III. TRANSPORT AUX ARYAS
de là qu'elle a commencé sa migration à travers le monde. Cette origine ne peut être contestée que pour l'Egypte; pour tous les autres pays, la preuve atteint l'évidence. Jusqu'à ce jour, l'Egypte passait pour le plus antique pays civilisé, et d'après l'état des sources dont on disposait, cette opinion était irréfutable. Au bord du Nil, les inscriptions conservées remontaient à une époque (première moitié du troisième millénaire) dont les annales de tous les autres peuples ne font aucune mention. Mais les nouvelles trouvailles faites sur le sol de la Mésopotamie nous donnent pour Babylone des dates antérieures d'un millier d'années à celles de l'Egypte. Si la conclusion que l'on en peut tirer est fondée, la civilisation babylonienne doit être la plus ancienne. Pour l'une de ses œuvres les plus importantes, le bâtiment, cela est mis hors de doute par l'emploi de la brique dans les pyramides primitives (p. 123). En Egypte où la pierre naturelle existait en abondance, cet usage de la brique doit paraître aussi étonnant qu'il était nécessaire à Babylone, où les carrières faisaient défaut. La brique ne peut donc être venue en Egypte que de Babylone ; les Egyptiens ont appris des Babyloniens la construction en pierre, qu'ils ignoraient jusque là. Et avec la brique ils ont aussi emprunté la forme du temple à étages pour leurs plus anciennes pyramides (p. 124), et l'institution du septième jour consacré au repos dans le régime du bâtiment (p. 136). Les Égyptiens sont donc allés à l'école chez les Babyloniens pour la bâtisse ; ces derniers étaient donc notablement plus avancés qu'eux sur ce point ; ce qui était vrai de leurs constructions ordinaires doit être admis selon toute vraisemblance pour leurs travaux hydrauliques dont l'identité est absolue, et probablement aussi pour bien des choses que les découvertes futures feront apparaître.
Le rapport de causalité originaire entre la civilisation égyptienne et celle de Babylone a fait place plus tard au développement indépendant de la première, même en matière de
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bâtisse où la pierre naturelle supplanta la brique, et où la forme de la pyramide égyptienne remplaça le temple babylonien à étages, mais surtout dans le domaine intellectuel où, particulièrement en un point, l'originalité et la supériorité de l'esprit égyptien sur l'esprit babylonien éclate d'une manière frappante. Le Babylonien ne s'est jamais élevé jusqu'à la pensée philosophique; sa curiosité de savoir est exclusivement au service de l'intérêt pratique et ne s'étend pas au delà de ce qui est immédiatement utilisable. Il en était autrement des Égyptiens. Dans la caste sacerdotale égyptienne l'intelligence humaine a pour la première fois conçu la philosophie, bien avant qu'il en fût fait autant de la part des Grecs, et il est infiniment probable qu'ici encore, comme si souvent dans l'histoire, le rapport chronologique de priorité correspond à celui d'origine. La suite de notre étude nous donnera l'occasion d'en fournir une preuve éclatante : la conception d'un Dieu unique, et celle de l'esprit humain émanant de la divinité à la naissance de l'homme pour retourner à sa source avec la mort.
La transmission établie ci-dessus de l'art de bâtir babylonien aux Égyptiens prouve que déjà à l'époque la plus reculée, au moins au quatrième millénaire, il doit y avoir eu un contact entre ces deux peuples, et il ne peut avoir été produit que par les relations commerciales. Le marchand est le pionnier de la civilisation ; partout il a été le premier qui l'ait portée dans des régions lointaines. Son seul but est de vendre ses marchandises, mais sans le vouloir, il est en même temps le véhicule du progrès, un instrument dans les mains de l'histoire. C'est grâce à lui que la culture babylonienne s'est répandue sur le monde ancien ; le commerce la communiqua à tous les peuples. Elle ne s'est propagée qu'une seule fois par une autre voie: la conquête, lorsque le royaume babylonien fut vaincu par les Perses. Les armes constituent, d'après l'histoire, le deuxième mode de transition de la civilisation entre deux peuples arrivés à des phases différentes de