses élèves, Amussat et Descuret. Fo Fes
… Voici le procès-verbal de cette opération, tel qu'il a été reproduit dans un ouvrage technique (2) :
(1) Théroïigne avait 55 ans au moment où elle succomba le 9 juin 1817, d’après Esquirol ; le 8, d’après le registre des décès de la Salpêtrière, qui porte, comme cause de mort, cette simple mention : Péripneumonie chronique.
(2) La Médecine des Passions, par DEscurET, pp. 760-763.
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« Dure-mère adhérente au crâne; crâne épais postérieurement, ligne médiane très déjetée.
« Cerveau très mou, décoloré ; membrane qui revêt les ventricules épaissie ; la substance cérébrale subjacente, dans l'épaisseur d’une ligne, présentait un aspect vitreux d’un blanc grisâtre.
« Plexus choroïdes décolorés, offrant des petits kystes séreux.
« Garotides qui cotoient les sinus caverneux, ayant ac-
quis le diamètre d’une très grosse plume.
« Glande pituitaire contenant un fluide brunâtre. « Sérosité dans les deux plèvres, ainsi que dans le péricarde.
Cœur flasque.
Estomac distendu par un fluide verdâtre.
« Côlon transverse DRPeRAUAne précipité derrière ; pubis.
« Foie petit, verdâtre ; son tissu très mou; sa tunique propre se détachant avec la plus grande facilité. « Vésicule biliaire distendue par de la bile noire, épaisse grenue. | | | | HA « Rate molle, verdâtre comme le foie.
« Vessie très contractée sur elle-même, ses parois très épaisses. sa « Enveloppe des ovaires épaisse, et même -cartilagineuse en plusieurs points.
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