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LA TRAITE DES BLANCHES LÉGALE

(De Solon à Louis XV)

C'est à Solon qu'on doit l'institution de la prostitution légale, de la prostitution contrôlée, patentée par l'État.

L'illustre réformateur ayant fait acheter, pour le compte de la République, des esclaves asiatiques, les enferma, pour servir à la prostitution publique, dans des sortes d'établissements appelés diclérions (1), situés à Athènes dans les environs du port. Bientôt des dictérions libres vinrent faire concurrence aux dictérions municipaux, et de nombreux cabarets s'établirent, qui étaient autant de repaires pour la prostitution.

(1) Les dictérions étaient gérés au compte et bénéfice de l'Etat. La taxe exigée des clients variait entre 0 16 et 0,62 centimes. Dans les dictérions privés, le tarif allait jusqu’à un sfataire d’or (environ 18 fr. 50 de notre monnaie).

A Rome, le pretium stupri était plus modique. Pétrone conduit au lupanar un de ses héros, qui acquitte le droit d’un as. Moyennant une demi-livre d'argent, on pouvait acheter une virginité (Cf. PANSIER, brochure citée plus loin).

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Les dictérions étaient considérés comme lieux d'asile et, par suite, reconnus inviolables: dans leur enceinte, l’homme marié ne pouvait être accusé d’adultère, le père ne pouvait aller chercher son fils, pas plus que le créancier y poursuivre son débiteur (1).

Dans sa sage prévoyance, Solon (2) avait-il entendu mettre le remède à côté du mal ? Etait-ce par mesure d'hygiène qu'il avait fondé les premières maisons de tolérance qui nous soient connues ? Ceux qui soutiennent pareille opinion s'appuient sur celte phrase du philosophe Eubule : « C’est à ces belles filles que tu peux acheter du plaisir pour quelques écus et cela sans le moindre danger. » C’est peut-être aller un peu loin dans l'interprétation d’un texte de rédaction obscure ; en faudrait-il induire seulement que la prostitution clandes-

tine ou libre n'était pas sans causer quelque désagrément à qui y avait recours ?

(1) Dr Durouy, La Prostitution dans l'antiquité.

(2) Nicandre, médecin grec, dit que Solon est le premier qui ait bâti un temple à Vénus populaire ; et le poète Phil:mon, pénétré de l’utilité de cette innovation, s’écrie avec l’accent de l'admiration et de la reconnaissance : « O Solon, tu as été vraiment le bienfaiteur du genre humain, car on dit que c’est toi qui a, le premier, pensé à une chose bien avantageuse au peuple, ou plutôt au salut public. Oui, c’est avec raison que je dis ceci, lorsque je considère notre ville pleine de jeunes gens au tempérament bouillant, et qui se porteraient à des excès intolérables. C’est pourquoi tu as acheté des femmes et tu les as placées en des lieux où, pourvues de tout ce qui leur est nécessaire, elles deviennent communes à tous ceux qui en veulent. » SABATIER, Histoire de la législation sur les femmes publiques, 1828.

On ne saurait prétendre, en tout cas, qu’on ne la favorisät en haut lieu.

Les courtisanes libres en Grèce étaient tenues, de même qu’à Rome, de porter un costume spécial, qui les distinguât des femmes honnêtes. Ce costume était composé d'étoffes bariolées, aux. couleurs éclatantes, sur lesquelles étaient appliqués des bouquets de fleurs. Leur coiffure ne comportait qu'une guirlande de roses. Seules, les femmes mariées portaient la tunique et le peplum en étoffe unie, la couronne d'or et les bijoux (1). Les règlements de police exigeaient, en outre, que leurs cheveux fussent teints en jaune, couleur qu’elles obtenaient avec une macération de safran ou d’autres plantes (2).

À Rome (3), les prostituées devaient se coiffer d'une perruque blonde ou se faire teindre les cheveux en jaune ;

(1) Les Grecs furent les premiers à combattre la prostitution, en défendant aux courtisanes de porter des bijoux et de l’or dans les rues : elles étaient obligées de les faire porter publiquement par leurs servantes, sans pouvoir s’en parer elles-mêmes. (/nter-

médiaire des Chercheurs, 1888).

(2) La Prostitution dans l'antiquité.

(3) A Rome, les maisons de débauche portaient le nom de lupanars. L’étymologie de ce nom prenait sa source dans la fable de l'allaitement de Romulus et Rémus par une louve. Cette louve était Accia Laurentia, femme du berger qui recueillit les deux enfants exposés sur les bords du Tibre, et à qui la beauté de ses formes et la voracité connue de son appétit charnel avaient attiré cette qualification de la part de ses voisins. Les femmes publiques furent appelées louves, lupex, et leurs demeures, lupanaria. Leurs chambres étaient ordinairement construites sous terre et voûtées, fornix. d’où est dérivé le mot fornication (SABATIER, 0p. Cit.).

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dans les rues, elles cachaient leur chevelure sous une. espèce de capuchon, le palliolum. Au théâtre, au cirque ou dans les réunions publiques, elles portaient une coiffure qui servait à les faire reconnaître : la mître, le nymbe ou la tiare, à leur choix, avec des fleurs et quelquefois une parure d'or ou des pierreries. La mître, moins coupée que celle de nos prélats, était, comme celle-ci, ornée de deux pendants qu'elles ramenaïent sur les joues. Elles devaient avoir les pieds chaussés de sandales, les brodequins étant réservés aux matrones (1).

Un arrêt de Domitien interdit aux prostituées de se promener dans les rues en litière : on avait remarqué que ce véhicule était devenu une alcôve ambulante, où la courtisane se livrait, tous rideaux tirés, à ses amants de passage ; l'arrêt de l’empereur était pour mettre un.terme à cet abus.

Des règlements de police imposèrent un vêtement par-

(1) Un écrivain latin, Nonnius, rapporte que les prostituées ont d’abord usé de vêtements plus courts que les femmes honnêtes et qu’ensuite elles se revêtirent de la toge : Sumpsisti virilem togam quam statim muliebrem reddidisti (CicéRroN, Philipp., ID.

La toge était imposée aux femmes convaincues d’adultère, afin qu’on pût les distinguer des chastes matrones, qui portaient une longue tunique ou stola (V. ManrTiaL, I, II et X). Est-ce en souvenir de cet usage, écrit M. Ulysse ROBERT (Des signes d’infamie au Moyen Age), que les filles publiques furent, au Moyen Age, astreintes, elles aussi, à porter des vêtements et des signes pouvant les faire reconnaître, ou voulut-on les assimiler aux lépreux et montrer ainsi que leur contact n’était pas sans danger ? Cette dernière hypothèse nous paraît, comme à M. Robert, la plus vraisemblable.

ticulier aux femmes qui faisaient commerce de leur corps ; à la place de la sfole des matrones, qui retombait Jusque sur les pieds, les filles publiques furent astreintes à porter la tunique courte et une toge ouverte par devant : d’où leur nom de {ogatæ. À une époque elle se vêtirent — oh si peu ! — de robes de soie transparentes, à l'exemple des courtisanes asiatiques, qui avaient mis à la mode ce costume séduisant, mais peu décent.

Les honnêtes femmes portaient des souliers blancs ; les autres adoptèrent la couleur rouge pour leurs chaussures, jusqu'au jour où l’empereur Aurélien décréta qu'il se réservait cette couleur, imitant en cela les anciens rois d’Albe.

Pendant longtemps, les femmes vertueuses se distinguèrent par un turban assez large, qu’elles tressaient dans la chevelure et avec les extrémités duquel on formait quelques nœuds.

Pour exercer leur profession, les courtisanes romaines

étaient tenues d'en faire la déclaration devant les auto- rités ; on vit alors des femmes du plus haut rang se soumettre à cette formalité, pour pouvoir se livrer en toute sécurité à la plus crapuleuse débauche. Un décret du Sénat fut rendu, pour interdire aux femmes, dont le père,

l’aïeul ou le mari avait fait partie de l’ordre des chevaliers, de se livrer à la prostitution. Celles quise rendaient coupables d’une infraction à la loi, étaient reléguées dans une île lointaine.

Les divers empereurs qui se succédèrent au pouvoir rendirent les édits les plus sévères, tout en offrant euxmêmes l'exemple de la luxure la plus effrénée : c'est ainsi qu'Auguste donna un repas, où les convives étaient vêtus en dieux ou déesses et où il jouait le rôle d’Apollon ; on devine les orgies qui s'ensuivirent (1).

Tibère passait la nuit à boire, servi par des filles nues, dans la maison du sénateur que, le matin même, il avait accablé de reproches (2).

Caligula qui, le premier, imposa la prostitution et soumit à la taxe les filles publiques, selon le prix qu’on attachait à leurs faveurs, donna l’exemple des pires infamies : c'est ce monstre qui viola Drusille, l’une de ses sœurs, eut un commerce criminel avec ses autres filles, exhiba sa femme nue devant ses amis et déshonora les dames les plus distinguées de Rome, sous les yeux même de leurs maris (3).

Domitien, qui avait défendu aux prostituées l’usage de la litière, vivait publiquement avec la fille de son frère (4).

Ces fous couronnés, se parant des dehors de la vertu,

(1) SUÉTONE, Vie d’Auguste, c. LxIx et suiv.

(2) SUÉTONE, Vie de Tibère, c. xxxV, XLII et suiv. (3) SABATIER, 0pD. Cil., p. 62-63.

(4) SUÉTONE, C. VIII et XXII.

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affectaient de réprimer avec sévérité les moindres atteintes aux mœurs, alors qu'ils se livraient aux plus honteuses dépravations.

Mais ce sont là faits connus et sur lesquels il serait

superflu d'insister.

Pendant plus de cinq siècles que dura la domination romaine sur les Gaules, les règlements sur la prostitution restèrent en vigueur ; même après la chute de l'empire, ces lois subsistaient encore et étaient appliquées dans tout l'Occident.

Les Goths montrèrent, dans leur Code Alaric, une sévérité qu'on ne trouverait même point dans les lois romaines (1).

« Toute fille ou femme mariée, qui était reconnue se livrer au métier de la prostitution, devait être arrêtée, condamnée à recevoir trois cents coups de fouet et bannie à perpétuité. Si elle reparaissait dans la cité, et

(1) Cependant les Romains condamnaient la femme adultère à se prostituer dans un lieu de débauche. Cette coutume immorale, abolie par l'Empereur Théodose, a été conservée par les Africains d'Alger, dans ce pays : il y a une ferme de femmes publiques, comme ailleurs il existe une ferme de jeux. Lorsqu'une femme mariée manque à ses devoirs, le mezouard ou fermier s’en empare et la livre à qui se présente (SABATIER, 0p. cit., p. 80).

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qu'elle tint la même conduite, on lui appliquait de nouveau trois cents coups de fouet, et on la mettait en service chez quelque personne pauvre, avec défense de paraître aux yeux du public.

« Les pères et mères qui souffraient ce mauvais commerce de la part de leurs filles pour en tirer leur subsistance étaient punis de cent coups de fouet.

« Les filles ou femmes esclaves qui se prostituaient, étaient condamnées à trois cents coups de fouet, et il était fait défense au maître de les laisser rentrer dans la ville ; leur négligence à cet égard leur faisait encourir la peine de cinquante coups de fouet, et les esclaves. étaient adjugées aux pauvres.

« Lorsqu'il était prouvé qu'elles s'étaient prostituées pour le profit du maître, celui-ci subissait le même châtiment auquel elles étaient soumises.

« Le juge coupable de dissimulation, faiblesse ou connivence, encourait le fouet et l’amende (71).

Charlemagne voulut, à son tour, réformer l’étal social et améliorer les mœurs ; le premier monument de la législation française contre la débauche publique émane du grand Empereur. |

Un capitulaire de l’an 800 prononça la peine du fouet contre les prostituées, et pour empêcher ses sujets de leur donner asile, il décréta que le maître de maison chez qui on trouverait une. femme de mauvaise vie, serait

(4) Leg. Visigoth, 17° lib., titre IV.

condamné à la porler sur ses épaules jusqu'à la place du marché; qu’en cas de refus, il y serait conduit lui-même et fustigé avec elle.

On attachait les coupables à un poteau ; on les plaçait quelquefois dans une position très douloureuse et dans cet état ils subissaient leur peine (1).

Par un autre capitulaire, les fermiers d’un libertinage scandaleux furent condamnés à parcourir pendant quarante jours lés campagnes, nus de la tête à la ceinture, ayant sur le front un écriteau qui énonçait la cause de la condamnation (2).

Déjà, à cette époque, les filles publiques formaient une corporation (3), qui avait ses règlements, ses coutumes, ses privilèges. Tous les ans, elles célébraient la fêle de leur patronne, sainte Madeleine (4), et faisaient à cette occasion une procession solennelle,

Elles étaient confinées dans des lieux spéciaux qu'on

appelait bordeaux ou clapiers ; ceux qui tenaient ces établissements furent désignés sous le nom de maquereaux

et maquerelles.

() BazLuzE, Capitul. de Minister, palat., t. I, pp. 342 et seq., éd. de 1780 ; Du CANGE, Dissertation sur Joinville, verbo Cippus.

(2) BazuzE, Capitul, t. II, col. 1198 et 1563. (3) Cf. DuraAURE, Des Divinités génératrices, p. 280.

(4) V. BroC DE SEGANGE, Les Saints patrons de corporations ; et Durour, Histoire de la Prostitution, t. HT, pp. 410-411,

Ces termes de bordeau, bordel; maguereau, etc., aujourd’hui passés dans le langage le plus trivial, ont été longtemps usités dans les actes législatifs et judiciaires, aussi bien que dans les livres et dans la langue usuelle ; c'est pourquoi nous ne croyons pas oiseux de nous expliquer, l'occasion s’en offrant, sur l'étymologie probable de .ces différents mots.

Le mot ancien bordeau, dont on a fait bordel, fut composé, selon quelques autéurs, des deux mots bord et eau, parce que les lieux de débauche furent d'abord situés au bord des fleuves ou rivières (x).

D'autres disent qu'il vient du mot.saxon bord, que les Français avaient conservé, et qui signifie loge ou maisonnette; ce qui indiquerait la petitesse des repaires.de la débauche, qui étaient sous ce rapport une imitation des lieux voûtés qu'habitaient les courtisanes de Rome. On les appela clapiers, par allusion à ces trous souterrains où se cachent et nichent les lapins La).

Quant au mot maquereau, les uns croient qu'il vient de l'hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est

(1) Boucer, Biblioth. du: Droit français, t. 1, p. 382.

(2) Traité des coutumes .anglo-normandes, t. I, pp. 18 et 19, : DesessARrTs, Dictionnaire .de police, verbo Femme, p. 580.

le métier de ces sorles de gens de vendre les faveurs:des filles qu'ils ont l’art de séduire. Il en est d’autres qui.le dérivent d'aguarius ou d'aquariolus, parce que, chez iles Romains, les porteurs d’eau se mêlaient communément des intrigues de la débauche, et.en étaient les messagers les moins suspects, par l'entrée qu'ils avaient dans les maisons des particuliers et dans les bains publics. Geux qui sont pour cette étymologie prétendent que d’aguariolus nous avons fait, en y ajoutant la lettre m, maqguariolus, et.que.de là s’est formé le nom de maquereau.

Il en est enfin .qui le tirent d’un autre mot latin macalarellus, parce que, dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes dela débauche portaient des.habithigarrés ; et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n'a été donné à l’un de nos poissons .de mer, que parce qu'il est mélangé de plusieurs couleurs sur Le dos. (a).

Le mot garce qui n’est, après tout, que Le féminin de gars ou de garçon, s'emploïe-encore quelquefois, en pays berrichon et ailleurs, dans le sens honnête de jeune fille.

Cette défaveur du mot garce doit nous rappeler qu'au Moyen Age, le terme garçon fut pendant longtemps pris

(1) Desessarrs, idem, p. 581 ; Chronique médicale, 1902, p. 365.

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en très mauvaise part : il avait alors, au masculin, une signification non moins injurieuse que celle que l'on donne aujourd’hui à son féminin garce. La réhabilitation de garçon ne date guère que de la fin du xvre siècle (1).

Les étymologistes ont savamment disserté sur l’origine du mot pute. Pour certains d’entre eux, pute est le même mot que le sanscrit poutri, qui signifie fille. Le diminutif en serait puella ou pucella et le péjoratif, si on peut ainsi s'exprimer, putana, qui est le mot italien, d'où est dérivé notre terme français. Les philologues, nous réservent de ces surprises : pule et pucelle ayant le même radical, de même que purus et purificare ! Ne semblerait-il pas plus admissible que le mot en question dérivât de pulere (infecter) ?

Il est à noter cependant qu’il n’a été pris en mauvaise

- part qu’assez tardivement. Quand un Suisse disait à Milede

Fontanges : « Vous pouvez entrer ; je sais que vous êtes la putain du Roi », il n’avait pas l'intention de l’offenser. C'est, en effet, sous le règne de Louis XIV que le mot paraît s’être introduit dans la langue, par effraclion. Scarron met dans la bouche de Jupiter, parlant à Vénus :

Il lui dit : petite putine |

(Du depuis on a dit putain)

Car notre langue se raffine

Et toujours se raffinera,

Tant que françois on parlera (2).

(1) LAISNEL DE 1 A SALLE, Croyances et Légendes du centre de ia France, t. II.

(2) Intermédiaire, 25 juillet 1886.

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À peu près de la même époque daterait le mot de pierreuse. Les carrières serva‘ent alors de refuge aux filles, qui pullulaient, comme de nos jours, dans le faubourg Montmartre et aussi dans le faubourg Saint-Jacques. Le

qualificatif argotique de pierreuses leur en resta (1).

Puisque nous en sommes sur ce chapitre, voulez-vous nous permellre de vider tout notre sac ? Il est une expres- Sion souvent employée et qui a presque droit de cité dans la langue courante : c’est celle de paillard ou paillarde, appliquée à un homme ou une femme débauchés. En connaissez-vous l'origine ? Hasardons-en, du moins, une explication.

Par une tradition, qui sans doute remontait à la Rome des premiers temps, une couronne de paille, suspendue à la porte des maisons de débauche, leur servit longtemps d’enseigne; on appelait même, en signe de mépris, les prostituées, des paillères. |

Ce fut donc, dans l'opinion populaire, un moyen très énergique de reprocher à une fille son inconduite que de

répandre de la paille (2) à la porte de sa maison et d'en

(1) Ep. FourNIER, Variétés historiques et littéraires, t. ÉII, p. 78 (n.).

(2) Quand une sentence de l’Officialité obligeait de faire bénir

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joncher le chemin qu’elle devait suivre pour aller recevoir la bénédiction nuptiale.

Dans l'intérêt des mœurs, le clergé avait même cru, en Allemagne, devoir entrer dans ces idées ; il obligeait les fiancées, dont les désordres avaient été publics, à se noter elles-mêmes d’infamie, en portant, au lieu de fleurs, une couronne de paille.

C’est sans doute aussi par une plaisante allusion aux: anciens usages des filles de joie que, dans plusieurs de nos provinces, on attache encore maintenant un bouchon de paille aux bêtes que l’on mène à la foire (1).

Les premières maisons de débauche se donnaient pour des cabarets, et un bouchon de feuilles vertes leur servait d'enseigne. Quand la litière de paille, qu'on y avait d’abord grossièrement étendue, eut été remplacée pardes jonchées de laurier, le maître annonça son commerce, en suspendant une branche de laurier à la porte.

Ce malheur'est venu à quelques jeunes: veaux Qui mettent à l’encan: l'honneur dans les bordeaux

Et ravalant Phœbus, les Muses et la Grâce, Font un bouchon à vin du laurier du Parnasse,

des rapports de concubinage devenus un: objet de scandale, les condamnés se mariaient à l’église Sainte-Marine, la paroisse des prostituées, avec un anneau de paille, et si ce n’était pas une mordante allusion à la litière dont les maisons de débauche étaient garnies, qu’il leur fallait accepter à titre de pénitence publique, au moins .n’était-ce pas un emblême de la solidité et de la perpétuité ‘ du lien qu'ils allaient contracter.

(1) EDELESTAND pu MÉRiz, Etudes sur quelques points d’archéologie et d'histoire littéraire.

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