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II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SÉMITES

Je snis en mesure d'étajer cette assertion au moyen de différents arguments entièrement perdus de vue jusqu'ici. Je dois réserver pour une autre place (§ 30) le plus frappant. C'est le prêt maritime [foenus nauticum) des Babyloniens, qui met leur marine hors de toute contestation. Il y a deux autres arguments dont je crois pouvoir me servir, et il importe d'en établir soigneusement la force probante. Je les emprunte à la relation babylonienne du déluge et à la haute antiquité de Tastronomle à Babylone.

La relation babylonienne du déluge.

Voyons quel parti on peut en tirer pour la question de la navigation maritime des Babyloniens.

Chasis-adra prend sur son vaisseau un pilote spécial (*'®). Cela indique clairement que c'était un bâtiment de mer. Pour la navigation fluviale, il ne faut point de pilote, la route que doit suivre le bateau est indiquée par le fleuve lui-même et la manœuvre purement mécanique du gouvernail est si parfaitement simple qu'elle peut être confiée au premier matelot venu. Il en est tout autrement de la navigation maritime où la détermination de la route à suivre est l'affaire du capitaine. Or pour cela, il faut des aptitudes particulières qui ne se trouvent point chez celui qui ne sait que manœuvrer le gouvernail et ne possède point de connaissances nautiques. Il faut qu'il sache quelle direction le bateau doit prendre pour atteindre le but qui lui a été désigné; s'agit-il seulement de cabotage, il devra savoir comment est faite la côte (promontoires, anses, écueils, bancs de sable, hauts fonds), quels endroits il doit éviter et où il peut aborder en cas de nécessité. Lorsqu'il se risque sur la haute

(**B) La circonstance que son nom est indiqué (Bazurkurgal) me fait présumer que ce nom avait une signification particulière; peut-être les assyriolo^es réussiront-ils à la découvrir un jour.

mer, il lui est indispensable de connaître la côte la plus rapprochée afin de pouvoir s*y réfugier au besoin, la place et le cours des astres, afin de s'orienter au large. Bref la navigation maritime» et même la simple navigation oôtière exige une éducation, marine; c*est celle-ci, et non la manœuvre parement mécanique du gouvernail, qui fait le pilote. Sans guide sur mer, le bateau est perdu ; le pilote est absolument nécessaire.

Pour la navigation sur TEuphrate, le Tigre et les canaux, il ne fallait point de conducteur spécial ; il n*y avait pas ici d'écueils ni de hauts fonds à éviter; la passe navigable étaiti ainsi que nous le savons, si magistralement organisée, qu'un "batelier ordinaire pouvait ^gouverner le bateau. La circonstance que Chasis-adra prend avec lui un pilote particulier montre qu'à cette époque il y avait des hommes connaissant le pilotage et en faisant métier. D'après ce qui précède, cela équivaut à dire que l'on pratiquait déjà alors la navigation maritime. La même division que dans le bâtiment s'y était donc déjà opérée, différenciant l'artisan vulgaire (maçon, matelot), qui n'a besoin que de force physique, de l'expert, qui doit posséder des connaissances techniques. De même qu'à l'architecte était réservée la direction de la bâtisse, de même au pilote incombait la conduite du bateau.

Dans la relation mosaïque du déluge il n'est pas question de pilote. Les Juifs avaient perdu la notion de la mer et par suite aussi celle de la navigation maritime (p. 180 ss.]; leur ignorance à cet égard se trouve attestée par l'omission dans leur récit du pilote de la version babylonienne autant que par la transformation du bateau de Chasis-adra en l'arche de Noé. L'absence du pilote dans )e texte biblique doit ouvrir les yeux sur la signification de ce personnage dans la relation babylonienne.

Un deuxième témoignage que je crois pouvoir emprunter à ce document (d'accord sur ce point avec le récit mosaïque)

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