II. DEGRÉ DE CIVILISATION
comme la crémation des veuves sa source dans Pégoïsme et l'insensibilité complète du mari, ait pu apparaître à une époque postérieure comme un devoir imposé à la femme par l'amour vrai et l'abnégation. On y trouve en présence la conception la plus basse et la plus haute de la vie conjugale, toutes deux inhumaines, Tune par excès d'égoïsme, l'autre par excès d'amour.
d. Le droit de la famille — les enfants.
XII. Le digne pendant de l'amour conjugal se trouve, croit-on, chez les Aryas dans la piété des enfants envers leurs parents. On invoque à cette fin le culte des aïeux ou les sacrifices funéraires, un des plus saints devoirs des enfants. Si nous ne savions rien de la physionomie du rapport des enfants avec leurs parents, on pourrait laisser la question de côté, mais ce que nous en savons suffit non seulement pour renverser entièrement la conclusion que l'on veut en tirer en faveur de la piété des enfants, mais pour nous permettre de dire que l'état réel du rapport filial, loin d'être un point lumineux dans la vie de la famille aryenne, jette sur elle une ombre épaisse.
Par le mariage du fils aîné, la possession du père et le gouvernement de la maison (51) passaient du père au fils; les frères et sœurs, les parents mêmes avaient désormais à le respecter comme chef de la famille. Cela était basé sur l'idée très compréhensible au point de vue d'un peuple primitif, que la domination appartient à celui qui possède la force de l'exercer; si le père est devenu vieux et débile, il doit céder devant le fils plus fort, l'aîné dans le cours naturel des choses, puisqu'il est plus avancé en âge et acquiert plus tôt que les autres la pleine possession de
(5i) Zimmer, 1. c, p. 826, s. La femme y participait. Le mari lui dit en se mariant : Soyez maîtresse sur le beau-père, sur la belle-mère, sur mes sœurs, sur mes plus jeunes frères.
la force — c'est le motif physiologique de la situation privilégiée de l'aîné qui se retrouve chez tant de peuples dans le droit d'aînesse, et a donné à la langue l'occasion d'employer le nom de l'aîné comme titre d'honneur (52). Cette destitution des parents par l'aîné se retrouve aussi chez les Germains; elle a pris ici la forme d'une institution juridique qui s'est maintenue pendant des milliers d'années et jusqu'à nos jours : la réserve des biens ruraux [altentheil). On en trouve également des traces chez les Grecs. Du vivant même de Laerte, Ulysse apparaît comme roi d'Ithaque, son père jouit de sa réserve, et dans la légende grecque des Dieux, Kronos détrône Uranus, et Zeus détrône Kronos. Quelle que puisse du reste avoir été la signification de ce mythe, il a fallu pour qu'il pût se former que le sentiment moral du temps primitif n'y trouvât rien de choquant; il eût été impossible d'attribuer aux dieux une chose qui aurait fait honte aux hommes. Ce que font les Dieux, les hommes l'ont fait autrefois ; la mythologie est la source la plus ancienne nous révélant les conceptions morales du passé. Nous savons que chez deux des peuples indo-européens : les Germains et les Slaves, et pareillement chez les Eraniens(53), les enfants abandonnaient ou même tuaient leurs vieux parents. Les Aryas, que je sache, ne pratiquaient point le meurtre des gens âgés en général — nous ne le rencontrons qu'à la période de la migration — ni celui des parents par les enfants, mais il est fait mention de leur exposition (54). Si la piété filiale avait réellement formé un trait fondamental de la vie de famille aryenne, comme on veut nous le faire croire en invoquant les sacrifices funéraires, cette pratique
(52) Chez les peuples latins, de Senior : Seigneur, Monseigneur; Signore^ Senôr, sieur, Monsieur, Sir, Siré: de même chez les Hongrois et les Chinois. V. JHERiNa, Zweck im Meckt^ 2° édit., 2 vol., p. 674.
(55) Sur ceux-ci v. Grimm, 1. c, p. 487, sur les autres : Zimmer, p. 328.
(»*) Zimmer, p. 328.