‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 102 sur 215 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

consiste dans le lancement de la colombe. D'après ces deux versions elle devait annoncer l'ëcoulement des eaux ; elles ne s*écartent Tune de Tautre qu'en ce que Noë lance trois fois une colombe (et d'abord même un corbeau), tandis que Chasis-adra envoya d'abord une colombe, puis une hirondelle et la troisième fois un corbeau. La critique jusqu'ici n'a pas accordé l'attention nécessaire à cette circonstance ; c'est ce que je veux faire.

Qu'il ne fût pas besoin de ce moyen pour s'assurer du fait dont nous venons de parler, cela est évident. Par la même ouverture permettant de lancer une colombe, un œil humain pouvait regarder au dehors et voir si les environs étaient asséchés, la relation fait même mention expresse de la lucarne par laquelle Chasis-adra regarde (III, 27). Avant de lancer le pigeon^ il ayait déjà découvert un c morceau de terre haut de douze mesures > (III, 31). Le moyen était donc non seulement tout à fait superflu, mais aussi absolument trompeur. Qu'y avait-il à conclure si l*oiseau ne revenait pas? Uniquement sans doute, qu'il avait découvert quelque part un point fixe sur lequel il pouvait se poser. Mais à quoi servait aux habitants du bateau de savoir que quelque part ^ p. ex. sur le sommet des plus hautes montagnes, les eaux s'étaient écoulées? Pour eux, il ne pouvait s'agir que de savoir si les environs immédiats étaient assez secs pour quitter le bateau, et à cet égard Tinspeotion personnelle seule pouvait les convaincre; ils auraient pu lancer cent oiseaux sans acquérir aucune certitude. La relation est même contradictoire en elle-même, car avant que Chasis-adra envoyât la colombe, il avait déjà lui-même découvert la € terre ferme » et cependant on voit la colombe voler de côté et d'autre et revenir parce qu'elle ne trouvait point de lieu de repos (III, 38, 39)» elle en avait un d'avance» Le lancement de la colombe doit donc avoir une autre signi* fication.

La colonie était la boussole du Phénicien. Sur chaque

bateau qui prenait la mer se trouvaient des colombes qu*on lâchait pour s'orienter sur la côte ou les îles les plus rapprochées; la direction que prenait l'oiseau, après s'être élevé suflSsamment pour embrasser un large horizon, donnait le renseignement désiré(***).

Outre le pilote et la colombe, un troisième trait caractéristique, la grandeur extraordinaire du bateau de Chasis-adra vient prouver que c'était un vaisseau de mer. D'après la relation (I, 42 à 44) il était assez spacieux, pour contenir outre Chasis-adra, sa famille, ses serviteurs, ses servantes, ses parents, sa provision de grain et tout son avoir, c le bétail des champs > et c les bêtes sauvages des forêts». Un peuple ne pratiquant que la navigation fluviale avec de petites embarcations n'aurait jamais pu concevoir un bateau aussi colossal ; un peuple qui connaissait la navigation maritime, en avait tout au moins une mesure approximative dans le vaisseau de mer. Celui-ci doit nécessairement être grand, d'abord pour tenir le large, ensuite pour pouvoir porter assez de mar-

(* ••) Pline, Hist. nat., VI, 22. Le lâcher d'une colombe était un acte qui n'avait de sens que pour la navigation maritime ; pour la navigation fluviale il aurait été dépourvu de portée et nous autorise ainsi à conclure avec pleine certitude à l'existence de la navigation maritime. Que les Babyloniens se soient déjà servis de ce moyen dans le but indiqué, il n'en existe point, il est vrai, d'attestation expresse, que je sache, mais la preuve fournie ci-dessus que le lâcher de la colombe (hirondelle, corbeau) de la part de Chasis-adra était parfaitement inutile pour le résultat qu'il voulait prétendument atteindre, ne laisse place qu'à une hypothèse, c'est que le fait d'emporter et de lâcher des colombes était une coutume babylonienne, qui n'a donc pas été inventée, ainsi que l'admettaient les anciens, par les Phéniciens, mais qu'ils n'avaient eux-mêmes pu emprunter qu*au peuple père. Il est possible qu'outre la colombe, qui servait exclusivement à cet usage chez les Phéniciens, les Babyloniens usaient également de l'hirondelle et du corbeau, en tout cas le lâcher des oiseaux envoyés du bateau de Chasis-adra ne permet pas d'autre explication que celle que j'ai admise.

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