‹ Les indiscrétions de l'histoireChapitre 9 sur 61 · VER · texte numérisé non relu

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a dit Régnier (r), qui savait pertinemment ces sortes de choses. Les lieux de prostitution en reçurent même le nom de Laures (2), qu’ils conservent encore dans l’argot. C’est par allusion à cet usage que Brantôme (3) disait d’une de ses héroïnes : « Elle vouloit encore fringuer sur les lauriers ; » et quon chante dans une ronde, très populaire parmi les enfants, en Normandie :

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés (4)...

Mais poursuivons cette digression philologique.

Au Moyen Age, la ville de Lyon avait sa chasse à Rtbauds ; ce que nous allons en dire n’est que pour faire connaître les principales acceptions du mot rihaud.

On donnait, à Lyon, le nom de Chasse ribauds à une

(1): Satire IV.

(2). V. Francisque Micez, Dictionnaire d’argot, p. 245. (3) Des Dames galantes, IVe discours.

(4) Naguère encore, en Lorraine, pour célébrer le retour du mois de mai, certainement par un souvenir plus où moins vague des anciennes fêtes florales, les fêtes les. plus impudiques de l’Antiquité classique, les jeunes gens attachaient à leur chapeau une petite branche de laurier ou de romarin (RICHARD, Traditions, p: 174). Cf. EDELESTAND pu MÉriz, loc. cit.

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espèce de couvre-feu ou de retraile, que la trompette sonnait, lous les soirs, du haut des tours de Notre-Dame de Fourvière. Aussitôt que ce signal avait retenti, les ribauds et malandrins de toute espèce devaient vider les brelans et autres maisons mal famées ; sinon, le roi des ribauds les faisait saisir par ses estafiers et conduire en lieu sûr.

Ce même Roi des ribauds avait une manière fort originale de procéder à l'arrestation des filles de joie qui s’éloignaient du quartier qu’il leur avait assigné : il lançait sur les délinquantes un immense épervier el les remorquait

enveloppées du filet, jusqu’au cloître Saint-Jean (1).

C'est sous le roi Philippe II (Philippe-Auguste) (2) qu'avait élé créé un corps franc, dont les soldats (Ribaulx,

(1) PARADIN, Histoire de Lyon ; Aimé GuizzoN, Lyon tel qu’il était et tel qu’il est (Cf. LAISNEL DE LA SALLE, 0p. cit.).

(2) À vrai dire, l’usage de faire suivre l’armée en campagne d’une troupe, on devrait plutôt dire d’un troupeau de filles de joie, remonte à la plus haute antiquité : Darius et Alexandre ne se faisaient-ils pas suivre d’un nombre considérable de femmes, pour satisfaire à leurs plaisirs ? Les Mémoires sur l’ancienne chevalerie mentionnent la même particularité au Moyen Age.

Quant à celles suivant la Cour, les Comptes de la Chambre aux deniers, de 1469-1470, contiennent la note suivante : « A lui (au Roi) encore ledit jour (4 mai 1470), baillé par Ge Graftort, archier de sa garde pour donner aux fillettes de joye suivant la

Ribauds, Ribaldi), plus audacieux que les autres, s'étaient rendus presque célèbres par leur hardiesse autant que par leur libertinage ; la vie licencieuse qu'ils menaïent ne tarda pas à leur conquérir une réputation de débauche, qui fut désormais synonyme de leur nom.

Réunis en corporation, et suivant en cela l'usage adopté par maintes sociétés, telles que celles des ménétriers, des merciers, etc., les Ribauds décernèrent à leur chef une royauté éphémère, en lui donnant le litre de roi des Ribaulx. |

La Cour elle-même ne tarda pas à s’y associer, en créant une charge publique, qui avait pour objet la surveillance des tavernes et maisons de débauche tirant un tribut des logis de Bourdeaulx et des femmes bourdelières, surtout pendant les voyages de la famille royale, autour de laquelle voltigeait un essaim de gentilshommes et de filles de joie, autorisés à la suivre.

Au nombre des étranges prérogatives du roi des Ri-

bauds ti), figurait celle de prélever cinq sols parisis sur

court pour leur may (les étrennes se donnaient au 1e mai) dix escus treize livres, 15 s. t. ».

(1) I existe, aux archives de la ville de Douai, un cartulaire, dans lequel se trouve une ordonnance des échevins de cette ville, datée de l’an 1242, portant que « les jeux de dés, brelenq, boules et autres, étant interdits au roi des ribauds, il percevra à l’avenir, sur chaque femme de folle vie demeurant à Douai, en estuves ou

en bourdel, pour bienvenue, pour la première fois, deux gros ; sur chacune de ces femmes, par mois, un gros ; si elles changent de maison en ville, un gros ; sur chaque individu tenant hostel ou

chaque femme convaincue d’adultère et d’obliger les filles de joie à faire son lit pendant tout le cours du mois de mai, c’est-à-dire à l’époque du renouveau, qui annonçait le retour du printemps et des plaisirs amoureux.

Le roi des Ribauds eut le chagrin, à l'avènement de François Ier, de voir le reste de sa vieille suprématie, celle qu'il exerçait sur les prostituées suivant la Cour, passer entre les mains d’une Dame des: filles de joie (x).

ce qui fit tomber son spectre en quenouille (2).

Les ordonnances de saint Louis n'avaient autorisé dans l’Université que deux asiles de ribaudes : l’Abreuvoir-

bouticle, hébergeant ou soutenant telles femmes de folle vie, un gros chaque mois ; sur chaque femme d’estuve ou de bourdel à la Saint-Pierre, un gros, et à la fête de Saint-Remy, un gros ; sur les femmes mariées, filles ou meskines, qui mésuseront de leur corps, le dit Roi pourra prendre à son profit le mantel ou caperon.

Il pourra prendre aussi, à son profit. l’habit du ladre venant habiter .

la ville sans permission ». Intermédiaire. 1878, p. 109.

(1) Le registre de l’Epargne, de François IF, pour l’année 1560, contient les dépenses faites par les joyeuses filles, entretenues traditionnellement à la Cour, entre autres celles relatives à Jehanne Lignière, dame des filles de joye suivant la Cour, chargée de départir la somme de 40 livres tournois « pour les estrennes du 1er jour de may ». La coutume de donner des étrennes au 12° mai durait donc encore dans la seconde moitié du xvie siècle. Cf. Zntermédiaire, 10 mars 1596.)

(2) V. la curieuse dissertation du bibliophile Jacog : Le Roi des

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Mâcon et Froïdmantel, près le clos Bruneau; maïs Guillot a signalé six ou sept rues où s’exerçait ouvertement la prostitution, et les écrivains du même temps, Jacques de Vitry (r) entre autres, assurent que chaque maison du quartier des Ecoles contenait au moins un mauvaïs lieu (2).

Il paraît ressortir de l'esprit des ordonnances de saint Louis, que toute femme était libre de son corpset pouvait en faire trafic (3) à son gré, pourvu qu’elle ne s’abandon:-

Ribauds, histoire du temps de Louis XII, 2 vol. in-8 ; Paris, 1834 ; Durour, Histoire de la Prostitution, t. IV, ©. vint.

(1)?Dès le x1e siècle, ainsi qu’en témoigne Jacques de Vitry (historien et prélat français, mort en 1240) dans son Historia Occidentülis, (chap. r et vx), Paris.était infesté de « filles publiques, partout. errantes par les rues et les places de la cité, provoquant les clercs à leur passage et les entraînant comme par violence dans leurs: lupanars publics... Dans la même maison on trouve des écoles en haut et des lupanars en bas ; et tandis que d’un côté, on entend les filles se quereller avec leurs amants, de l’autre, retentissent les savantes argumentations des écoliers. La ville la plus fidèle n’est plus: qu’une prostituée. » PANSIER, 0p cit, p. 10.

(2) Sur la topographie des mauvais lieux, dans le Paris d’autrefois, consulter Durour, Histoire de la Prostitution, t. IV, c. x cExr

(3): Si nous ne sommes pas renseigné sur le tarif des prostituées du Moyen Age, nous avons quelques indications sur ce que payaient de loyer les filles faisant métier de leur corps.

Une: maïson de Ia rue Saint-André-des-Ares est louée à une « femme amoureuse », moyennant 194 francs. Ce devait être quelque hétaïre en renom. Peut-être aussi ce loyer était-il celui d’une collectivité ?

Quarante-cinq ans auparavant, une autre « femme amoureuse » ne payait, dans la même rue, que 52 francs de loyer ; une partie de maison, rue de la Harpe, affectée, suivant les termes du contrat, à l'usage analogue de chambrettes à fillettes, ne rapportait annuelle-

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nât au péché que dans les anciens bordeaulx el rues à ce ordonnées d'ancienneté.

On réglementa plus tard les heures d'entrée et de sor-

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tie dans ces clapiers, mais les femmes qui s’y rendaient : ne furent soumises, pense-t-on, à aucune inscription. “ HSÔT 1226, Guillaume III, évêque de Paris, en ayant Sn | converti plusieurs, les réunit dans un hôpital, que saint Louis fit bâtir à cet effet. Ce prince fit placer, au dire de Joinville, grant multitude de femmes en l'ostel qui, par povreté, étaient mises en péchié de luxure et leur donna quatre cens livres de rente pour elles soutenir. On appela cet hôpital la maison des Filles-Dieu.

Le saint Roi nes’en tint pas à cette mesure. Consultant son amour pour le bien public et la ferveur de son zèle pour la religion, plutôt que l'expérience, il conçut le même dessein que Charlemagne : il voulut anéantir le fléau de la débauche ; en 1254, il rendit une ordonnance, portant que toutes les femmes et filles publiques seraient

chassées, tant des villes que des villages; qu'après qu’elles auraient été averties et qu’on leur auraït fait défense de continuer leur mauvais commerce, en cas de contravention, leurs biens seraient saisis par l’autorité du juge des

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